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De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... |
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Jezebel van Kraft

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Sujet: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Sam 30 Aoû - 2:02 |
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[Ce post décrit l’une des précédentes visites de Dorian Hargreaves au manoir des Van Kraft]
Ces trois jours seront les plus longs de mon existence, je le crains fort. Trois jours ! Père a-t-il perdu la tête ? Il sait pourtant bien que je hais cet homme, que chaque fois que je le vois je n’ai qu’une envie, l’étriper. Il sait également que nos rencontres se terminent toujours mal, peu importe nos motivations respectives, nous finissons toujours par nous disputer comme des chiffoniers. Je n’y peux rien, je déteste Dorian Hargreaves de manière viscérale et sans doute le fait que cet imbécile appartienne à ma famille renforce-t-il mon aversion de cet être. Mon cousin est arrivé il y a quelques heures et je ne le supporte déjà plus, il a essayé de séduire les trois quarts de mes serviteurs, mâles ou femelles, et a des rendez-vous prévus pour toute la longueur de son séjour. Ceci dit, tant qu’il sera dans un lit, j’aurai la paix mais… je n’apprécie guère que l’on s’approprie de cette manière mes gens.
J’essaye en vain de travailler au clavecin mais mes doigts parcourant le clavier ne produisent aucun son intéressant. De toute manière, je pourrais jouer du Beethoven à la manière d’un prodige, personne ne l’entendrait puisque ce stupide dandy est en train de déblatérer d’une voix forte et assurée des mondanités dégoulinantes à l’une de mes servantes. J’ai beau essayer de rester calme, de me concentrer afin d’oublier cet énergumène, je ne peux tout simplement pas. Poussant un soupir d’exaspération, je plaque un accord violent sur mon instrument et me lève dans un geste rapide. Je me tourne vers la domestique qui glousse sans élégance aucune, les sourcils froncés.
- Katerina, il me semble que votre tâche ne se résume pas à vous pavaner devant ce monsieur en exhibant fièrement des avantages que vous ne possédez pas ?
La jeune femme rougit puis s’éclipse discrètement, sans oser piper mot. Un doux silence s’étend quelques instants, j’ai l’espoir furtif de le voir durer et prends le chemin de mon clavecin. Mais évidemment cet espoir est vain… Ma camériste, Hildegarde, entre à son tour dans la pièce alors que je commence à esquisser quelques gammes. Et évidemment, Dorian se précipite sur cette nouvelle proie – s’il ne l’avait pas trouvée, il se serait très certainement jeté sur moi. Je songe très sérieusement à passer le reste de son séjour ici enfermé dans une armoire, discutant avec les araignées. Je me retrouve fréquemment dans cette situation absurde lorsqu’il est présent, c’est le seul moyen d’échapper à sa bêtise et à sa luxure surdéveloppée.
Je me souviens, lorsque nous étions enfants, il avait déjà coutume de chercher à me dérober des baisers – et le fait de ne recevoir en réponse que de violents soufflets ou un séjour prolongé dans l’étang du parc ne le refroidissait guère. Combien de fois ai-je essayé de le noyer, de le brûler, l’étrangler, le pendre, l’écarteler, l’étouffer, l’asphyxier, l’empoisonner, l’éventrer, lui faire avaler l’un des chats errants qui traînent parfois sur le domaine, le donner en pâture à mes plantes carnivores ? Et à chaque fois, en vain – les imbéciles sont toujours les derniers à mourir, l’adage était donc vrai.
Dorian a entrepris de séduire Hildegarde qui ne semble pourtant pas l’écouter, elle range quelques affaires traînant de-ci de-là, soupirant à chaque fois qu’il se fait vraiment trop entreprenant. A quarante ans passée et malgré ses opulentes rondeurs, elle a encore un certain charme, elle pétille à sa manière et je comprends qu’elle attire Dorian ; je sais qu’elle ne se laissera toutefois pas faire. Mais je ne supporte plus le comportement de mon cousin. Il a dépassé les limites.
- Hargreaves… Je ne vous accorde nullement la permission de rechercher les faveurs de mes serviteurs et notamment de Hildegarde. Débrouillez-vous avec les femmes du village voisin et même les hommes si le cœur vous en dit, ils sont nombreux et sauront vous satisfaire. Une seule condition, ne ramenez pas ce genre de vermine ici. Et d’ailleurs, ne revenez pas, vous salissez l’air.
Un regard dédaigneux, je retourne à mon clavecin, priant pour qu’il me laisse en paix – et Hildegarde par la même occasion. Mais je crains que ce ne soit pas dans la nature de mon cousin ! _________________
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Dorian L. Hargreaves

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Sam 30 Aoû - 3:01 |
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« …Vous salissez l’air. »
Je souris. Jezebel, toujours pareil à lui-même. Cette haine qu’il me voue. Cette passion !
Je le regarde un instant parcourir de ses longs doigts les touches de l’instrument. Malgré le peu de talent qu’il a, l’élégance avec laquelle il joue, le dos droit, le visage légèrement penché vers le bas, me fait frissonner d’extase. Ses cheveux noués en catogan ondulent au moindre de ses mouvements. Ah, Jezebel…
Je soupire et reporte mon attention sur Hildegarde. Son air indifférent m’amuse. Elle semble ne pas s’encombrer ni de mes avances, ni des paroles de son seigneur. Quelque part, j’envie cette femme. J’ai surpri une fois, une seule, Jezebel lui sourire. Il lui a sourit ! Maladroitement, j’en conviens, mais ses lèvres se sont exquisément étirées, rien que pour elle. C’est injuste. Pourquoi elle ? Il a chassé toutes les autres servantes loin de moi en usant de phrases toutes plus odieuses les unes que les autres, avec un ton sec des plus méprisants. Et pour elle, il s’est adressé directement à moi, il l’a défendue…
Contrarié par cette constatation, je décide de ne plus y aller par quatre chemins. Je me jette sur Hildegarde et l’attrape par le poignet. Elle sursaute. Un petit cri de surprise s’échappe de ses jolies lèvres. Je lui plaque une main sur la bouche pour la faire taire. Par chance, le son du clavecin a couvert sa voix et Jezebel semble n’avoir rien remarqué. J’entraîne la domestique à ma suite. Elle lutte un peu, mais face à ma détermination, elle finit par abandonner. Elle laisse tomber au sol le linge qu’elle portait et court derrière moi en levant les yeux au ciel d’un air agacé. Ce n’est pas comme si c’était la première fois qu’elle avait affaire à moi. Je sais qu’une fois dans ma chambre, elle m’assènera un violent coup sur la tête avec son sabot pour m'assommer. Mais peu importe. Je veux juste attirer l’attention de Jezebel. Et le mettre hors de lui.
Je monte à toute vitesse les larges escaliers du hall et m’engage dans le corridor qui conduit à ma chambre. La chambre bleue. Cette horrible pièce que Jezebel et son père sont ravis de m’assigner à chacune de mes visites. Je ne suis venu que pour me divertir, ces trois jours, et profiter de l’aimable compagnie de mon cher cousin. Quel dommage d’avoir à me reposer dans un environnement si désagréable. Un jour, si j‘en ai l‘occasion, je demanderais à Kail Wyhlem de la redécorer pour moi.
En attendant, je dois faire vite. Le son du clavecin a cessé. J’entends déjà les pas précipités de Jezebel qui s’est lancé à ma poursuite. Je le devine furieux. C’est parfait. _________________
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Jezebel van Kraft

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Sam 30 Aoû - 22:06 |
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Les doigts de Jezebel filèrent sur le clavier, à la fois lents et prestes, arrachant à l’instrument quelques gémissements glacés – non, il n’avait aucun génie, aucun talent, mais il y avait de l’âme dans sa musique. Imperceptible à la première écoute, audible seulement pour celui qui s’attardait à écouter le flot désordonné de notes pas toujours justes, ce filet d’émotions coulait pourtant au travers de la tempêtueuse musique. Les yeux fermés, il se sentait s’éloigner de la réalité, juste l’espace d’un instant ; il n’avait présentement plus aucun souci en tête et même ses erreurs lui importaient peu. Loin de tout…
Chose qui pouvait s’avérer dangereuse lorsque ce maudit Hargreaves se trouvait dans les parages. Se remémorant ce léger détail, Jezebel laissa la mélodie s’éteindre lentement et s’aperçut avec angoisse que plus aucune présence ne se faisait ressentir dans la pièce : ni celle de Dorian, ni celle de Hildegarde. Il ne lui fallut guère que quelques secondes pour deviner les intentions de son « cher » cousin et pour bondir à sa poursuite ; ce n’était pas la première fois qu’il agissait ainsi envers la servante, à chacune de ses visites la scène se répétait. Il cherchait à séduire Hildie et recevait généralement un sabot en plein front, chose qui ne semblait guère le refroidir – pour la simple et bonne raison que ce qu’il cherchait était la colère de Jezebel. Généralement, celui-ci laissait sa domestique se charger seule de l’importun mais ce jour-là… ce jour-là Hargreaves avait manifestement réussi.
Il courut presque jusqu’à la chambre bleue où son dandy de cousin avait selon toute probabilité entraîné Hildegarde, faisant fi de la douleur lancinante qu’il ressentait à la jambe droite – après tout il était censé avoir appris à supporter la souffrance physique et de toute manière le moment n’était pas à ce genre de considérations. Lorsqu’il arriva devant la chambre bleue, légèrement décoiffé et un peu hors d’haleine – le manoir était décidément trop grand – Dorian essayait d’embrasser la domestique, sans le moindre succès. Combien de fois déjà Jezebel avait-il vu ce spectacle ? Des dizaines, probablement, et cette fois était la fois de trop, son cousin ne s’en tirerait pas indemne.
- Hargreaves, il me semble vous avoir précisé à maintes reprises combien ce genre d’actes irréfléchis m’irritaient. Je comprends que vous adoriez attirer mon attention mais j’aimerais que vous compreniez que c’est vain. Une bonne fois pour toute.
Il saisit Hildegarde et l’éloigna de Dorian avant de lui ordonner d’aller s’occuper du ménage qu’elle devait coordonner. Avec un profond soupir, la domestique s’éclipsa, laissant seuls le dandy(-serpillère) et le châtelain en tête-à-tête ; chose qui n’était pas arrivée depuis bien longtemps, Jezebel s’arrangeant toujours pour avoir au moins un serviteur à portée de voix lorsque Dorian était dans les parages.
- Vous tenez donc tant que cela à me voir en colère, Hargreaves ?… Et ne me sortez pas votre habituel discours comme quoi vous devez jeter votre dévolu sur mes serviteurs si vous ne pouvez m’avoir. A votre âge vous devriez savoir compenser seul ce genre de frustration.
Sourire cynique – il n’avait aucune envie de laisser Dorian gagner ne fût-ce qu’un pouce de terrain, trop souvent déjà il avait dû abandonner le combat pour échapper aux ardeurs parfois trop exacerbées de son cousin.
- … Décidément, nous ne sommes pas faits pour nous entendre, grinça-t-il.
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Dernière édition par Jezebel van Kraft le Ven 5 Sep - 18:35, édité 1 fois
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Dorian L. Hargreaves

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Sam 30 Aoû - 23:41 |
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Dorian sourit, satisfait. Jezebel se tient debout devant lui, luttant avec subtilité contre cette mystérieuse douleur à la jambe qu’il a depuis quelques années. Ses cheveux sont un peu ébouriffés, lui donnant un air presque humain. Impression, bien sûr, balayée par son regard doré qu’on jurerait dotés de pouvoirs pétrifiants. Mais non. Pas pour Dorian, qui a davantage la sensation d’être tout puissant, lorsque ces impitoyables iris se plongent dans les siens.
Haussement d’épaules. Il adresse un sourire en coin à son cousin qui le toise avec un mépris évident. Pas faits pour s’entendre ? Rien n’est moins sûr…
« Oh allons, ne dites pas cela… souvenez vous… malgré ce que vous appelez nos différents, nous n’avons jamais pu nous passer l’un de l’autre… Je me souviens même d’un temps où c’est vous, qui veniez me trouver… même si c’était pour me faire subir chaque fois les pires tourments ! Je vous amusais. »
Jezebel laisse échapper un rire nerveux, mesquin.
« Ce temps là est révolu depuis fort longtemps… et je ne suis pas homme à m’attarder sur de lointains souvenirs qui n’ont même plus lieu d’être.
- Mais l’attachement que vous me portiez alors n’a certainement pas disparu…
- Vous vous moquez, Hargreaves ! Regardez vous ! »
Le jeune homme aux cheveux rouge sang désigne les vêtements du dandy d’un geste dédaigneux.
« Je n’ai jamais eut la moindre affection pour vous. Je m’ennuyais… et vous étiez là, avec votre air désespérant et vos chaussures de dames… »
Dorian le coupe en éclatant de rire.
« Cher cousin… vous êtes si amer… laissez moi vous soigner ! »
Il esquisse un geste de la main pour inviter Jezebel à approcher. Celui-ci lui lance un regard mauvais. Sa bouche se tord en un rictus de dégoût.
« N’attisez pas davantage ma colère, Hargreaves. J’ai sur moi un équipement que j’aurais plaisir à vous faire découvrir, ce qui, je précise, risque de vous être fort désagréable. »
Dorian rit encore. Son regard change, il s’assombrit, devient narquois.
« J’ai comme l’impression, mon cher, que vous me jugez uniquement de par mon attitude. Je vous croyais plus intelligent que ça. Essayez donc d’écorcher mon beau visage, comme vous m’avez si souvent menacé… la situation pourrait tourner à votre désavantage d’une manière fort intéressante. »
Un long silence s’installe durant lequel les deux hommes ne se quittent pas du regard. Dorian remarque avec délectation que Jezebel lutte pour garder son sang froid. Les dents serrées, il ne semble pourtant pas envisager de fuir, cette fois ci.
Soudain, son regard d’or se fait menaçant. Il dégaine un long poignard et le pointe gracieusement en direction de Dorian.
« Ne me tentez pas, Hargreaves. »
L’intéressé ne bouge pas d’un cil. Il reste silencieux. Guettant le moindre geste de Jezebel qui s’approche lentement. Il écarte d’un mouvement vi, une mèche de ses cheveux roux qui gênent sa vue. Le plaisir d’observer son chaste cousin se rapprocher pas à pas, comme un loup prêt à bondir, lui procure un frisson d’extase.
Il garde le silence. Concentré. Conscient que Jezebel n’est pas de ceux qui s’encombrent de menaces infondées, il éveille un a un tous ses sens, prêt à se saisir de la mignonne petite lame qui se cache dans sa manche. _________________
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Jezebel van Kraft

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Dim 31 Aoû - 20:01 |
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Jezebel s’approcha, lentement, calculateur, le moindre de ses gestes se faisait minutieux et parfaitement élaboré. Il avait vu le changement d’attitude de Hargreaves, il savait que son cousin s’apprêtait à saisir son poignard dans sa manche pour riposter au moindre de ses coups ; il lui faudrait agir vite et sans la moindre erreur. Cependant il connaissait fort bien ses propres capacités et ne doutait pas un instant de sa future victoire – peut-être péchait-il par orgueil, mais il n’envisageait même pas cette possibilité. A dire vrai il n’avait plus qu’une pensée en tête : tuer. Tuer pour n’être pas tué à son tour, même si cette querelle bénigne entre eux deux ne se solderait certainement pas par une mort.
- Ecorcher votre beau visage ? Oui… l’éplucher comme je le ferais d’une pomme. Vous me faites là une offre que je serais sot de refuser…
Sourire malsain. Les yeux d’or se prirent à étinceler d’un éclat singulier, aux limites de la folie, à la frontière entre le réel et l’absurde. Tout cela n’avait aucun sens, ce jeu idiot auquel ils se livraient semblait avoir même perdu sa cause originelle. Jezebel ne se souvenait plus de la raison pour laquelle, des années auparavant, il avait pour la première fois dénigré son cousin – il se souvenait juste d’un mépris et d’une haine violents dirigés contre cet imbécile de rouquin. Il eut la vision fugitive de deux enfants sous un saule pleureur, chahutant comme l’exigeait leur âge, l’un mordant l’autre qui le griffait pour se défendre, mais le tout baigné de rires.
Il chassa ces pensées sans intérêt, ce qui était le passé demeurait le passé et depuis toujours il ne pouvait s’empêcher de détester Dorian Hargreaves de manière viscérale. Aujourd’hui il espérait pouvoir exercer enfin son penchant immodéré pour la violence gratuite et illimitée sur une pauvre victime innocente – ou peut-être pas tant que ça.
Un pas. Deux pas. Jamais il ne s’était volontairement retrouvé aussi proche de son cousin. Dans quelques secondes à peine, sa lame entrerait dans la peau de Dorian, écorcherait la joue lisse et signerait la fin de ce harcèlement dont Jezebel s’estimait victime. Triomphant, il parcourut les derniers centimètres en quelques instants – qui suffirent au dandy pour dégainer son poignard, désarmer son adversaire et se glisser derrière lui. Désormais vulnérable, Jezebel n’osa pas esquisser un geste en sentant la lame se glisser sur son cou nu ; la situation devenait légèrement délicate.
Il sentit le souffle de Hargreaves respirant sa chevelure, décidément il savait profiter de n’importe quelle occasion pour faire le malin.
- Vous devriez me provoquer en duel plus souvent, mon cher Jezebel, si l’issue se trouve m’être aussi agréable.
Jezebel ne put retenir un rire… Dorian n’avait-il donc pas l’impression d’une victoire bien trop aisée ? Le dandy connaissait pourtant la réputation de son cousin, excellent combattant malgré sa blessure, il devait bien se douter de la capacité de son adversaire à se sortir d’une pareille situation. D’un geste, Jezebel saisit une longue épingle acérée qui retenait sa propre chevelure et la planta violemment dans la main de Hargreaves ; le jeune homme dut relâcher sa prise pour tenter d’arrêter l’hémorragie. Van Kraft se dégagea prestement, le sourire aux lèvres.
- Quand je dis avoir sur moi de nombreuses armes, mon cher cousin, cela signifie que j’en porte partout. - Je veux bien l’admettre. Tout le monde sait que vous êtes plus fort que moi à ces petits jeux où il s’agit uniquement de fourberie et de méchanceté. J’aurais au moins pu respirer votre odeur…
Dorian passa négligemment sa langue sur ses longs doigts souillés de sang, le regard fixé sur un Jezebel triomphant qui ne parvenait à retenir sur ses lèvres un délicieux sourire de victoire. Ce dernier sentit un long frisson glacé courir le long de son échine lorsqu’il aperçut le geste nonchalant de son cousin – il n’avait pas pour habitude d’avoir horreur du sang mais cette vision le rendait nauséeux, sans qu’il sût pourquoi.
- Vous avez des progrès à faire si vous voulez me battre, Hargreaves. - Oh, vraiment ? Moi je jurerais que je vous ai déjà battu…
Jezebel ne comprit pas, les sourcils froncés il détourna un instant le regard, cherchant en quoi son cousin avait bien pu le vaincre. Probablement en certains domaines le dépassait-il, ils s’égalaient dans bien des compétences, mais en aucun cas Dorian ne pouvait parler de « victoire » sur lui – sans abus de langage tout du moins.
- Je crains de ne pas saisir…
Le regard de Hargreaves était malicieux – un peu trop – et Jezebel se sentit soudain terriblement mal à l’aise : il n’était plus armé, le dandy si, les rapports de force n’étaient pas des plus équitables et la blessure de Dorian était des plus superficielles. L’affrontement ne semblait pas prendre fin !
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Dernière édition par Jezebel van Kraft le Ven 5 Sep - 18:43, édité 1 fois
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Dorian L. Hargreaves

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Dim 31 Aoû - 20:58 |
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Je me sens parcouru d’une douce excitation. Je ne quitte pas un instant l’intense regard de Jezebel. Ma blessure à la main me lance un peu. J’ai même faillit lâcher le poignard. Je continue de lécher le sang jusqu’à ce que l’hémorragie cesse enfin.
Jezebel a un air désemparé. C’est subtil, mais les années d’expériences m’ont apprit à déceler sur son visage, la moindre expression. Je lui adresse un large sourire, tandis que je fais disparaître mon poignard dans ma manche. Ma langue passe sur mes lèvres.
« Alors, vous êtes un idiot ! »
Il serre les dents.
Je m’accroupis pour ramasser son arme tombée au sol. Il me regarde faire, les sourcils légèrement froncés. D’un geste précis, je le lance dans sa direction. Il le rattrape d’une main, sans la moindre difficulté. Son regard me transperce. Il ne comprend pas.
Satisfait, je tourne les talons, le laissant à ses réflexions. Je sais qu’il va me laisser partir sans rien dire. Et m’ignorer probablement le reste de mon séjour au manoir. Mais tant pis. Je veux qu’il réfléchisse. Que mes mots hantent son esprit jusqu’à ce qu’il admette…
Ah ! J’ai eu tort. Il m’a rattrapé en un bond et a glissé à son tour sa lame sous ma gorge. Surpris, je reste un instant immobile.
« Eh bien, Hargreaves, sauriez vous me dire en quoi vous m’avez battu, maintenant ? »
Je soulève le menton. Le contact de son corps dans mon dos m’apaise. Mes lèvres se fendent d’un sourire. Je murmure…
« Vous le savez… »
Il grince des dents. Tout près de mon oreille. Je le sens gêné, contrarié.
« Je ne serais pas dans cette situation fort désagréable si je le savais, Hargreaves. »
Sa façon de prononcer mon nom me fait frissonner. Sa voix sombre et glaciale… son accent allemand. Je ferme les yeux.
« Bien sûr que si, voyons… Vous n’auriez même pas cherché à me rattraper. »
Il garde le silence. Son haleine dans mon cou se fait brûlante. Il est tendu, en alerte. Il refuse de comprendre. Ou même de réfléchir à mes paroles. Tout ce qu’il veut, maintenant, c’est me faire taire. Il appuie doucement le tranchant de son arme contre ma peau.
D’un mouvement habile, je repousse légèrement son bras et me tourne face à lui. Déjà, la pointe de mon poignard menace sa jugulaire. Nos visages n’ont jamais été aussi proches.
« Nous voilà à égalité, mon cher… tranchez mon noble cou, et j’ouvrirais le votre dans la même seconde… Unis dans la mort… que pouvons nous rêver de mieux ? »
Je susurre ces paroles du bout des lèvres, ému de pouvoir observer d’aussi près la blancheur immaculée de sa peau. Il ouvre la bouche pour parler, hésite un instant… tout à fait charmant. _________________

Dernière édition par Dorian L. Hargreaves le Mer 3 Sep - 15:52, édité 1 fois
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Jezebel van Kraft

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Dim 31 Aoû - 23:17 |
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Jamais encore je n’avais vu Dorian agir de manière si étrange, si incompréhensible – je savais déjà ne pouvoir prévoir à l’avance ses réactions mais je dus avouer qu’il m’avait surpris. Terriblement surpris. Je me retrouvai avec ce poignard entre mes mains, à armes égales avec lui, alors qu’il aurait pu profiter aisément de cette situation pour… je ne voulais pas savoir pour quoi faire, d’ailleurs… Tout cela me laissait fort perplexe, troublé, et bien que je sus dissimuler parfaitement mes émotions, il pouvait les lire aussi bien que dans un livre ouvert. Dieu qu’il m’énervait avec ses grands airs et ses énigmes insensées ! Je ne supportais pas de lui être si prévisible.
Sa lame sur ma gorge, la mienne sur la sienne. Jamais nous n’avions été volontairement si proches, je pouvais même sentir son souffle piquant sur ma peau et la situation n’avait rien pour me plaire ; cependant au moindre mouvement il pouvait m’égorger. Je doutais qu’il le fît, néanmoins je ne désirais prendre aucun risque. Unis dans la mort, disait-il, une perspective qui pouvait lui paraître réjouissante mais qui ne me semblait nullement attrayante – si la Mort devait me faucher j’eusse encore préféré être le seul à être pris dans ses filet. Non que je tins à sa vie, simplement nous serions tous deux allés en Enfer et passer mon éternité avec lui ne m’enchantait guère.
- Dans la mort ou dans l’amour, en aucune manière je ne voudrais être uni avec vous, Hargreaves.
Sourire crispé – je ne pus rien ajouter, mes mots semblaient périr dans ma gorge alors même que je les faisais naître. J’eus beau déglutir à plusieurs reprises je ne parvenais à articuler quoi que ce fût, comme si mes lèvres refusaient de m’obéir et peut-être d’aggraver ma situation en proférant quelque injure qui aurait eu pour effet immédiat de réveiller le tempérament flamboyant de mon cousin. Je me contentai donc de le fixer tacitement, la bouche pincée, figeant mon expression dans un masque de colère et de haine qu’il connaissait si bien. Il se contenta de rire à ce spectacle.
- Une nouvelle preuve que j’ai raison, semblerait-il, mon cher Jezebel ? Votre silence me paraît celui de l’embarras, de la gêne peut-être, ma présence déclenche-t-elle tant de sensations en vous ? Je suis flatté…
- Arrêtez d’interpréter les situations comme bon vous semble, répondis-je, retrouvant l’usage de la parole. Vous ne grandirez donc jamais, toujours à chercher le détail qui vous permettra de monter une argumentation futile sur un sujet tout aussi absurde, capricieux que vous êtes. Pensez-vous que votre charme et votre beauté suffiraient à faire succomber n’importe qui à vos avances ou à obtenir n’importe quoi ? Je suis au regret de vous apprendre que, quand bien même ce serait le cas, je ne suis pas n’importe qui et quoi que vous désiriez vraiment vous n’avez aucune chance de l’obtenir.
Je me tus de nouveau, incapable d’en dire plus et surpris par ma verve, moi qui d’ordinaire étais plutôt taciturne. En présence de mon cousin je devenais soudainement loquace, assez du moins pour lui expliquer par le menu combien son existence même m’importunait, chose qu’il semblait avoir quelques difficultés à comprendre. Lui-même cependant semblait légèrement secoué par mes paroles – peut-être avais-je gagné ?
- Quoique je désire vraiment ?… J’ai peur de ne pas comprendre votre insinuation.
- A croire que vous me prenez réellement pour l’imbécile que je ne suis pas ! Comment voulez-vous que je croie à vos balivernes et à vos beaux discours alors que nous savons l’un et l’autre que nous ne sommes rien de plus que des rivaux en bien des domaines. Et je me fiche éperdument de ce que vous attendez de vos petites manigances.
- Vous me peinez, mon cousin. Je ne vous imaginais pas si… si idiot. Ou alors connaissez-vous si peu le sentiment d’affection que vous ne savez le reconnaître lorsque vous le croisez, malgré toute votre subtilité ?
- Vous savez fort bien que je me complais dans le célibat.
- Oh, oui… je le sais…
Son ton entendu ne me plut guère, se faisait-il encore une idée bien sotte à mon sujet ? Je m’apprêtai à répliquer lorsque Müll traversa le couloir où nous nous trouvions, une lettre pour moi à la main ; il ne parut pas le moins du monde étonné de nous voir dans une situation fort peu habituelle. Je jetai un bref regard à mon adversaire et me dégageai prestement sans plus lui accorder la moindre œillade, j’utilisai mon poignard comme un coupe papier et m’emparai des quelques feuillets que composaient la missive. Mon valet me murmura quelques mots quant à l’identité de mon correspondant, je le remerciai d’un signe de tête : rien qu’une lettre joyeuse d’un ami avec qui j’avais partagé bien des heures d’étude, un billet qui m’arracha un sourire.
- Qu’est-ce ? demanda soudain la voix de mon impétueux cousin.
Je levai les yeux au ciel. Croyait-il donc avoir le droit de m’importuner ainsi parce que la partie mortelle de notre dispute avait pris fin ?
- Un ami.
Je le sentais bouillir d’envie de m’en demander plus – il ne saurait rien, notamment parce qu’il n’y avait rien à dire, d’ailleurs. Je parcourus rapidement la lettre, assis à demi sur un guéridon, un sourire aux lèvres, relativement content de ce que je lisais ; lorsque je relevai les yeux il était planté à quelques centimètres de moi, profitant de ma situation assise pour me dominer de toute sa hauteur.
- Vos distances, Hargreaves.
- Pas avant que vous ayez admis qu’il y a peut-être une once de sentiments pour moi dans ce cœur gelé.
- Grands dieux, jamais ! J’aime ailleurs. Et ôtez ce poignard de sous mon nez…
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Dernière édition par Jezebel van Kraft le Ven 5 Sep - 18:50, édité 1 fois
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Dorian L. Hargreaves

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Lun 1 Sep - 0:08 |
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Maudit ! Müll, ne pouvait il donc pas attendre ? Jezebel s’est éloigné si violement de moi que j’ai le sentiment qu’il m’a été arraché. Il sourit en parcourant la lettre qu’on lui a apportée. Ce sourire encore qui étire ses exquises lèvres… Qui est-ce ? Qui l’amuse ainsi ?
Il s’appuie gracieusement contre un guéridon pour la lire tranquillement. Quoi ? Il ne se retire même pas ? Il ne cherche pas à m’éloigner pour être tranquille ? Il me provoque ! Qui est-ce ?
Je m’approche de lui, aussi près que possible sans pour autant le toucher. Il m’intime de m’écarter. Comme s’il avait le moindre espoir de m’en convaincre. Je lui tiens tête, lui déblatérant des paroles auxquelles je ne songe pas. Je suis ailleurs. Transporté par sa proximité, contrarié par l’air léger qu’il affiche en lisant cette maudite lettre, je ne remarque même pas que j‘ai levé vers lui ma petite lame. Ses dernières paroles, pourtant me font brutalement reprendre conscience. Il aime ailleurs ? Impossible.
« Vous ? Jezebel ? Allons, ne vous moquez pas !
- Loin de moi cette idée, Hargreaves, c’est la pure vérité. »
Je serre les dents. J’ai conscience qu’il me provoque, mais je ne parviens pas à faire taire l’énervement qui assombrit peu à peu mon cœur.
« Je vous connais, van Kraft, si vous ne m’aimez point, vous ne pouvez aimer que vous.»
Van Kraft. En l’appelant ainsi, j’ai trahis ma colère. Il me regarde dans les yeux, gravement. Un sourire amer, qui ressemble davantage à un rictus maladroit se dessine sur ses lèvres. Il repousse mon arme d’une claque sur la main. Je la lâche, elle se plante au sol, dans le splendide tapis persan qu‘il aime tant. Ses sourcils se froncent.
« Vos jeux ne sont guères amusants, Hargreaves. Voyez le résultat ! »
Je bafouille des excuses sincères. Je sais que c'est un tapis qu'on avait offert à sa défunte mère. Je lève vers lui des yeux froids.
"C'est l'auteur de cette lettre ? Dites moi !"
Ma voix tremble, elle se fait plus grave qu'à l'accoutumée.
Le temps d'une seconde, Jezebel parait étonné. Mais très vite, son visage se déforme, ses yeux me torpillent, furieux. Je le sens prêt à m'étrangler. Pourtant, je sais que pour rien au monde il ne poserait sur moi ses doigts divins. Il en serait dégouté. Voilà ce que je suis pour lui. Un déchet. Une abomination de la nature... Que n'ai je la prétention d'avoir une place quelconque dans ce coeur plus dur qu'un diamant...
Il aime ailleurs ? Non. Je ne puis croire une telle chose.
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Jezebel van Kraft

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Lun 1 Sep - 1:00 |
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Mes yeux se perdent sur le tapis écorché par la maladresse stupide de cet imbécile. Il n’ignore pourtant pas l’importance que j’attache à ce tapis, mon tapis préféré, et il devrait aussi savoir que je ne l’ai épargné que pour éviter de souiller ledit tapis de son sang infect. Ce n’est pas grave, je finis par avoir l’habitude, je ne suis plus en âge de me lamenter des heures durant parce qu’un souvenir de ma mère m’a été arraché – et surtout un tapis. Même un tapis persan rebrodé de fils d’or qui vaut certainement plus cher que la vie de mon idiot de cousin.
Je claque des doigts, une servante accourt et enroule le tapis ; une seconde se précipite pour en ajuster un autre à sa place. Facile de combler les trous lorsque l’on possède une pièce entière remplie de tapis, pourquoi les gens ont-ils cette manie d’offrir des tapis à leurs proches pour Noël et les anniversaires ? Un soupir et il n’y a plus trace de la dernière folie de Dorian. Je n’écoute même pas ses excuses, elles n’ont guère plus de valeur que les cailloux de mon oncle ; je préfère d’ailleurs me pencher sur une gemme intéressante que sur ses jérémiades sans queue ni tête.
- Si ma mère avait été là, nul doute qu’elle vous aurait suspendu par la cheville droite au-dessus d’un bassin d’huile bouillante dans lequel elle aurait lentement trempé chaque partie de votre corps, juste assez longtemps pour que vous souffriez le martyr, pas assez pour vous tuer. Réjouissez-vous, je ne suis pas ma mère.
- Ouf…
- Silence.
Je n’ai pas envie d’entendre sa voix, le silence est tellement plus reposant à mes oreilles. Je n’ai que faire de ses suppositions absurdes et de ses questions auxquelles je ne suis guère disposé à répondre ; en fait il m’horripile assez pour déclencher en moi de violentes envies de meurtre qui font couler le long de mon échine quelques frissons algides. Une pulsion me porte vers lui, je m’arrête au dernier instant, à quelques millimètres de lui – n’importe qui pourrait croire que j’ai fait le geste d’aller l’embrasser alors que je ne rêvais que de l’étrangler. Il sursaute, les yeux écarquillés.
- Que…
- Même si ma vie en dépendait, je refuserais de vous toucher, Hargreaves, mais l’envie ne me manque pas de vous faire taire d’une manière expéditive.
Je souris, moqueur ; il me fixe d’un air éberlué l’espace d’une seconde – avant de laisser échapper un rire sarcastique. Je hausse un sourcil sans comprendre.
- Van Kraft… ne me dites pas que vous en êtes au point de ne plus vous comprendre vous-même ? Regardez où vous vous trouvez.
J’ai levé mes mains au niveau de son cou dans le geste de l’étrangler, un geste qui ressemble un peu trop à celui que l’on fait pour enlacer, et je suis encore plus près de lui que tout à l’heure. A dire vrai je le touche. … Au point où j’en suis pourquoi ne pas m’exécuter ? Mes mains se resserrent autour de sa gorge, mes pouces sur sa trachée, je sais exactement où appuyer pour le tuer. Dans un souffle, je lui glisse à l’oreille :
- L’auteur de cette lettre est un homme. Je ne m’adonne guère à l’uranisme, je laisse ça à d’indignes pourceaux de votre genre.
Il grimace, j’ai touché un point sensible… un homme qui en aime d’autres, quelle abomination, quelle horreur ! C’est tellement contre-nature, abject que je n’ose même imaginer le péché dans toute sa splendeur. Non que je sois particulièrement croyant, à dire vrai beaucoup me taxeraient d’hypocrite si j’osais simplement le prétendre, mais certains dogmes me semblent bons à respecter. Je ne prends que ce qui me plaît et délaisse le reste, je m’accapare ce qui me convient pour mieux piétiner ce dont je me moque.
Mes paroles l’ont semblerait-il blessé, il n’ose rien dire et je lis sur ses traits une colère latente miscellanée de déception à mon égard – qu’attendait-il de moi, de la compassion pour son vice ? Quelle onirie, mon cher dandy, je suis incapable de quelque compassion que ce soit, ma nature n’est pas telle que je puisse vous réconforter dans vos douleurs. C’est bien mal me connaître et cela me désappointe de sa part, lui qui prétend me connaître mieux que quiconque – quelles fadaises, il succombe au moindre leurre et à la moindre lueur qu’il croit apercevoir. Je souris.
- Croyez-moi, Hargreaves, vous perdez votre temps en vaines illusions et en chimères absurdes. Allez plutôt chasser là où vous pouvez gagner, ou mieux trouvez une fiancée qui vous conviendra, ce sera bien mieux pour vous… et pour moi.
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Dernière édition par Jezebel van Kraft le Lun 1 Sep - 16:42, édité 1 fois
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Dorian L. Hargreaves

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Lun 1 Sep - 11:47 |
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Une fiancée… Au fond de mon esprit, j’entends l’écho de la voix de mon père, vantant les louanges d’une certaine Grace Dokins dont je n’ai pas le moindre souvenir… mais je n’y accorde aucune attention… Je n’écoute que lui. Ses mots se déversant dans mon âme, plus aiguisés et douloureux que des milliers de lames. Son visage éclairé par la jouissance de me voir me décomposer au son de sa voix.
Ses doigts se sont refermés autour de ma gorge. Le contact de sa peau froide me parcoure de frissons. Je ne puis plus parler. Déjà, son étreinte se resserre tandis qu’il écarquille les yeux en une expression de plaisir intense et cruel. Je suis à sa merci. Ma respiration se fait difficile. Mon sang ne circule plus correctement. Je ne veux pas le repousser. Je veux garder encore un peu ses mains sur mon cou. Même si à chaque seconde je ressens un peu plus la haine et le dégoût que je lui inspire.
Ses ongles se plantent dans ma chair. J’ai mal. Si mal. Ses yeux dorés n’ont jamais été aussi vivants. Ma tête tourne. Par réflexe, mes mains remontent vers les siennes. Pas pour les écarter, plutôt pour pouvoir m’accrocher à lui lorsque je perdrais conscience. Mais à peine ai-je posé mes doigts crispés sur ses poignets, qu’il s’écarte d’un bond magistral, trébuchant sur sa jambe douloureuse, comme si je l’avais brûlé avec un tison. Relâché, je m’affaisse un moment, massant ma gorge. Je reprends doucement ma respiration et une circulation normale.
Jezebel se tient à un mètre de moi. Il me regarde, rageur. Je laisse échapper un rire, esquissant un sourire amer.
« Vous ne trouvez pas… que votre répulsion à mon égard est un peu trop… passionnée? »
Il ne répond pas. C’est inutile, je sais ce qui lui brûle les lèvres. Il est persuadé que sa haine est chronique, qu’il ne peut tout simplement pas me supporter, comme s’il avait contracté une maladie dont je suis la cause première, ou quelque chose dans le genre. C’est complètement absurde. J’observe ses yeux, sa mâchoire crispée… Bientôt, il va retrouver son air glacial et supérieur, il va me siffler une phrase mordante et terriblement hypocrite, et me laisser là avec mes « infâmes sentiments ». Non. Pas cette fois. Je ne le laisserais pas s’échapper.
Mon sourire s’élargit. Je ramasse d’une main mon poignard que les domestiques ont posé sur le guéridon. De l’autre, je défais mes cheveux et secoue la tête pour les ramener devant mes épaules. Jezebel ne me quitte pas des yeux. Il suit le moindre de mes mouvements, prêt à contrer n’importe quel coup. Un rire léger. Je lève mon arme vers mon propre cou, le presse contre ma peau et me coupe sur quelques centimètres. Il sursaute. Une mèche de mes cheveux roux tombe sur le tapi neuf qu’on vient d’apporter. Je ne cesse pas de sourire, tandis que j’éponge le sang qui s’écoule de ma plaie avec un mouchoir blanc.
« Je garderais cette cicatrice en souvenir de vos mains enserrant ma gorge, mon cher Jezebel. Ainsi, peu importe combien j’essaye, je ne pourrais jamais vous oublier. »
Je tend vers lui le mouchoir imbibé de mon fluide vital et le laisse choir au sol. Il le suit des yeux, horrifié.
"Vous le vouliez, voici mon sang. je vous en fais cadeau." _________________
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Jezebel van Kraft

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Lun 1 Sep - 22:59 |
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Je ne voulais pas y croire et pourtant cela est. Derrière l’extravagance de Dorian se dissimulent bien des choses, je sais bien qu’il n’est pas que l’imbécile excentrique qu’il veut bien montrer, mais je n’osais penser que mes soupçons étaient avérés. Je ne voulais pas y croire ! Et pourtant voilà, il me montre qu’il est comme chacun d’entre nous, comme tous les Van Kraft, les membres de cette famille souillée. Il est fou.
Je n’ose bouger, figé dans une attitude de stupeur et – je dois l’avouer – de peur. Il s’est ouvert la gorge… juste pour voir cette expression d’horreur absolue sur mon visage. Il a réussi, aussi amer cela puisse-t-il paraître, il a réussi à me faire admettre une chose : je n’aimerais vraiment pas le voir mourir. Qui prendrais-je comme souffre-douleur ? Sur qui pourrais-je alors… déchaîner ma mauvaise foi la plus virulente ?
- Tu es complètement fou…
Ces paroles se sont échappées de mes lèvres, sans que je puisse les retenir. Je n’en reviens pas, je ne comprends pas, je … Pourquoi ? Il aurait pu se… Mais pourquoi m’en soucier ? Je ne lui laisserai aucune chance de m’abattre, j’ai toujours gagné ces petits duels qui nous déchirent constamment. Aujourd’hui ne sera qu’une victoire de plus. Mon visage redevient glacé, impassible, je redeviens la froide idole de marbre que j’ai toujours été ; je déglutis péniblement.
- N’était-ce pas un peu excessif de votre part, Hargreaves ? Et laisser vos immondes cheveux traîner…
- Vous êtes vraiment le plus fort lorsqu’il s’agit de se mentir à soi-même.
Il esquisse un sourire apitoyé et jette un regard à ce mouchoir imbibé de sang – je ne le ramasserai pas. Il n’aura pas la satisfaction de me voir me baisser devant lui pour prendre cet objet dont je me moque éperdument – je serais même dégoûté de devoir toucher cette chose. Je dégaine mon épée et m’empare du tissu en le piquant au bout de ma lame, le tenant loin de moi comme s’il pouvait me blesser au moindre contact. Toujours sans le toucher je le tends à Dorian ; il ne le prend pas, toujours souriant. Oh, ce sourire. Ce sourire à haïr… Jamais aucune de mes expressions si longuement travaillées n’égalera le cynisme mordant de ses lèvres tordues à la manière d’un insidieux serpent.
- Je veux votre sang mais je saurai le prendre seul.
Ma lame effleure sa blessure pas encore refermée, le sang se remet à couler en flots purpurins sur sa gorge pâle. J’écarquille les yeux. La vision de cette parure de rubis qui se dessine sur sa peau me fait soudain perdre la notion du temps, de moi-même et de ce qui m’entoure. Fasciné par le sang, je ne puis bouger, mes mains tremblent et je lâche mon épée dans un grand fracas métallique.
Captivant… cette fuite de la vie avec chaque goutelette écarlate, cette fragilité de l’être humain qui passe par un liquide au fond si précieux. Chaque filet vermeil est un joyau inestimable, il porte l’Existence en lui, une parcelle d’âme ou de ce souffle étrange qui maintient l’humain debout. Rien ne devrait être perdu d’un tel sang, si vibrant, si chaud, si doux… rien… si seulement je pouvais recueillir le flot entre mes mains rassemblées en coupe ! Cependant je ne puis bouger, je suis incapable d’esquisser la moindre parole, le moindre geste, je ne m’appartiens plus.
Quand on est un assassin, on est Dieu.
Qui m’avait dit cela ? Qui avait prononcé cette phrase qu’aujourd’hui encore je me remémore avec un frisson de terreur ? Je ne me souviens plus – entre hier et aujourd’hui des milliers d’années se sont écoulées. J’essaye de reculer d’un pas, je trébuche et me rattrape de justesse au guéridon ; est-ce cela qu’ils appellent perdre tous ses moyens ? Je ne puis détacher mes yeux exorbités du visage souriant de mon cousin, il n’a pas l’air de se soucier de ces cascades pourpres jaillissant doucement de sa plaie. Un peu plus profonde… il serait mort. Je n’ai jamais osé imaginer ce que serait l’existence sans l’infâme vermine qu’il est et je ne tiens pas à l’expérimenter.
Si seulement je pouvais détourner un instant le regard de ses plaies !
Un désir qui gronde dans mon ventre, presque douloureux, tel que je n’en ai encore jamais ressenti. Je me plie en deux sous l’effet de cette envie violente, cette brûlure que je ne comprends pas – pourquoi, mais pourquoi éprouvé-je ce besoin intense de l’égorger net, de goûter son sang, de détruire enfin cet homme ? Ce serait donc cela… cela que l’on nomme folie, après tout, après toutes ces années. J’esquisse à travers les mèches écarlates qui me barrent le visage un mince sourire. Je suis un idiot.
Un rire me prend soudain, me secoue jusqu’aux larmes, j’enfouis mon visage dans mes mains. Jamais je n’ai ri ainsi, jamais je n’ai laissé libre cours à cette hilarité qui me fait tant ressembler à un animal, à un démon peut-être, un fou incapable de se réfréner. C’est si… absurde.
- Nous sommes ridicules, murmuré-je entre deux éclats de rire. Vous, moi… et tout le reste… c’est ridicule.
Il ne répond pas, me laisse me calmer ; il sait ne rien pouvoir obtenir de moi si je reste dans cet état aux frontières de la folie. Les secondes passent et je me recompose le masque habituel du parfait jeune homme de bonne famille, digne et droit ; seuls mes yeux trahissent encore mes pensées étranges. Quand me suis-je ainsi tordu, je l’ignore, je m’en moque. C’est ainsi. D’un geste lent, las, comme fatigué par mille années de vie rudes et sans fin, je me penche et ramasse mon épée ; le mouchoir tombe dans ma main. Mes doigts se resserrent convulsivement sur le tissu souillé, je le considère avec un petit sourire.
- Est-ce que vous n’avez jamais tué, Dorian ?… Non, bien sûr… pas plus que moi… vous n’avez jamais ressenti cela… le sang sur vos mains, le pouvoir d’appeler à vous la vie, de la retenir sur son dernier souffle, danser avec cette âme en fin de parcours pour sa dernière valse. Vous ne savez pas… tout ça. Vous ne savez pas que… quand on est un assassin, on est l’égal de Dieu. Et c’est pour cette raison que je ne vous laisserai jamais vous tuer. Ce serait fâcheux, n’est-ce pas, que vous deveniez le démiurge détenant le droit de vie et de mort ?
Un vague sourire naît sur mes lèvres, je ferme les yeux. Je ne puis me résoudre à lâcher ce mouchoir, je n’arrive simplement pas à desserrer les doigts ; après quelques instants je m’approche de Dorian et lève ma main jusqu’à son cou. J’éponge le sang avec son mouchoir, sans le regarder, sans même oser dresser la tête vers lui, je me contente de profiter juste un instant de cette proximité que j’ai tant refusée. Je le hais de réussir ainsi à me placer face à mes faiblesses, je déteste cette manière qu’il a de voir clairement en moi – et d’aimer même le plus affreux de ce qu’il voit !
- … Tu es vraiment complètement fou, Dorian. Complètement fou. - Tu… vous l’avez déjà dit. - Comment fais-tu ? - Quoi donc ? - … Non… rien.
Je soupire, je m’écarte de lui lentement – il me retient par les poignets et me force à rester contre lui. Le mouchoir dans ma main gauche dégouline de sang, mes doigts sont aussi écarlates que ma chevelure et je n’ose toujours pas croiser son regard. Que c’est ironique : moi, Jezebel van Kraft, fils de comte à la dignité indubitable, je ne puis pas même fixer celui que je hais le plus au monde. Je fuis même cela, comme le lâche imbécile que je suis…
- Ma vue est-elle si atroce que vous la fuyez ? - Tais-toi. - Répondez, Jezebel ! Suis-je donc si affreux à vos yeux ? Ou bien est-ce une énième preuve de ce que je ne cesse de vous répéter et que vous refusez sans cesse d’admettre ? - … Ni l’un… ni l’autre. Tu… vous ne pourriez pas comprendre. - Ai-je tant que ça l’air d’un imbécile ?
Sa voix est à la fois douce et pleine de reproches ; je lève enfin les yeux vers lui et lui adresse un sourire moqueur.
- Bien entendu. Un imbécile qui a réussi à me troubler l’espace de quelques minutes, cependant, je vous félicite.
Je me dégage de son emprise – j’essaye, il me retient de nouveau et m’attire contre lui. Mes sourcils froncés et mon expression plus dure n’ont pas l’air de l’arrêter, enhardi par ma réserve des instants passés il se croit sans doute victorieux et capable de tout. Et malheureusement ma situation m’empêche de lui prouver combien je puis encore être farouche à moins d’user d’une technique qui me répugne par sa violence inutile. Les femmes ne se rendent pas compte de la douleur qu’elles peuvent infliger lorsqu’elles agissent ainsi…
J’essaye de griffer – c’est vain. J’ai beau me débattre, il me retient, pourtant sa force est la même que la mienne ; j’ai donc vraiment perdu mes moyens face à son attitude précédente. Après quelques secondes, je cesse de lutter : à quoi bon, puisqu’il a gagné ?
- Vous êtes incorrigiblement immature, Hargreaves. - Je suis au courant.
Ses bras m’entourent soudain comme une invitation à l’abandon, il n’a pas l’air disposé à me demander mon avis, mais tant qu’il ne s’agit que d’une étreinte si chaste je n’ai guère le droit de protester. Je me contente de soupirer. Ses doigts jouent tranquillement avec les boucles écarlates de ma chevelure, comment peut-il seulement supporter de toucher ces horreurs sanguinolentes, ces longs fils de rubis glacé ? Je tressaille de haine envers lui – et envers moi. Je n’aime pas être là, si proche de lui, si incapable d’agir, cela me met dans une colère noire. Oh comme je déteste cette impuissance flagrante.
- Et à part ça, Herr Jezebel, vous me détestez et ne supportez pas mon contact ? rit-il, moqueur. - Tais-toi…
Personne ne le verra. Personne ne le saura. Il suffira qu’il se taise… _________________
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Dorian L. Hargreaves

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Mar 2 Sep - 16:40 |
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Je suis fou, oui. Sans le moindre doute. Et je vais le devenir davantage après ça… Ses cheveux, enfin, sous mes doigts. Et mes bras autour de ses épaules… Il tremble. C’est presque imperceptible mais il tremble. Il n’est pas encore remit. Je resserre mon étreinte. Il se crispe.
Je me tais, puisque c’est ce qu’il veut. Dans ce Silence j’entends sa respiration saccadée, tout près de mon oreille. Je le sens de plus en plus mal à l‘aise. Il a bloqué ses poings entre nos deux corps, y laissant ainsi une infime distance… Mais il ne dit rien. Il reste là, le nez dans mes cheveux détachés, sans se plaindre. Je me repais de son odeur. Les doigts entortillés dans ses mèches d’une douceur exquise. Pas un instant je ne songe au moment où il reprendra ses esprits, et me repoussera sauvagement, une lueur bestiale dans les yeux. Noble. Divin. Dévoilant presque des crocs menaçants.
Tout mon sang palpite dans mes veines. Ce contact m’est si doux. C’est irréel. Il va s’évaporer. Je vais refermer mes bras autour du vide… Non, je vous en prie… poursuivons encore un instant cette illusion… Je me penche un peu plus vers lui, caressant de mon souffle sa peau de pierre polie. L’arrête de mon nez effleure sa joue, juste sous son œil… Il sursaute.
L’instant d’après je suis projeté par deux coups de poings dans les côtes à plusieurs mètres de distance. J’ai le souffle coupé. Il me toise d’un air mauvais. Je déglutis douloureusement. En l’observant, je remarque sur le coté de son menton une petite tâche de mon sang. En effet, mon cou en est couvert, le col de mon habit aussi..
Jezebel fixe ma plaie. Il a retrouvé sa froideur et son sérieux habituel. Il fixe ma gorge comme s’il ne voyait plus que le liquide qui en coule. Je n’existe plus.
Reprenant doucement ma respiration, je sors un nouveau mouchoir et l’appuie contre ma coupure pour faire cesser l’hémorragie. Un souffle de dédain s’échappe de ses lèvres inexpressives. Sans un mot, il tourne les talons et s’éloigne en boitillant. Je le regarde partir… Dans sa main, il serre encore le morceau de tissus dégoulinant. Ses doigts couverts de mon sang… de ma vie.
« Est-ce vrai, Jezebel, que vous aimez quelqu’un d’autre ? »
Mon murmure se perd dans le vide qui nous sépare. Je souris. C’est vrai. Je suis fou. Mais qu'importe.
Il disparaît.
Je me penche pour ramasser mes cheveux tombés sur le tapis, les rassemble, et les pose sur le guéridon. Il les voudra peut être…
Quelques pas, et je suis dans ma chambre. Je fais venir une servante pour qu’elle m’apporte de l’eau et des compresses. Je retire mes vêtements. Dessous, mon corps est moite. Je sue. Ma tête se met à tourner. Sacrebleu, j’y suis peut être allé un peu fort. A présent, ma blessure me lance violement. Je prends peu à peu conscience de la Folie de mon geste. L’entaille est profonde et tout proche de la jugulaire…
J’éclate d’un rire nerveux. Suivi d’un gémissement incontrôlé. Je perd l’équilibre et suis forcé de m’asseoir sur mon lit. Enfin, on apporte mes soins. Une infirmière accompagne la domestique, sûrement ordonnée par Jezebel. Il doit me trouver tellement stupide… et il a sans doute raison.
On nettoie ma plaie, on la recoud. Je ne rechigne pas, observant sans mot dire les deux femmes que j’ai probablement déjà courtisé. Je suis de ces gens là. Débauchés et infatigables. Méprisables…
Elles sortent, emportant avec elles mes habits teintés de rouge. Je fais le geste de les retenir. Il y a l’odeur de Jezebel sur ces vêtements ! Mais je me ravise. Ne poussons pas plus loin l’absurdité. Je m’allonge sur mon lit. Quelques larmes noyées dans un rire amer s’écoulent sur mes joues, mouillant mes draps de soies. Mes paupières s’alourdissent. Je sombre. _________________

Dernière édition par Dorian L. Hargreaves le Mer 3 Sep - 16:44, édité 3 fois
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Jezebel van Kraft

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Mar 2 Sep - 20:42 |
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Je dors enfin d’un sommeil sans rêve. Jamais en toutes ces années d’existence je n’ai réussi à vivre sans ces cauchemars. Mes nuits agités, pleines de hontes et de peurs, je n’ai jamais pu les oublier – enfin un peu de repos. Une fatigue intense s’est abattue sur mes épaules dès que j’ai quitté Dorian, j’ai eu une montée de fièvre, le contre-coup peut-être de toutes ces émotions bien trop intenses. J’ai congédié toutes mes servantes et ai pris le chemin de Morphée, sans me donner la peine de me dévêtir ou même de dénouer mes cheveux. Sans lâcher le mouchoir.
Il pleut. Eveillé par l’eau qui frappe mes vitres, je reste un instant immobile, je savoure. Le claquement placide de la pluie me captive, la nuit s’illumine de quelques éclairs – je n’entends rien. J’ai pleuré, je crois. Il y a quelques traces de sang sur mon oreiller, le mouchoir n’était pas tout à fait sec – je lui ferais nettoyer mes draps lui-même par vengeance si je ne savais pas quel genre de plaisir il en retirerait. Un soupir. Tout redevient comme avant.
Je me tourne sur le dos, la lampe est allumée et Hildegarde s’active autour de moi, préparant manifestement une tenue pour la soirée ; je l’appelle d’une voix qui me paraît étrangement faible. Je crois bien être tombé malade, comme un imbécile. Elle se tourne vers moi d’un geste brusque et commence à m’expliquer d’une voix preqsue hystérique que je suis en retard, qu’elle m’appelle depuis quinze minutes pour m’éveiller, sans succès. Le dîner a déjà commencé et je suis seul à n’être pas descendu, mon père m’attend.
Une grimace aux lèvres, je me redresse péniblement, mon dos me fait souffrir. Je tousse, crache un peu, ma domestique ferme une fenêtre entrebaillée en proférant des excuses quant au froid qu’elle a laissé entrer. Ce n’est rien, va. Le froid ne vient pas d’ailleurs, il est là, en moi – dans mon cœur. Un frisson me parcourt l’échine, je jette un œil à la vieille horloge qui décore ma chambre ; il est huit heures. Père ne va pas être content de me voir arriver si en retard, à dire vrai je voudrais ne pas descendre mais je crains fort sa colère à l’idée de constater mon absence.
- Messire Jezebel, passez au moins… - Pas le temps ! m’écrié-je en descendant à toute vitesse les escaliers qui me séparent de la salle à manger.
J’entre, essoufflé, les cheveux encore plus décoiffés qu’ils n’avaient pu l’être à mon réveil – je dois avoir l’air d’un lion mal léché, absolument lamentable. Père ne m’accorde même pas un regard, drapé dans son éternel mépris il mange calmement, demande même qu’on lui resserve du vin, comme si je n’étais pas arrivé. Je n’ose esquisser une grimace, je préfère détourner le regard ; Katje cependant devine mon trouble et laisse un petit sourire amusé se dessiner sur ses lèvres. Elle se moque – j’imagine bien que la situation amuse cette… Mais je ne peux l’en blâmer. C’est entièrement ma faute.
J’ignore royalement mon cousin qui a cessé de manger, me fixant silencieusement ; il est pâle comme jamais – évidemment, avec tout le sang qu’il a perdu, cet imbécile. Je m’étonne même qu’il puisse tenir debout et venir dîner aussi nonchalamment après ce qu’il s’est passé. Je sais qu’il cherche mon regard mais je ne lui permettrai pas de le croiser, il me sera fort simple de faire comme si cette nuisance-là n’existait pas. Il en est une autre en revanche qui, je le gage, va faire de ce dîner un enfer.
- Mon cher beau-fils, vous avez manqué le plus beau dîner, votre cousin s’est nourri comme un affamé et il ne reste plus grand-chose.
Cette vipère me sourit, Katje, ma belle-mère si ravissante mais si fourbe ; les beaux écrins dissimulent si souvent une insoutenable vermine ! Je lui adresse un rictus que je veux méprisant mais mes traits m’abandonnent, je retombe dans un mutisme inexpressif avant de prendre place autour de la table du repas – en face de Hargreaves. Effectivement, j’ai l’impression d’avoir manqué « le plus beau », il ne reste plus grand-chose sur la table. Ce n’est pas important, je me sers de ce que je puis et mange en silence, l’estomac noué. J’aurais vraiment dû continuer à dormir.
Personne ne parle. Le calme avant la tempête…
- Jezebel… tu ne songes pas même à t’excuser de ce retard ?
La voix de mon père est plus glacée que jamais, il me fixe de ces prunelles dorées impénétrables dont j’ai hérité ; je comprends mieux pourquoi peu de gens parviennent à soutenir mon regard. Moi-même je brûle d’envie de détourner les yeux, je lis tant de mépris dans les siens qu’il ne me reste que la fuite. Pas de la colère, pas de honte, rien de tout cela, rien de ce qui aurait pu montrer un peu d’intérêt de sa part. Rien que son immense dédain si cruel. Je ne suis pas son fils, je ne suis que sa progéniture et la nuance est d’importance…
- Je… pardonnez-moi… Père. - En de telles circonstances tu aurais mieux fait de ne pas venir. Ton manque de ponctualité est une injure à la droitesse des Van Kraft, ne sais-tu pas faire preuve d’exactitude ?
Un sourire triomphant s’étale sur les lèvres de Katje, elle paraît ravie de me voir en si mauvaise posture, je m’y attendais. Je baisse légèrement la tête en signe de soumission, je ne peux rien contre mon père, s’il me juge indigne de ma famille je n’ai aucun droit de protester ou d’élever la voix. J’ai tellement l’habitude. Il fait cela pour me forcer à toujours m’améliorer, pour me transformer en ce que je dois être, le digne héritier de notre longue lignée de comtes mais… parfois je me demande si ce qu’il attend de moi est bien ce que j’imagine. Je me perds dans mille conjectures sans intérêt.
L’orage gronde, quelques oiseaux susurrent leurs promesses sucrées d’amour éternel. J’essaye de me concentrer sur la pluie qui tombe inlassablement, qui lave les couleurs du monde de toutes leurs souillures et de leurs péchés, en vain.
- Laissez-le, mon ami, votre fils me semble bien incapable de répondre… à vos questions ou à vos attentes, d’ailleurs, persifle Katje.
Silence, ma perfide belle-mère, ne vous mêlez pas des affaires de cette famille à laquelle vous n’appartenez pas même à demi. J’ai fermé depuis longtemps mon cœur à vos immondes sarcasmes, vous ne m’arracherez jamais de larme, peu importe combien vous tenterez. Un frisson glacé s’écoule le long de mon dos marmoréen, je me sens à la fois furieux et honteux ; je ne serais pas dans cette situation si Hargreaves n’avait pas… Je lève mon regard vers lui. Il porte un jabot qui cache parfaitement son cou.
Toujours sans le regarder dans les yeux. Je n’oserai plus jamais le fixer, je crois, il y a entre nous cette tension palpable qui me crispe, comme si nous partagions un lourd secret qu’il faut taire malgré l’excitation que nous éprouvons à le connaître. Un poids immense s’est abattu sur mes épaules, j’aimerais crier à Père tout ce que mon cœur meurt de lui exprimer ; je n’ose pas. Une fois de plus. Pas par peur, pas par lâcheté, je ne peux simplement pas. Il demeure mon père, ce père que je hais et que j’admire tout à la fois, que jamais je n’égalerai et qui jamais ne se rabaissera.
Tout l’inverse de moi… J’ai été faible. M’abandonner à cette étreinte a été une erreur, j’aurais dû le repousser bien plus tôt, plus violemment, lâcher un de mes habituels sarcasmes et m’en retourner comme je l’ai toujours fait. J’aurais pu, mais quelque chose de violent m’a retenu ; la peur peut-être, la colère et la frustration. Voir son sang couler sans que la plaie soit créée de ma main… m’est insufférable. Cet idiot, il aurait pu se trancher une artère… A-t-il seulement pris conscience de sa folie ?
- Jezebel, la bienséance veut que tu fixes les personnes qui t’adressent la parole, gronde Père.
Je lève les yeux, mal assuré. Peu importe combien je semble grand et majestueux à quiconque, je redeviens un enfant face à lui – un enfant qui a fait une ânerie et que l’on tance sévèrement.
- Hé bien ? Quel motif a empêché ta Grandeur de venir assister au repas ? Je t’ai fait appeler plusieurs fois avant que tu ne daignes descendre, crois-tu donc pouvoir… désobéir à mes ordres ? - Non, Père, je… …. Je ne me sentais… pas bien.
Le silence s’installe, j’entends à peine un rire méprisant venant de mon père. Il ne s’intéresse plus à moi et sirote son vin, confortablement assis sur sa chaise, les yeux rivés à la cheminée et aux flammes langoureuses qui y mènent leur danse superbe. Qu’imagine-t-il dans ces langues orangées ? A-t-il seulement le pouvoir d’imaginer ? J’y vois des chimères lointaines qui s’entrelacent odieusement, quelque valse obscène se déroule paisiblement à la vue de chacun, c’est Sodome et Gomorrhe qui rejouent sans fin.
Au-dehors la pluie tombe encore.
Je me laisse aller à boire un verre de vin blanc, la chaleur douce de l’alcool coule dans ma gorge. Je sais qu’il ne m’en faudra guère plus pour échapper à moi-même et, bien que ce soit honteux, c’est ce que je désire. Me perdre. Si seulement je pouvais oublier même un instant qui je suis, où je me trouve… Loin du regard perçant de mon père qui, même lorsqu’il ne me fixe pas, semble me sonder, déchirer mon âme pour y déceler mes plus noirs secrets. Je sais qu’il a deviné la véritable raison de mon trouble et de mon retard, sans doute même sait-il parfaitement les évènements de l’après-midi. Je n’aurais vraiment pas dû perdre le contrôle.
- Hé bien, Jezebel, que faites-vous donc de vos journées pour être aussi fatigué le soir ? raille Katje à voix basse en ma direction. - Des choses qu’une femme telle que vous ne peut comprendre, déclaré-je calmement. Evidemment la lecture et la musique sont des loisirs bien trop culturels pour une catin de votre genre. - Moi au moins je ne séduis que ceux qui ne sont pas de mon sexe.
Elle rit en lançant un regard à Hargreaves. Je blêmis. Elle ignore probablement de quoi elle parle mais quand bien même ce serait le cas, ses paroles prononcées lentement ont atteint les oreilles de mon père et je sais qu’il n’oubliera pas.
Je me lève en posant les mains sur la table, le regard furieux.
- Père, je demande la permission de quitter la table.
Sans attendre de réponse, je m’éclipse vivement. Mes pas troublés me mènent jusque dans le jardin, sous l’orage diluvien ; ils laissent derrière moi le bruit agréable des feuilles et des brindilles piétinés. Bien vite, je me retrouve trempé, frissonnant sous la morsure du vent glacé ; les gouttes de pluie roulent sur mon visage comme des larmes. Que le ciel se lamente pour moi puisque je ne puis pleurer.
Personne ne va s’inquiéter.
Je m’enfonce dans le bois qui entoure le domaine. Je suis enlacé d’un silence surnaturel, même le vent ne semble plus s’exprimer, la pluie elle-même se tait. Au loin les marmonnements et les murmures de l’orage me semblent un appel léger, je me fraye un chemin entre les troncs ancestraux, les chênes du passé qui ont déjà connu tant et tant d’années. Je n’ai plus l’impression de contrôler mon corps, je laisse mes jambes me guider où bon leur semble, comme si cela avait la moindre importance ; je passerai la nuit dehors. Qui pourra m’en blâmer ? Père et Katje – ils l’ont fait tant de fois. Certainement pas pour dormir dans une forêt, à la belle étoile… bien entendu.
Je me laisse tomber au pied d’un arbre, dans une clairière. Je vais salir ma chemise de satin, elle sera irrécupérable, Hildegarde va m’en vouloir. Hildegarde… c’est moi le plus immature de tous. J’étouffe un rire cynique à ma propre adresse : bien sûr, je suis le dernier des imbéciles, le dernier des incapables. N’importe qui aurait gardé sa dignité, souri et lancé quelque sarcasme pour faire taire cette vipère. Je ne m’en blâmerai pas : on peut aimer, pleurer, rire et haïr, mais regretter, jamais.
Ma tête est prise d’élans douloureux, je ferme les yeux, appréciant la douce chaleur de cette solitude. Le chant d’un hibou s’élève au loin, je crois que quelques grillons agitent lentement leurs violons, je n’en suis pas certain. L’orage se rapproche, je suis atrocement trempé, l’humus qui me sert de couche aussi – peu importe. Peut-être la pluie pourra-t-elle laver mon âme, mon cœur, mon sang, si toutefois la souillure des siècles passés peut un jour s’effacer. Le ruban qui retenait mes cheveux est tombé, les mèches humides se recroquevillent sur mon front comme quelques vers atroces.
Des pas sur ma gauche me forcent à quitter ma somnolence légère, je jette une œillade discrète sur l’intrus. Un mince sourire se dessine sur mes lèvres, quel idiot… Dire que j’ai cru qu’il ne s’inquiéterait pas pour moi. Je commence pourtant à connaître mon imbécile de cousin, si impétueux, si passionné, si téméraire – il est venu me chercher, un preux chevalier volant au secours de sa dulcinée… Ridicule. Amer.
- Hargreaves, je n’ai pas besoin d’un prince charmant pour me venir en aide…
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Dorian L. Hargreaves

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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Mer 3 Sep - 13:25 |
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Katje. Parfaite incarnation de la perfidie féminine dans toute sa splendeur. Je l'écoute insulter Jezebel en serrant les dents. Les yeux rivés sur lui, je le trouve encore plus pâle qu'à l'accoutumée. Probablement aussi pâle que je dois l’être. J’ai dévoré tout ce que j’ai pu sans me soucier de la politesse. Je dois retrouver mes forces perdues. Redevenir le Dorian que tous connaissent. Et dont tous se moquent.
Jezebel. Que lui arrive-t-il ? Je suis effrayé de le voir si faible. Ses cheveux sont ébouriffés, ses vêtements froissés. Sa main gauche et sa manche sont encore couvertes de sang. Mon sang. Qu’a-t-il fait, tout ce temps ? Ça lui ressemble si peu d’arriver en retard. Il dit qu’il se portait mal… Est-ce ma faute ? L’ai-je à ce point troublé ? Il évite mon regard, remplissant machinalement son assiette qu’il ne touchera sans doute pas.
Les sourcils froncés, il ne semble pas se soucier de son allure. Même lorsque son père lui adresse ses éternels reproches. Grave et méprisant, cet homme respire une force implacable. Il est le maître incontestable de la dynastie van Kraft. Même Jezebel plie face à lui. Bien qu’il le fasse avec infiniment plus de dignité que n’importe qui.
Soudain, Katje éclate de rire. Je la regarde, puis me détourne pour fixer le comte. Il est froid, les yeux posés sur Jezebel, comme pour guetter sa réaction. Celui-ci ne dit rien. Il se lève, les deux mains sur la table et demande la permission de la quitter. Un profond agacement se lit dans sa voix. Il s’éloigne. Je le suis des yeux. Qu’a bien pu dire cette vipère pour le blesser ainsi. Jezebel ne fuit jamais personne. Sauf moi.
Je tends l’oreille pour deviner où vont ses pas. Dehors. Ce n’est pas surprenant. Depuis toujours il aime la pluie, comme s’il voyait en elle une vertu purificatrice. Je l’ai salit. Je l’ai souillé avec mes mains, mon sang, mes sentiments abjects, pour reprendre ses propres mots…
J’entends l’orage gronder. D’autres éclairs éclatent dans le ciel d’un noir de jais. La lune est cachée ce soir. Jezebel n’est guidé que par ses pas. Il va s’enfoncer dans la forêt… Est il fou ? Oui, quelle question. Je me lève un peu trop brutalement. Katje me regarde avec des yeux ronds, indignée.
« Veuillez m’excuser, Herr van Kraft, je dois… »
Il m’arrête en levant la main et l’agite pour m’inviter à disposer. Il n’a même pas levé les yeux vers moi. Rien d’étonnant. Je ne vaux guère plus qu’un tas de poussière à ses yeux depuis que nos pères sont fâchés. J’ignore même pourquoi il continue de recevoir mes visites. Sans doute par respect pour ma mère. Ou bien a-t-il autre chose derrière la tête. Qui sait à quoi songe cet homme imprévisible ? Il a été jusqu’à épouser cette catin sous les yeux stupéfaits de toute sa famille.
Sans me faire prier. Je sors de la grande salle à manger et me précipite dehors. Aucune trace de Jezebel. La pluie s’abat en trombe sur ma tête, mouillant mes cheveux. Je n’ai même pas prit la peine d’enfiler mon manteau, ou de mettre mon chapeau. Ma canne est restée à l’intérieur. Je me lance à pas de corse en direction de la Forêt. Il y sera, je sais qu’il y sera.
Sous les arbres, la pluie se fait moins persistante. Je ralentis le pas. Seuls les lointaines lumières du manoir et les éclats de foudre incessants éclairent mes pas. Je n’ai pas eut la présence d’esprit de me munir d’une lampe à huile. Où es tu Jezebel ?
Inconscient, je quitte le sentier. Laissant mes pas se souvenir des lieux qu’ils ont si bien connus. Je n’ose appeler, de peur qu’en entendant ma voix, il s’échappe et se perde davantage. Le bruit de la pluie sur les feuilles et l’orage ronronnant m’empêchent d’entendre ses pas légers. Je perds patience, l’affolement monte en moi. C’est stupide. Jezebel n’est pas une jouvencelle en détresse… ou du moins, pas une jouvencelle.
Soudain, une gigantesque lueur blanche déchire le ciel, éclairant le sous-bois l’espace de quelques secondes. J’aperçois enfin Jezebel, déambulant entre les arbres, ne se souciant guerre de l’électricité qui plane au dessus de lui. Il semble ne même pas remarquer les violents changement de lumière. Ses cheveux libérés volent au rythme de ses pas. Si je ne le connaissait pas, je jurerait avoir vu une ombre, une créature surhumaine, surnaturelle… la perfection ne peut être que le produit de mon imagination.
L’obscurité se fait de nouveau maîtresse. Je me précipite dans sa direction, évitant de justesse les arbres et buissons qui me font obstacle. Lorsque je ne suis plus qu’à quelques mètres, il se fige et lève vers moi ses yeux étincelants. Il sourit. Je m’approche doucement.
« Hargreaves, je n’ai pas besoin d’un prince charmant pour me venir en aide. »
Je souris. Nerveux. Ému par sa voix sombre. Je peux enfin l’entendre. Le crissement de ses pieds immobiles sur les brindilles mortes. Sa respiration lente et calme, comme dans un demi sommeil. Il a baissé les yeux vers ma gorge, visiblement obnubilé par la blessure que je me suis infligée. J’avance encore d’un pas. Un rire silencieux secoue sa poitrine.
« Jezebel, vous avez bu ? »
Il tend une main crispée vers moi. Surpris, je n’ose esquisser un mouvement. Son bras retombe le long de son corps.
« Jezebel… »
Le visage incliné vers le sol. Il a fermé les yeux. Ses cheveux trempés se collent à ses joues. Il fait si noir que je ne perçois de ses traits que les ombres. Inquiet, je m’approche encore et effleure son front du bout des doigts. Je sais qu’il tient mal l’alcool et que le simple verre de vin blanc qu’il a vidé a dû affecter ses sens, d’autant qu’il n’a presque rien mangé. Pourtant, à peine a-t-il senti mes doigts sur sa peau qu’il recule d’un pas.
« Laisse moi seul ! - Il n’en est pas question, Jezebel, je vous ramène au manoir. - Ne sois pas si insolent, je suis chez moi. - Je me soucie de vous… »
A ces mots, il éclate d’un rire moqueur. Plongeant ses yeux, dont l’obscurité ne terni pas l’éclat, dans les miens il m’adresse un triste sourire. La pluie coule sur son splendide visage. Je tremble, serrant le poing pour ne pas céder à l’envie de le serrer à nouveau contre moi.
« Vous avez froid ? »
Sa voix a retrouvé la teinte glaciale que je lui connais bien. Il a perdu son sourire. Je croirais avoir affaire à deux hommes différents dans un même corps.
« Vous tremblez. »
C’est vrai, je tremble, Jezebel… C’est toi qui me fais trembler. Je tends vers lui une main amicale.
« Rentrons, s’il vous plait. »
Il ne répond pas. Parfaitement immobile. Ses yeux continuent de me fixer sans ciller, fouillant les profondeurs les plus insondables de mon être. Échange silencieux. Je me sens apaisé, là, sous la pluie battante qui filtrent à peine les arbres. Le tonnerre gronde toujours. Je suis aspiré par son regard…
Mais déjà, son visage se fend d’un nouveau sourire… Il saisit fermement mon poignet encore pointé vers lui, et le serre si fort qu’il m’arrache une grimace.
« Restons encore un peu, Dorian ! » _________________
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Jezebel van Kraft

Age: 16
Date d'inscription: 03/01/2007
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Statut: Fils du Comte
Âge: 25 ans
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Sujet: Re: De l'amitié fusionnelle entre Jezebel et Dorian... Mer 3 Sep - 17:25 |
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Il est venu. Imbécile, tu es venu. Je ne peux réprimer un sourire : bien sûr. N’importe quelle personne sensée aurait laissé l’enfant capricieux que je suis évoluer seul, n’importe qui aurait estimé que si quelque chose m’arrivait ce ne serait qu’une punition pour mon éternelle impulsivité. Il faut croire que tu n’es pas quelqu’un de sensé.
Silence. Silence. Je ne veux pas voir ton visage se tordre et se déformer. Reste humain rien qu’un instant. Je suis fou. Je suis ivre. Fermer les yeux et enfin – tout oublier. Cette vie-ci n’aura pas de lendemain. Le vent se fait violent, tourbillonne autour de nous en emportant dans sa valse quelques feuilles légères. J’agrippe le poignet de Dorian et je me tais. Restons encore un peu. S’il te plaît. J’ai besoin de ce calme, de cet endroit et de cette pluie qui apaise un peu mes tourments noyés dans le feu. J’esquisse un vague sourire.
Un piano pleure dans le lointain – ou bien est-ce mon imagination ? Je suis noyé dans un cauchemar. Un cauchemar glacé. Avec un sourire amer je prends enfin conscience de ma faiblesse. Pourquoi les mots de cette vipère ont-ils déclenché en moi une telle tourmente, pourquoi n’ai-je su garder la tête haute face à Père ? Je serai peut-être définitivement le fils indigne dont il a tant parlé. Mais Père, si je suis indigne de vous, indigne du monde, alors enfin je pourrai fuir, peut-être !
Quel rêveur, vraiment ! Penses-tu que lorsque tu seras comte tu pourras ainsi paresser ?
…
Qu’est-ce encore que cette fadaise de poésie ? Baudelaire, mon fils ? Mais quelle audace ! Quand a-t-on vu que des œuvres si choquantes devaient être mises entre tes mains ?
…
Encore une nouvelle obsession ? La musique, maintenant ? Cela ne te suffit pas de passer tes journées à monter à cheval dans la forêt, il faut que tu passes tes nuits derrière ce clavecin ? J’attends de toi un peu plus d’assiduité dans tes études.
…
Il est mort, mon fils, cela ne sert à rien d’aller le chercher. Je te dis qu’il est mort ! Tout meurt un jour, il n’est pas d’immortalité sur cette terre, et c’est la folie de l’Homme qui le perdra encore plus ! C’est sa faute s’il est mort !
…
C’est ta faute s’il est mort.
J’ai froid.
- Hargreaves, vous êtes trempé. - Vous aussi.
«Tout enfant, j'ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l'horreur de la vie et l'extase de la vie.»
Si tu oses me toucher, je te tue. Si tu me lâches, je meurs. Les oiseaux se sont tous endormis. Il n’y a plus de promesses sucrées, rien que des souffles légers que bientôt la pluie viendra faucher. J’ai terriblement sommeil. Mes paupières me paraissent plus lourdes que jamais, le froid m’engourdit lentement – si je pouvais mourir ici, tout serait parfait et je n’aurais aucun regret. Ma main quitte son poignet, mes doigts s’entrelacent aux siens, il me paraît surpris mais ne dit rien, ne bouge pas d’un pouce.
- Vous allez mourir de froid, Jezebel.
Ne brise pas le merveilleux silence. Infâme.
- Rentrons, s’il vous plaît… - Je veux rester ici.
Gamin capricieux. Cela fait vingt ans qu’on me le dit, je ne suis bon qu’à faire des caprices. Mais il reste encore quelques désirs dans mon cœur gangréné et cette certitude, au fond, efface toutes mes peurs et toutes mes craintes. Tu me donnes envie de mourir.
- Jezebel… - Je ne t’oblige pas à rester.
Je lâche son poignet. Je n’ai pas à le retenir contre son gré, il ne m’appartient pas après tout – je recule de quelques pas, me laisse tomber contre le tronc de l’arbre. Frisson. Je laisse mon regard se perdre dans le vague.
Il s’agenouille à mes côtés, sans trop oser se rapprocher, sans parvenir à vraiment s’éloigner.
Je ne bouge pas, à peine ; mes doigts se glissent à nouveau entre les siens. Je ne le fixe pas. J’ai besoin de ce contact-là pour ne pas perdre pied, pour ne pas m’endormir – j’ai tellement sommeil.
- C’est… à cause de moi, Jezebel ? - … Ne crois pas que tu as tant d’importance à mes yeux. - Je suis désolé. - Tu peux. - Je te demande pardon. - Va mourir.
Il esquisse un sourire amer et s’assied à côté de moi. Il va abîmer ses si beaux vêtements. Que vont-ils dire lorsqu’ils nous verront revenir ainsi crottés de la tête aux pieds, là-bas, au château ? Ils trouveront sans doute que nous sommes deux enfants bien idiots, nous qui ne savons pas nous tenir et réfréner nos envies et nos désirs.
Désir. Est-ce que ce mot a réellement un sens ? Dis-moi, ne sommes-nous pas tous des êtres vains, des anges brisés que Dieu a jadis renié ? Et si le Paradis qui nous a été refusé était en fait à portée de notre main, là, tout près, si seulement en tendant la main nous pouvions l’atteindre, rien qu’avec un dernier effort, un dernier sourire. Il va s’évaporer, lui aussi. Disparaître sous l’étreinte de nos doigts fébriles et passionnés. Et comme tant de nuits, c’est sur son image que mes rêves vont se refermer.
Un pauvre sourire sur mes lèvres de damné.
- Père doit m’en vouloir. - … Je… Oui… sans doute. - Non. Il s’en moque.
Il n’ose répondre. Il ne comprend pas, je crois. Amertume.
- J’ai froid. - C’est normal, vous êtes trempé, Jezebel… sous ce vent glacial… rentrons.
Mes doigts se resserrent sur les siens, je baisse la tête en signe de refus. Je ne veux pas quitter ce bout d’Eden que j’ai si honteusement volé aux mânes de mes ancêtres, ce coin qui n’appartient qu’à moi – et un peu à toi, aussi. La pluie tombe toujours. Quelques flaques se forment entre les feuilles, glacées, livides comme un cadavre. J’offre mon visage à ces larmes diluviennes, un vague sourire aux lèvres ; je suis si bien. Juste là.
- … Vous ne comptez pas… - Non. - Vous êtes incorrigible. - Et impossible.
Il rit.
- C’est vrai. Adorablement impossible à vivre, acariâtre et grincheux. Mais cela vous va bien. - Je ne vous remercie pas. - Tant pis.
Il m’attire légèrement vers lui, saisit une mèche de mes cheveux trop longs et respire l’odeur de terre mouillée dont ils sont imprégnés. Je ne bouge pas. Je pourrais rester ainsi éternellement, loin de l’affreuse réalité où la lumière n’existe que pour blesser, dans mon onirie maladive où les formes sont hâves et les mouvements lents, lourds comme ceux d’un malade agonisant. Le vent est un râle, la pluie un chant. C’est une musique que moi seul entends.
Apprendrai-je un jour à exécuter ces gestes si simples ? Lever ma main. Effleurer ses cheveux, les caresser entre mes doigts malhabiles. Laisser ma peau frôler doucement la sienne, sans qu’il s’en rende compte peut-être, profiter de ce frisson électrisant que ce simple contact me procurera. Je me sens si terriblement maladroit.
Tu as brisé les verres en cristal à laquelle ta mère tenait tant ! Veux-tu donc effacer tout souvenir d’elle ? Fils jaloux, tu ne saurais remplacer ma triste épouse, tu n’en as ni la grâce ni la beauté, immonde vermine aux yeux de démon !
…
Messire Jezebel, aviez-vous réellement besoin d’assommer votre cousin avec ce vase ? Non que je m’inquiète pour Messire Hargreaves, il a la tête dure, mais vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait à cet objet ?
…
Ne me touche surtout pas, ma vermine de fils. Ne m’approche pas. Ne m’aime surtout pas.
- J’ai froid…
Je me recroqueville, là, contre lui. Je suis une larve immonde, un insecte vil et répugnant, et pourtant tu me touches sans dégoût. Tu es le premier à avoir osé passer outre la barrière de ma froideur, tu n’as jamais reculé, même lorsque j’ai hurlé la première fois. Je m’en souviens comme si cela datait de la veille. Tu m’avais souri, tu avais fait les derniers pas et tu m’avais caressé la joue – rien de plus.
C’était suffisant. Tu sais toujours comment attirer tes proies dans ton filet vénéneux. Je ne suis pas le premier, pas le dernier, mais je suis le plus important. Et même si je ne te le dirai jamais, c’est tout ce qui compte à mes yeux. Un vague sourire effleure mon visage, non, personne ne le verra, personne ne le saura.
Je sais qu’entre les bras de Dorian il y aura toujours une place pour mon être glacé et fatigué par trop de folies insensées. Même si ce n’est pas lui vers qui mon cœur me porte, mes rêves l’ont désigné et ce sera pour le moment amplement suffisant.
Je le laisse m’enlacer, je respire son odeur. Il va me haïr… chaque fois que ses vêtements s’imprègnent de ma fragrance il doit en changer et les faire laver. Je ne le fais presque pas exprès, je le jure. Je caresse sa joue, il est surpris, c’est normal ; je me sens terriblement à mon aise.
Trop, peut-être… Lentement, je sombre dans le sommeil. Un sommeil bienfaisant… réparateur… A demain… Dorian…
____ La phrase en petit est de Messire Baudelaire _________________
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