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Nausicaa

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Date d'inscription: 02/11/2008
Nombre de messages: 37
Statut: Flûtiste
Âge: 5 ans
Pseudo usuel: Anja
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Sujet: ~Chroniques de l'Enfant~ Mer 5 Nov - 23:40 |
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1. Sur la rive basse d'un ruisseau quelconque, un linge mouillé frottait vigoureusement les mollets d'une fillette accroupie. La boue qui recouvrait cette peau délicate et pâle se dissolvait peu à peu avec l'eau. Bien que couvert d'un épais châle, le dos de l'enfant était hérissé de chair de poule ; de cette réaction physique inéluctable que votre corps est pris d'un frisson vous traverse de part en part. L'eau qui coulait, et se déversait sur une minuscule cascade de pierres, était très fraîche. 'Gelée', aurait dit Nausicaa. La tâche accomplie, elle se redressa et admira encore une fois le ruisseau grossi par les pluies. Les poings sur les hanches, le regard franc, ce petit bout était tout ce qu'il y a plus sûr de lui-même. Si jeune, si frêle, et pourtant si fort. Gardant son assurance, même si son cœur battait la chamade, elle se dirigea vers le campement. Des vêtements pendaient aux cordes tendues entre les roulottes, ces petites maisons sur roues qui servaient habituellement aux gens du voyage et aux artistes de cirque. Les vêtements et les roulottes appartenaient à des tsiganes -à la fois, artistes de rue et marginaux. En cette période, de petites lanternes avaient été accrochées à chaque porte, et les petites ouvertures servant de fenêtres étaient éclairées quasiment jour et nuit. Le temps était gris, et le soleil ne perçait que périodiquement les épaisses masses nuageuses. La faible luminosité affaiblissait les envies, épuisait les caractères, mais Nausicaa semblait pouvoir échapper à cette morosité ambiante. Chaque jour, elle prenait le temps de se vêtir chaudement pour aller vadrouiller alentour. Seuls étaient visibles, son châle gris sombre, son paletot noir trop grand et ses bottillons. Échappant à la surveillance relâchée des adultes, Nausicaa prenait alors le chemin du village le plus proche à un pas soutenu. Ensuite, elle errait un peu, se rendait aux portes de l'église ou des petits commerces, examinait les belles maisons, écoutait en douce les conversations ou encore chahutait avec les petits villageois présents. Tout cela l'amusait beaucoup. Pourtant, elle connaissait les risques si Demetrius ou Alecto avaient vent de ses vagabondages dans le village tout proche. Elle veillait donc à ne pas rester trop longtemps au même endroit, et ne parlait jamais aux villageois adultes. Ses compagnons de jeu avaient tous juré de ne jamais dévoiler son secret. - Croix d'bois, croix d'fer, si j'mens, j'vais en enfer !2. Un après-midi comme les autres, Nausicaa rejoignit ses nouveaux amis. Même si elle voyait parfois dans leurs yeux un étrange reflet, elle ne sentait que la joie de les retrouver. Elle les retrouva sur une petite place boueuse derrière l'église, jouant déjà, se bousculant, riant et se courant les uns après les autres. Elle se joignit à eux, se mêlant sans difficulté, avec le sourire. Le plus petit devait avoir approximativement le même âge qu'elle, et le plus vieux douze ou treize ans. Il était effronté, parlait fort, frappait dans les mains, paradait la long du petit muret qui longeait la bâtisse religieuse. Nausicaa le regardait du coin de l'œil, l'admirant même un peu : il était maigre, mais ses muscles saillaient le long de son cou, il était bien plus grand que les autres, ses cheveux bruns s'accordaient parfaitement avec son teint tanné, ses yeux fixaient les autres avec persistance, et son sourire était envoûtant. Beaucoup tournait autour de lui, le taquinant, le pinçant, l'appelant 'le Grand' ; lui se laissait faire, puis se retournait vivement en criant, effrayant ainsi les gamins les plus intripides : ceux qui avaient osé le titiller. - Hey ! Écoutez-moi ! How, vous m'écoutez, oui ?Peu à peu, les jeux prirent fin. Le jeune adolescent proposait un jeu : le meilleur qu'il connaissait, le plus marrant, le plus excitant, vraiment le meilleur. Alors, tous se regroupèrent autour de lui pour qu'il explique ce fameux jeu, il se pencha et leur parla si bas qu'ils devaient tendre l'oreille pour comprendre les règles. Chacun devait se trouver un partenaire sur lequel il allait monter, chaque couple devait lutter jusqu'à la chute, le dernier couple debout aurait gagné. Les plus petits et les filles s'écartèrent, ne voulant pas jouer de peur de tomber et de se blesser. Les yeux du Grand défiaient les autres enfants. Il désigna un jeune garçon frisé, mince mais vivace, et l'aida à grimper en se baissant un peu. - Toi ! Tu m'as l'air costaud. Monte là-haut !Au final, seuls quatre couples se formèrent. Deux frères blonds d'une dizaine d'années, une fille robuste proposa son dos à un petit roux, et un peu hésitant, un dernier garçon ses épaules à Nausicaa. Les combattants étaient prêts à se lancer dans la bataille, et le cri de guerre poussé par le public frigorifié donna l'ordre ultime. Ne faisant qu'un, les acteurs et leur public vociféraient ensemble. Les huit enfants se battaient comme des bêtes, les uns se ruant contre les autres, les coups se faisant de plus en plus violents, les cris encore plus perçants. Tout ce petit monde était au point d'orgue quand le premier couple fut mit à terre par le Grand. Un croche-pied fit basculer les frères, et, humiliés, ils partirent la tête basse, les mains écorchées. Peu après, une bousculade déséquilibra la jeune fille et le petit roux. Il ne restait que Nausicaa et sa monture face au Grand et à son cavalier frisé. Ils tournèrent un moment en cercle, se jaugeant du regard. Leur cœur battait si fort, leurs joues étaient si rouges et leurs souffles si courts, qu'ils semblaient déments. Un premier assaut sur la droite vint brutaliser les côtes de celui qui portait Nausicaa, pourtant il tint bon. Il attaqua même avec une vitalité que personne ne lui soupçonnait. Même s'il fut fort étonné, le Grand avait assez d'équilibre pour éviter la chute. Plusieurs ruades des deux camps eurent des résultats plus ou moins visibles, plusieurs furent évitées, mais aucunes n'étaient feintes. Les quatre derniers combattants allaient sûrement découvrir de nombreux bleus et bosses le lendemain. Nausicaa commençait à désespérer de faire fléchir le Grand, d'autant plus qu'elle sentait faiblir la force de son coéquipier, ses attaques se faisaient de moins en moins rudes. Un dernier espoir éclaira son esprit, et elle tenta le tout pour le tout. Elle attendit qu'un dernier coup de rein la rapprochât de ses adversaires, et elle sauta, toutes griffes dehors, sur le garçon frisé. Son poids-plume lui permit de prendre beaucoup d'élan, et de s'accrocher fermement à son adversaire. Enfin, le poids conjugué des deux enfants fit lâché prise au Grand. Ses jambes fléchirent et tous trois furent à terre. La boue maculait leurs vêtements, mais aussi leurs mains, leurs visages et leurs jambes. La rage fut dissipée en quelques secondes quand ils virent les masques gris que leur faisait la terre sur leurs bouilles encore rondes d'enfant. Le Grand se releva et les aida à faire de même. Il félicita d'abord les deux garçons, puis se tourna vers Nausicaa. - T'es une fille, mais tu t'es bien battue ! Allez, 'faut que j'rentre, faut pas qu'ma mère m'voit comme ça...Le groupe encore transporté par les événements se dispersa peu à peu, laissant finalement seuls Nausicaa et son nouvel ami. Ils s'éloignèrent eux aussi de la place, utilisant les rues peu passantes. - T'es vraiment chouette. Même si t'es une fille. Enfin, j'suis fier qu'on a gagné contre le Grand ! - Moi aussi. Mais faut que j'pars. On se r'verra p't'êt' !Un sourire chaleureux pour le remercier de sa combativité et son courage, et elle partit en courant, ses bottillons crottés claquant sur les pavés. _________________
'A la maîtrise, l'enfant substitue le miracle.' André Malraux |
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Nausicaa

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Pseudo usuel: Anja
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Sujet: Re: ~Chroniques de l'Enfant~ Sam 10 Jan - 16:17 |
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3. Le froid était une plaie pour tout le monde ; ceux qui travaillaient la terre étaient terrifiés par les gelées qui pourraient anéantir leurs efforts, ceux qui avaient des commerces voyaient leurs clients se raréfier, ceux -comme les artistes de rue- qui perdaient leur public trop frileux pour risquer de s'attarder un instant de plus au dehors. Le froid était une plaie pour tout le monde. Tout le monde, ou presque. Nausicaa aimait le froid. Justement parce qu'il empêchait les représentations, mais aussi parce qu'au-delà d'un temps libre plus important, Nausicaa avait une véritable passion pour le froid. Si la neige ou la glace faisaient leur apparition, le visage de la fillette traduisait alors une joie si vive, qu'on eût cru qu'elle pût sourire ainsi toute sa vie.
Un matin, encore embrumée de sommeil, Nausicaa découvrit avec joie que la neige et le givre avaient tout recouvert. Le paysage blanchi qui s'offrait à elle lui donna une vigueur toute neuve. Elle remonta dans la roulotte, pour s'habiller en circonstance, et surtout retirer ses bottillons de cuir qui prendraient l'eau et s'abîmeraient. Ne prenant que quelques instants pour se changer, elle ressortit vite, si vite qu'elle manqua de tomber en descendant du marchepied. Heureusement, elle se rattrapa au dernier moment, échappant ainsi à la chute et à ses conséquences douloureuses.
Nausicaa nota que, grâce au gel, la boue qui entourait habituellement les roulottes n'avait plus cet aspect collant et désagréable. Elle était dure comme de la pierre : une bonne nouvelle de plus. Nausicaa s'amusait à essayer plusieurs allures de marche. Trottinant, sautillant, elle avançait sur le chemin menant à la rivière. Bien évidemment, elle avait une idée derrière la tête, mais ne laissait rien transparaître. Tout du moins, seule sa gaieté était visible, la malice était bien cachée sous ce visage angélique. Elle espérait que la rivière serait gelée et qu'elle pourrait faire quelques glissades sur les rives ou au niveau du guet.
Quelques mètres plus loin, les arbres cachaient encore le cours d'eau, mais la déception de l'enfant était déjà grande : elle entendait les bruits de remous que faisait l'eau en suivant son lit. Le froid de la nuit n'avait pas suffit à geler la rivière. Au contraire, la neige nocturne, et certainement les pluies en amont, n'avaient fait qu'augmenter les flots. Sa petite voix d'enfant s'éleva avec force dans l'air froid du matin :
- C'est nul !
Cette exclamation n'eut d'effet ni sur l'eau, ni sur Nausicaa. Elle ne pourrait tout simplement pas s'amuser, les glissades lui étaient impossibles. Elle se sentait si frustrée que les larmes lui montèrent aux yeux. Une rage profonde grondait en elle, même ça elle ne pouvait pas l'avoir. Elle se dit qu'elle avait la guigne, le mauvais œil. Nausicaa détourna la tête vers l'aval. D'abord, elle ne comprit pas ce qu'elle vit. Une large bande grise flottait en travers de la rivière, mais elle ne bougeait pas, n'était pas emportée par les tourbillons. Comme quelques mètres séparaient la fillette de l'étrangeté, Nausicaa longea la rive pour s'en approcher. Un sourire espiègle vint raviver sa mine jusque-là triste. La bande grise n'était autre qu'une planche installée là pour faciliter le passage d'une rive à l'autre. La rivière avait tant grossi que l'eau touchait presque le dessous de la planche. Elle avait été enfoncée dans le sol des deux rives et semblait stable. Il n'en fallait pas plus pour que Nausicaa tente l'aventure.
Elle jeta un œil alentour, et ne voyant personne, elle posa son pied gauche sur le bois, puis le droit. Pieds joints, elle n'avait aucun mal à tenir, et la planche était presque assez large pour un troisième pied. Elle calcula qu'en six ou huit pas, elle serait de l'autre côté, mais pour faire durer le plaisir, elle se lança le défi de faire demi-tour quand elle arriverait au milieu. Elle regardait le bouillon à quelques centimètres au-dessous d'elle, et lui sourit. Elle arriva bien vite au centre, mais n'entreprit pas aussitôt de se retourner. Elle examina les quelques arbres devant elle, sur l'autre rive, puis l'amont, et enfin l'aval. Une drôle de sensation la prenait quand elle regardait fixement les flots rapides. Ce vertige lui faisait battre le cœur un peu plus vite, et elle sentit un léger voile de sueur se former sur son front. Malgré tout, cela ne l'effrayait pas : elle se sentait maître de son corps et s'amusait de voir qu'il réagissait ainsi au danger, alors qu'elle-même ne sentait pas la peur.
De petites vaguelettes formées par le courant passèrent par dessus le pont improvisé et vinrent lécher ses vieux bottillons. Le cuir usé et les coutures défaites laissèrent entrer l'eau glaciale, mouillant ainsi toute la semelle de ces chaussures bien trop grandes pour elle. Elles appartenaient à Alecto quand elle était enfant. Nausicaa s'en servait pour ses expéditions souvent très salissantes, évitant ainsi un malheur à ses bottillons de sortie. Elle remua les doigts de pied, et frissonna. Son pied nu dans le bottillon droit bougea, elle sentit son talon glisser vers l'avant, et contre toute attente, elle essaya de se retourner au lieu de se rattraper et de continuer à avancer.
Tout se passa en une seconde. Son pied continua de glisser vers l'avant, sa chaussure aussi, ses genoux plièrent et elle tomba à la renverse dans l'eau. Dans un réflexe inconscient, ses mains cherchèrent une prise, et n'en trouvant pas, elles battirent l'eau. Nausicaa ne savait pas nager, mais son instinct lui permit de ressortir la tête de l'eau. Son paletot alourdi par l'eau l'entraînait vers le fond, et elle fut à nouveau immergée. Sa tête était enserrée dans un étau de glace, elle ne pensait à rien, la panique l'avait envahie et ne lui laissait d'autre choix que de crier. Quand elle voulut reprendre son souffle, l'eau entra dans sa gorge. Elle en avala la moitié et recracha le reste. Ses bras battaient toujours le liquide qui allait la tuer. Le courant l'avait emmené plusieurs mètres plus bas en aval, elle n'avait plus aucune chance de se rattraper à la planche. Faisant tous les efforts qu'elle pouvait pour respirer à nouveau, elle se cogna le bras gauche contre quelque chose, et une violente décharge lui traversa le bras jusqu'à l'épaule. Elle reçut un autre coup sur la tête, mais celui-ci venait du haut. C'était une grosse branche. On lui tendait une grosse branche. Elle s'y accrocha de toutes ses forces, aspirant l'air bouche grande ouverte.
Bientôt elle fut sur la rive, étendue sur le ventre, n'entendant pas ce qu'on lui disait, hoquetant et grelottant de froid. Elle se redressa lentement, étourdie par la peur et le froid, elle ne comprenait pas ce qu'il s'était passé, elle était totalement perdue. On la prit par les épaules, la secouant un peu. Nausicaa n'avait qu'une envie : retirer tous ses vêtements. Elle s'efforça de répondre, mais ne put s'empêcher de le faire en criant :
- J'ai...froid !
Et elle éclata en sanglots. La terreur l'avait attrapé et ne voulait plus la lâcher. Son corps était pris de violents tremblements, ses lèvres étaient violettes, sa peau avait perdu toutes ses couleurs, sa tête bourdonnait, un vertige la fit mettre à genoux, et elle vomit. Elle n'en ressentit aucune amélioration, à présent, un goût atroce envahissait sa bouche, et une sensation de brûlure tapissait sa gorge.
- Eh ! Eh, ça va ?
Bien sûr la question était idiote, mais elle eut le don de rassurer la fillette. La personne qui l'avait sauvée n'était pas l'un des tsiganes, en tout cas, certainement pas Alecto. Avec elle, Nausicaa aurait eu droit à des cris ou toute autre expression de son mécontentement. Pourtant, la voix qui lui disait qu'elle ne devait pas s'en faire, que tout irait bien, qu'il fallait la suivre, était douce. Elle regarda enfin celui qui l'aidait à se relever : le garçon avec qui elle avait gagné contre le Grand. Il la porta plus qu'il ne l'aida à marcher, et ne cessait de lui dire qu'ils devaient se dépêcher. Il lui promettait qu'elle serait au chaud dans quelques instants si elle marchait plus vite. Elle ne put lui répondre, mais pressa le pas.
Bientôt ils arrivèrent devant une vieille bâtisse, un corps de ferme apparemment. Le garçon ne prit pas la peine de s'arrêter pour expliquer la situation à l'homme qui fendait du bois à l'arrière du bâtiment. Il fit entrer Nausicaa dans la maisonnette, lui ordonna de se dévêtir et grimpa à l'étage par une échelle de bois. La pièce aurait pu être sombre si un feu ne brûlait pas dans l'âtre, les ouvertures minces qui servaient de fenêtres ne laissaient pas entrer assez de jour. Le sol était en terre battue, le une table et huit chaises étaient installées au centre de la pièce, et un gros chat trônait sur une étagère où étaient rangées de nombreuses conserves. Nausicaa n'eut pas le courage de détailler plus longtemps l'endroit où elle avait atterri.
Difficilement, elle ôta son paletot, son châle et ses bottillons. Elle posa le tout sur une chaise, l'eau dégoulinant jusque sur le sol. Elle s'approcha un maximum du feu, et bien qu'elle sût qu'il aurait dû lui brûler la peau, elle ne sentait rien. Ses doigts étaient si pâles que sa peau paraissait transparente par endroit, ses ongles avaient pris une teinte mauve. Elle avait mal dans tout le corps, ses muscles étaient tétanisés, ses articulations grinçaient et de douloureux élancements traversaient sa tête. Les bruits à l'étage semblaient indiquer qu'au moins deux personnes se trouvaient là. Le garçon redescendit, il avait amené du linge. Une femme apparut à son tour, elle était grande et mince, son regard était chaleureux, bienveillant. Elle s'adressa à son fils :
- Jean ! Pose ça. Va chercher ton père. Ramenez-moi du bois. Tout de suite.
La rassurant avec des paroles réconfortantes, elle s'occupa de Nausicaa, lui retirant le reste de ses vêtements. Par pudeur, la fillette lui tourna le dos, mais un linge vint vite recouvrir ses épaules. La mère de son ami -Jean venait-elle d'apprendre- lui frotta énergiquement le dos, les bras et les jambes. Convaincue du bienfait de ses mouvements vifs, elle lui dit :
- Je fais repartir le sang. Il faut pas t'inquiéter, tu vas vite te réchauffer. Enfin si les garçons reviennent vite.
A peine eut-elle fini sa phrase que Jean et son père frappaient à la porte.
- Entrez ! Mais entrez, bon sang ! Depuis quand vous frappez pour entrer chez vous ? Faîtes-moi une bonne flambée pour réchauffer cette gamine !
Pendant qu'ils s'affairaient à ajouter du bois sur le feu, la mère entreprit de faire chauffer du lait sur le poêle à bois. Nausicaa restait là, grelottante, mais rassurée. La terreur s'évanouissait peu à peu, et même si les conséquences de sa chute étaient toujours là, elle se sentait apaisée. Le père, la mère et le garçon prirent soin d'elle. Quelques minutes plus tard, elle s'était un peu réchauffée, avait pris place sur une chaise face au feu et buvait du lait à petites gorgées. Questionnant leur fils, les parents voulaient en savoir plus sur l'incident :
Le père - C'est arrivé comment ? Jean - On s'baladait... et comme on était pas loin d'la rivière, on l'a suivi... mais la neige a mouillé l'herbe sur les rives, les rives étaient glissantes... et N... Nathalie est tombée à l'eau. Nathalie est dans ma classe. La mère - C'est la fille de qui ? Jean (un peu embêté) - C'est la fille des... des Farnier. Tu sais les nouveaux là-bas. Son père est bûcheron. La mère - Je savais pas qu'ils avaient une petite ! Jean - Ben, tu sais, ils connaissent personne encore. Donc personne sait rien sur eux. Mais moi et Nathalie, on s'amuse bien. Enfin, j'veux dire que pendant la pause, j'parle avec elle.
Voulant venir en aide à son ami, Nausicaa prit la parole :
- Ouais, on vient d'arriver et on connaît personne. Jean est vraiment gentil avec moi, et aujourd'hui, il m'a sauvé la vie. C'est lui qui m'a sorti de là. Même que je sais pas comment j'vais faire pour lui dire merci. Parce que, bon, il était pas là et j'me noyais moi !
Tout sourire, le père donna une tape dans le dos de son fils, et la mère proposa une autre tasse de lait. La discussion prit une nouvelle tournure : les parents racontèrent leur propre arrivée dans le village, ils parlèrent de leur ancienne maison et de la famille qu'ils avaient laissés là-bas. Heureusement pour elle, Nausicaa savait écouter et relancer la conversation. Alecto le lui avait appris.
Le temps passa, et les anecdotes amusantes ravivèrent la fillette. Elle se sentait vraiment mieux à présent. Elle avait aussi pu enfiler ses vêtements chauds et secs grâce au feu entretenu par le père. Midi devait être passé, elle devait trouver une échappatoire. Jean semblait lire dans ses pensées, puisqu'il affirma :
- Ses parents doivent la chercher ! J'la raccompagne !
Les deux enfants furent vite sortis, mais ne se pressèrent pas pour rejoindre les roulottes. Ils marchaient côte à côte, sans rien se dire, les mains dans les poches. Nausicaa ne savait pas comment le remercier, mais ne pouvait s'y soustraire, il lui avait tout de même sauvé la vie.
- Euh... Jean ? J'veux te dire que t'es bien l'plus fort des garçons que j'connais ! Merci. - Ben, tu sais, j'allais quand même pas te laisser t'noyer ! - Ouais... Pourquoi t'étais là ? J'veux dire à côté d'la rivière ? - Ben... J'me baladais... Et j'voulais te voir.
Nausicaa se tut. Ils s'approchaient du campement des tsiganes et devaient se quitter. Gêné par le silence de la fillette, Jean regardait ailleurs, examinant les fourrés un peu plus loin.
- Bon, faut qu'j'y aille ! On s'voit une autre fois !
D'un simple signe de la main, Nausicaa prit congé et disparut quelques instants plus tard derrière un virage que faisait le chemin. Jean tourna le dos, et repartit. Il était plus âgé que sa nouvelle amie, et comprenait qu'il lui avait sauvé la mise par deux fois. Il espérait simplement que les Farnier et ses parents ne deviendraient pas amis, car ils découvriraient rapidement la supercherie. Qui sait alors ce qu'il risquait ? _________________
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