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Julian van Rosenrot

Age:
Date d'inscription: 22/09/2008
Nombre de messages: 109
Statut: fils de Marion et Ludwig van Rosenrot - Avocat.
Âge: 29 ans
Pseudo usuel: 'Christa
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 4 Nov - 0:23 |
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Julian déteste le jeu de patience. Il est, par son essence même, totalement opposé au caractère emporté et vif du jeune homme. Mais dans cette maudite demeure ou chacun prend bien soin de rester sagement à sa place, il n'est rien qu'il puisse faire pour étouffer son agitation. Alors il prend son mal en patience - et c'est le cas de le dire.
L'horloge familiale égrène les secondes tandis qu'il entame une énième patience. Il ne se rend même plus compte de ce tic tact monotone. Installée dans le sofa, Cecile coud paisiblement, comme toujours. Près de la cheminée, installé dans un fauteuil usé, son père lit, probablement la bible, ou un quelconque texte religieux, des racontars grotesques qui insupportent Julian depuis des années. Leur repas a fini un moment plus tôt, comme toujours dans le plus parfait des silences, si l'on excepte la traditionnelle prière, que Julian n'écoute même plus, se contentant de contempler son plat refroidissant alors que Père débite des mots creux et insipides.
Soudain, son instinct lui prévient de Sa présence. Surtout, ne pas lever les yeux. Ne pas croiser ce regard qu'il hait. Mais de La savoir là, silencieuse, venimeuse, le déconcentre. Incapable de résoudre son jeu, il ramasse les cartes, les replace. Elle s'approche, leur souhaite un bonsoir froid et impersonnel. Julian entend Ludwig se lever pour se précipiter vers Elle, à l'image d'un chien soumis à sa maitresse. Lui continue de jouer, se voulant sourd à Sa présence, mais ne peut s'empêcher de ressentir un pincement au coeur quand Cecile lui rend son bonsoir. Elle a toujours été trop douce, elle le serait même avec la plus infâme des créatures.
Soudain, des doigts ridés se posent sur la carte qu'il s'apprêtait à retourner. Julian ne peut s'empêcher de grimaçer. Levant les yeux, il croise Son regard, qui le glace et le consume de haine à la fois. Un moment s'écoule, qui parait durer infiniment, tant cet échange de regards est empli d'émotions intenses. S'assurant qu'elle a toute son attention, elle prononce les mots que tous attendent, d'un ton froid, mécanique, déplaisant.
- Friedrich van Kraft nous convie à une réception en sa demeure.
Elle ne se doute pas d'à quel point cette nouvelle le réjouit. Enfin... Sa vengeance est là, à portée de main. Ou peut être se figure-t-elle qu'il partage la même passion qu'Elle ? Non, bien sûr. Elle pense le dominer, comme elle domine Ludwig. D'un geste vif, il écarte la vieille mais ferme main et ramasse les cartes, les range dans une poche de son veston.
- Père, mère, ma tante, permettez moi de me retirer pour me préparer, fait-il d'un ton mesuré.
Il a appris à contrôler ses sentiments quand Elle est là. Elle sait qu'il la déteste, la méprise du fond de son âme, et elle s'en délecte. Il ne lui offrira pas la satisfaction de le voir lutter.
Elle lui lance un regard glacé et acquiesce à sa demande, provoquant une soudaine flambée de colère en lui. Comme s'il avait besoin de son accord ! Mais ce simple mouvement de la tête suffit à convaincre Ludwig de laisser son fils aller librement, tant le vieil homme lui est soumis. Julian ne doute pas que son fanatique de père récitera quelques Pater ce soir pour s'assurer de la bénédiction divine dans la croisade qui l'attend. Il n'a aucune envie d'y assister, il a des tâches autrement plus constructives à accomplir avant leur départ.
[Manoir Van Kraft]
Julian considère la vaste assemblée avec un sourire aux lèvres. Allons donc, que voit-il là ? L'épouse du comte, une femme dont l'apparence fait irrésistiblement penser à celles qui partagent si souvent la couche de ce répugnant Von Herzen. Un dandy couvert de rubans de la tête aux pieds, qui ne peut s'empêcher de se faire remarquer. Un prêtre, qui semble d'ailleurs s'être attiré toute la dévotion de Ludwig. Une jeune femme aux airs languissants, dont il se demande toujours ce qu'elle vient faire en ces lieux. La fille Van Kraft, qu'il ignore royalement. Et d'autres... Beaucoup de femmes, notamment. Trop à son goût. Lui n'est pas marié, dans une société ou les mariages d'intérêt pullulent. Dépourvu du moindre intérêt pour le sexe faible, il n'a pas l'intention de se marier. Il est parfaitement capable de pourvoir à ses besoins sans l'aide d'une dot, même si cet état de fait le condamne à rester au domicile familial, sur l'insistance de son père.
Julian se contraint à se concentrer sur le moment présent. Il lui faut en apprendre plus sur cet héritage et les complots qui se trament. Il n'a aucune confiance en ces Van Kraft, à la réputation des plus sombres.
Leur hôte, qui s'était éclipsé un instant Diable sait où, est de retour pour remplir ses devoirs, au grand bonheur du dandy qui semble perdre un peu de son enthousiasme quand le jeune Van Kraft n'est pas dans les parages. Amusant, songe Julian, qui assiste sans mot dire à la courte entrevue entre Herr Jezebel et Elle. S'il savait... l'approcher reviendrait à vouloir charmer un scorpion, à la piqûre mortelle. Il ne sait pas ce qu'il vient d'encourir, l'inconscient. Mais c'est tout aussi bien.
Toujours observateur, Julian assiste avec intérêt à la petite discussion entre le jeune seigneur Van Kraft et la jeune femme aux sourires mutins. Le dandy couvert de rubans ne peut résister une fois de plus et vient se mêler à la conversation. De là où il se trouve, Julian ne peut entendre leur propos, mais en voyant le prêtre se signer, il comprend que le beau jeune homme tient des propos peu catholiques.
Tandis que le lord s'éloigne, Julian s'approche du dandy, dont il n'a pas retenu le nom, mais dont l'attitude l'amuse énormément.
- Je ne crois pas que nous ayons eu l'honneur d'être présentés, monsieur... - Hargreaves. Lord Hargreaves, lui répond le dandy, jetant un bref coup d'oeil en direction de l'office où Herr Jezebel a disparu. - Lord Hargreaves. Je suis Julian Van Rosenrot. - Enchanté.
L'homme semble pressé de lui fausser compagnie, mais Julian tempère son impatience.
- Vous me semblez pressé de rejoindre notre hôte, Herr... Lord Hargreaves. Vous êtes de ses... amis ?
Julian est surpris par le regard étrangement intense que lui rend le dandy à ses mots, mais il n'a pas l'heur d'obtenir une réponse, le son d'une clochette interrompt les conversations, appelant les convives à venir participer au repas. |
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Dorian L. Hargreaves

Age:
Date d'inscription: 16/08/2008
Nombre de messages: 879
Statut: Vague cousin des van Kraft (très vague)
Âge: 25 ans
Pseudo usuel: Blewark.
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Sam 8 Nov - 20:45 |
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Julian van Rosenrot… étrange personnage. Je le suis du regard alors qu’il s’éloigne pour rejoindre la salle à manger. Démarche discrète, ni boiteuse ni gracieuse… il est de ces gens qui n’attirent pas l’attention. J’aurais sans doute continué à l’ignorer s’il ne m’avait pas adressé la parole. Le ton de sa voix… alors qu’il me questionnait sur la nature de mes rapports avec Jezebel… ça ressemblait à de l’arrogance dissimulée avec un talent certain. Un sourire se dessine sur mes lèvres. Je lui emboite le pas. Debout à l’entrée, Müll se tient droit, les mains jointes devant lui… il plonge dans mes yeux sont regard vide, mêlé de ce mépris et cette cupidité qui me donnent la nausée. Je l’interroge d’un froncement de sourcil. Il acquiesce, imperceptiblement. Bien. Alors Kail a été convié à cette charmante petite fête… Un étrange frisson me parcoure l’échine… Les choses risquent de se compliquer de plus en plus… il va falloir faire preuve de finesse.
J’entre dans la salle. Déjà, les convives s’installent à la grande tablée. Julian reste debout, observant en Silence chacun d’eux, comme s’il ne voulait surtout pas choisir sa place avant de savoir qui sera à coté de lui. Il regarde sa mère, Marion van Rosenrot, s’assoir sans ôter son voile, aux cotés de cet homme fascinant… Siegfried von Herzen… un visage d’homme mûr qui pourtant dégage un charme immense… depuis qu’il est entré, je n’ose poser les yeux sur lui de peur de ne pouvoir m’en détacher. Il respire un danger presque attirant… un pur joyau de débauche, d’après ce qu’a pu me dire Mülleimer. Je me demande où est sa femme. Katje s’est installée à un bout de la table. Son sourire contrastant odieusement le regard perfide que déversent ses grands yeux d’opale. Infâme créature. Gyllian déambule autour de la table, d’un air à la fois absent et attentif… parfois son regard s’échappe, comme si elle oscillait entre deux mondes… Quelqu’un passe dans mon dos, entrant dans la salle sans daigner m’accorder un regard. Visage blanc, air glacial… ses cheveux rouges son toujours noués par ce ruban qui me nargue. Il marche droit, sans trébucher… même si je perçois encore une raideur à sa jambe droite. Il s’adresse à la petite assemblée. Je ne l’écoute pas. Trop occupé à l’observer en détail… je secoue la tête pour me reprendre. Machinalement, je caresse la cicatrice qui orne mon cou, comme pour me rappeler les conséquences que peuvent avoir mes égarements. Je lâche un soupir et m’approche du fils van Rosenrot. Dans un geste élégant, je l’invite à s’assoir près de moi. Il sourit vaguement, et accepte, par politesse sans doute, il est certain que ma présence à ses cotés ne l’aidera pas à rester dans l’ombre. Tant mieux. Une ombre passe sur son visage alors que je lui désigne une chaise juste en face de sa mère. Malgré la largeur de la table, il ne semble pas ravi de cette proximité. Son nez se fronce à peine, en un discret rictus de mépris que je semble le seul à remarquer. Etrange attitude… intéressante aussi. Je m’installe à mon tour, songeant que je prends à nouveau un très bon chemin pour me faire détester de lui… Bah, ça n’en fera qu’un de plus. Une agréable odeur me sort de mes pensées. Sur la table, les plats ont été déposés, caché sous des cloches de métal, comme pour attiser la curiosité. Au souvenir des plats préparés par la cuisinière des van Kraft, mes papilles s’éveillent… à l’odeur, je devine de la viande…. Des champignons… il y aura sûrement des crudités, du pain français… et en dessert, ces somptueuses pâtisseries à faire pâlir celles de Béatrice. Béatrice… pourquoi faut il que je songe à elle maintenant. Je me demande quand Kail va-t-il arriver… s’il aura fait un effort pour se vêtir ou se coiffer… La voix de Gyllian s’adressant à son frère me ramène brutalement à la réalité. Je l’observe alors qu’elle s’installe à sa droite. Jezebel ne la regarde même pas, trop occupé à répondre au père Franz, assis de l’autre coté. Il a l’air perdu, autant qu’il puisse l’être, depuis qu’il est revenu de l’office où les tsiganes l’attendaient… voilà qui attise ma curiosité… j’aurais peut être dû suivre Müll jusqu’à eux tout à l’heure. Je suis impatient qu’ils fassent leur entrée.
Dans un sourire radieux, je me tourne vers Julian. Il est temps d’échanger des futilités. Je le regarde droit dans les yeux alors que je déblatère des paroles que je n’écoute pas moi-même. Son visage m’intrigue… voilà à quoi ressemble le neveu d’Amalberga. Cette femme splendide… A son souvenir, mon cœur se crispe un peu… c’est une des rares personnes dans cette demeure qui m’adressait des regards malicieux, davantage que méprisants. Je souris, un peu nostalgique.
« Avez-vous connu votre tante ? »
Aussitôt, je regrette mes paroles. Julian s’est crispé, et Jezebel a posé sur moi un regard lourd de sens. Par bonheur, les autres ne semblent pas avoir entendu. C’est bon à savoir… Amalberga semble être un sujet quelque peu tabou, ce soir… _________________

Dernière édition par Dorian L. Hargreaves le Mar 11 Nov - 0:01, édité 1 fois
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Gabriella von Herzen

Age: 24
Date d'inscription: 27/08/2008
Nombre de messages: 40
Statut: Soeur du comte, épouse de Siegfried
Âge: 40 ans
Pseudo usuel: Koori
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Lun 10 Nov - 12:43 |
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L’arrivée de Gabriella dans la propriété de Van Kraft fut discrète, la plupart des invités étant déjà à l’intérieur. Quelques serviteurs se précipitèrent pour s’occuper de la calèche et indiquer à ses propres domestiques le chemin de ses appartements. Elle hésita quelques secondes à les suivre, une irrésistible envie de se cloitrer dans cette chambre qu’elle connaissait si bien. Malgré tout, elle ne pouvait se dérober à la réception. Comme elle entrait dans le vestibule, un serviteur lui apprit que la plupart des convives étaient à présent attablés, mais que le repas n’avait pas encore commencé. Une bonne chose pour elle, qui allait pouvoir éviter le rituel absurde des salutations et des présentations.
Gabriella se débarrassa de son châle et demanda à une domestique de lui indiquer, avant même qu’elle n’y entre, une place libre non loin de son mari, et même si possible, en face. Rapidement de retour dans l’entrée, la servante l’informa qu’elle avait déposé le châle sur le dossier du siège juste en face d’herr Siegfried. Un léger sourire se dessina sur les traits de Gabriella. Il y avait peu de chance que son mari soit à même de reconnaitre un vêtement appartenant à sa propre femme, mais elle l’espérait tout de même. Elle ordonna ensuite à la domestique de la précéder dans la salle de réception et de l’annoncer, pour que son entrée soit un minimum remarquée.
Avant de suivre la servante, elle vérifia tous les détails de sa tenue, pensive, lissant les plis de sa robe. Gabriella avait, avant d’entreprendre le voyage, décidé de rester sobre et discrète, comme à son habitude. Mais l’incident à l’auberge avait tout changé. Quand, retardée par l’absence d’une de ses caméristes, elle avait finalement trouvé la pauvre Johanna assise dans un coin d’une remise, les genoux ramenés sur sa poitrine, grelottant de froid, une rage froide l’avait lentement envahie. Cette pauvre fille, qui la veille avait une magnifique chevelure, n’était plus que l’ombre d’elle-même, une loque, dévastée par les agissements de son vil mari. Elle se devait de la venger. Mais peu de choses pouvaient blesser l’homme qu’elle avait épousé.
Tout en peignant ses cheveux de ses doigts, Gabriella se félicita d’être l’une de ces choses, et non la moindre. Tout dans sa tenue avait été pensé pour son mari. Sa robe de satin, d’un vert sombre, mettait ses formes en valeur. Le décolleté plongeait profondément, et une partie de son dos était nue. Une robe qu’elle aurait, en toute autre circonstance, de totalement indécente, voir obscène. C’était un couturier quelque peu extravagant qui lui avait offert. Elle n’avait jamais imaginé la porter un jour… Outre mettre sa féminité en valeur, sa robe sublimait sa chevelure. Le vert sombre faisait ressortir le rouge sang de ses cheveux, qui cascadaient le long de ses épaules et dans son dos en bouclant légèrement…
Rompant soudain son immobilité, Gabriella rejoignit la servante. Malgré le plaisir que lui inspirait la torture que sa vue infligerait à son mari, elle était mal à l’aise. Cette tenue ne correspondait pas du tout à sa personne. Elle hésita, se demandant s’il ne valait pas mieux rebrousser chemin et se comporter comme si de rien n’était. La domestique ne lui laissa toutefois pas cette opportunité. Ouvrant en grand la porte à double battant de la salle de réception, elle s’avança de quelques pas. Le regard de Gaby se voila légèrement en remarquant la voisine de table de son mari. La vue de Marion van Rosenrot, qu’elle reconnut d’un regard malgré son voile, aux cotés de Siegfried renforça sa détermination. Décrispant ses mâchoires pour présenter un léger sourire, Gabriella s’avança d’un pas calculé pendant que la servante l’annonçait.
Toutes les têtes se tournèrent dans sa direction, et il lui fut difficile de conserver son air calme et son sourire sans rougir. Ce fut certainement l’expression qu’elle lut sur le visage de son mari qui lui redonna la motivation de continuer. Il semblait comme tétanisé, et dans ses yeux, elle pouvait lire un désir sans limite. Gabriella profita de ce court instant, car il se reprendrait bientôt. Jezebel, son « cher » neveu, se leva et vint l’accueillir, en hôte remarquable. Il semblait aussi surpris que le reste de l’assemblée par sa tenue. Elle les salua tous d’une légère révérence, et se dirigea vers la place face à son mari, qui se remettait de sa vision inattendue.
A ses cotés, Julian von Rosenrot, le fils de la vieille mégère assise en face de lui, ne semblait pas apprécier sa position, comme l’indiquaient sa mâchoire crispée et son regard fuyant. Gabriella se surprit à penser qu’elle n’aurait pu rêver meilleur voisin de table. Ce célibataire pouvait être un moyen de plus de faire enrager son mari, et par la même occasion, sa mère, Marion. Gaby secoua la tête, de telles pensées n’étant pas dignes d’elle, mais plutôt de son piètre époux. L’autre voisin de Julian était Dorian Hargreaves. Où était donc sa jeune fiancée, Grace ? Il ne serait décidément pas un mari modèle, même s’il n’arrivait pas à la cheville de Siegfried dans ce domaine.
Les conversations que son entrée avait interrompues avaient repris. Gabriella restait cependant silencieuse, observant les convives. Rapaces en quête de richesses ou de pouvoir, la plupart n’attendaient que le moment de saisir leur chance de récupérer leur part du butin… Malgré tout, en apparence, cette réception semblait être placée sous le signe de la convivialité, les discussions anodines et les rires des convives remplissant la grande salle. Reportant son attention sur son mari, elle fut satisfaite de voir qu’il faisait tout son possible pour éviter de croiser son regard. Le fumet des plats, toujours sous leurs cloches d’argent, la ramena à la réalité. Elle n’avait pas encore mangé de la journée, et elle était affamée…
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Katje van Kraft

Age:
Date d'inscription: 25/08/2008
Nombre de messages: 90
Statut: Epouse du Comte
Âge: 35 ans
Pseudo usuel: Idril
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Lun 10 Nov - 18:48 |
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Les convives arrivèrent peu à peu, les uns après les autres. Katje était confortablement assise dans l'un des fauteuils dont disposait la salle où s'entassaient les invités des Van Kraft, feuilletant distraitement un livre. Elle n'aurait pas vraiment su dire quel thème il traitait, car vraisemblablement, elle était plus inspirée par l'observation des dits convives. Ils avaient tous l'air, plus ou moins, de porter un lourd fardeau et leurs mines semblaient refléter tantôt l'exaspération ou l'excitation, tantôt l'indifférence ou l'ennui. Jezebel paressait nerveux et irritable. Surtout quand le bellâtre répondant au nom de Dorian lui tournait autour. Elle le fixa, tandis qu'il accomplissait remarquablement son devoir d'hôte, se promenant entre les différentes personnes présentes, leur présentant ses hommages ou leur demandant si elles avaient fait bon voyage. Katje devait bien l'avouer, même si l'inquiétude émanait de tout son être, son beau-fils s'en sortait remarquablement ... pour le moment. Après avoir discuté avec l'intrigante Marion Van Rosenrot, Jezebel se tourna vers la Comtesse qui n'avait cessé de le fixer depuis son apparition dans la pièce. Un petit sourire narquois se dessina sur ses fines lèvres, comme pour défier le jeune homme. Celui-ci se crispa, la Comtesse jubilait. Il sembla vouloir venir vers elle, mais son intention fut interrompue par Mülleimer qui lui glissa quelques mots à l'oreille. Intriguée, Katje ne se cacha pas pour les regarder. Le visage de Jezebel s'illumina d'un magnifique sourire, ce qui continua d'attiser la curiosité de l'épouse Van Kraft. Après le départ de son page, il retourna s'occuper de ses invités comme si de rien n'était. Il manigançait quelque chose, Katje en aurait mis sa main à couper.
Quelques instants plus tard, une clochette sonna pour indiquer aux convives de se diriger vers la table dressée en leur honneur. La Comtesse se leva et abandonna son manuscrit sur le fauteuil. Elle vit Jezebel s'éclipser dans la direction opposée à celle prise par les invités et hésita un instant à le suivre, avant de préférer rejoindre l’assemblée qui s’installait. Les yeux de la Comtesse brillèrent de malice quand elle repéra enfin quelqu’un qui pouvait l’intéresser : Siegfried von Herzen. Homme fascinant au charme des joyaux dangereux. Elle se plaça à ses côtés, presque en bout de table, aussi loin que possible de son cher beau-fils.
« Bonsoir, Herr von Herzen. - Bonsoir Comtesse, répondit-il en se levant et en prenant délicatement sa main pour y déposer un baisemain. Il y a bien longtemps que nous ne nous sommes pas vus. - Trop longtemps, si vous voulez mon avis. »
Elle s’installa tranquillement et appela un des domestiques pour lui chuchoter à l’oreille de réserver la place à côté d’elle à la jeune Ada Silke von Ruthven. Ainsi entourée, elle passerait une excellente soirée. Les discussions allaient bon train et le vin commença à couler généreusement dans les verres, lorsque Jezebel réapparut et prononça un petit discours, invitant ses hôtes à profiter pleinement de la soirée. Katje leva son verre et le regarda avec un regard suintant la perfidie et la moquerie. Elle porta le verre à ses lèvres et but une gorgée du breuvage, après l’avoir humé convenablement. Merveilleux. Jezebel n’avait pas lésiné sur les moyens pour impressionner ses invités. Une nouvelle personne arriva dans la salle de réception et tous les regards se braquèrent sur elle, les conversations s’étant mystérieusement toutes achevées à cet instant. Katje écarquilla les yeux de surprise, mais ce ne fut rien en comparaison du trouble qui anima soudainement son voisin. Gabriella, son épouse, était vêtue d’une somptueuse robe aux teintes vertes lui seyant admirablement. Elle était divinement belle. Séduisante. Désirable. Katje lança un regard en coin à son voisin dont les traits s’étaient crispés violemment. Elle esquissa un petit sourire mauvais, tout en portant à nouveau son verre de vin à ses lèvres. Jezebel, après avoir salué sa tante, la conduisit à sa place, en face de Siegfried qui retrouvait peu à peu sa contenance. La Comtesse salua à son tour la nouvelle arrivante, en la complimentant d’une voix mielleuse :
« Ma chère, vous êtes d’une beauté éblouissante ce soir. Il est plutôt rare d’avoir le plaisir de vous voir en si belle tenue. - En effet, je ne porte ce genre de toilette que pour des occasions ... spéciales. - Eh bien, trinquons à cette occasion qui vous rend si lumineuse. »
Ses yeux pétillaient de malice alors qu’une gêne s’installait progressivement entre ses voisins. La soirée promettait d’être riche en rebondissements ... _________________
Elle rit à la Mort et nargue la Débauche. Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche, Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté De ce corps ferme et droit la rude majesté.
~Baudelaire~ |
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Siegfried von Herzen

Age:
Date d'inscription: 25/08/2008
Nombre de messages: 490
Statut: Beau frère du comte - Joailler
Âge: 47
Pseudo usuel: 'Christa
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 11 Nov - 1:49 |
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Herr Siegfried von Herzen n'est pas homme à s'impressionner de quelques gouttes d'eau, et l'averse qui finit par s'abattre sur lui, telle le courroux des dieux, ne l'empêche pas de poursuivre sa route, poussant sa monture à son maximum. Il ne prend pas le temps d'admirer le paysage, l'épaisse et sinistre forêt noire ne laissant passer qu'une faible luminosité.
Un fiacre est arrêté dans la cour du manoir, et malgré le soir tombant, Siegfried en reconnait les armoiries. Ludwig van Rosenrot et toute sa clique. Sauf Amalberga, évidemment, ne puis-t-il s'empêcher de penser. Décédée sept ans plus tôt dans des circonstances pour le moins étranges...
En descendant de sa monture, Siegfried repère d'un regard le palefrenier qui se dirige sur lui avec diligence. Avec un froncement de sourcils, il tend cravache et rênes au domestique, récupère ses affaires personnelles, et laisse aller l'homme et le cheval.
Se tournant vers le manoir, il se rend compte que l'une des femmes Van Rosenrot semble l'observer, silencieuse, le visage dissimulé derrière un voile. N'étant pas familier d'une telle curiosité, Siegfried lui rend son regard. Il ne connait guère les membres de cette famille, mais de toute évidence, elle le connait. Ou le reconnait. Renonçant à comprendre pour l'instant – la pluie continue de tomber, trempant son manteau – il la salue poliment et pénètre sous le porche. Les Van Rosenrot, sagement rangés derrière l'étrange femme – curieux, d'ailleurs – le suivent.
Dans le hall d'entrée, il confie son manteau trempé à un valet venu lui offrir ses services, ainsi que son coffret, lui demandant de le déposer dans la chambre qui lui aura été octroyée. Puis un second valet les mène jusqu'au boudoir où les attendent les convives déjà présents. Jezebel van Kraft s'avance, leur souhaite la bienvenue sans chaleur aucune, et prend à part son oncle.
- Je ne me rappelle pas avoir mentionné dans l'invitation que les messagers vous étaient offerts en guise d'apéritif, mon oncle, murmure Jezebel. - Ma foi, je ne me rappelle pas y avoir vu mentionné le contraire, répond Siegfried, un sourire aux lèvres. - J'avais espéré de votre part un peu plus de… comment dire… de civilité… - J'ai été civilisé. Il vous est revenu entier et grassement récompensé, que je sache. - Là n'est pas la question, mon oncle. - Qu'importe. Ce n'est ni le lieu, ni le moment, pour débattre de ce sujet. - Je l'admets. En parlant de lieu, où donc est passée votre épouse ?
Siegfried lance un regard courroucé au jeune homme.
- Vous aurez sans nul doute le plaisir de sa visite d'ici l'heure du diner. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser…
Et il plante là son hôte. Tandis qu'il s'éloigne, il entend Ludwig van Rosenrot présenter les siens au jeune Van Kraft, mais n'entend pas celui de la femme voilée. Il engloble la pièce du regard. Il s'est déjà rendu au manoir en d'autres occasions, mais jamais n'y avait vu autant de visages peu familiers. Si Katje Van Kraft possède la beauté vulgaire des femmes avec lesquelles il aime passer ses nuits et une chevelure cuivrée qui ne peut qu'éveiller ses appétits, la seule vue de Gyllian van Kraft soulève une vague de répulsion en Siegfried. La jeune femme possède un visage incroyablement similaire à celui de Jezebel, et son sourire que certains pourraient trouver charmant lui semble plus empoisonné que le dard d'un scorpion.
Des jumeaux roux… songe Siegfried par devers lui, en s'installant silencieusement dans un coin. Plongé dans ses pensées, il se rend soudain compte de la présence de l'étrange femme voilée, qui se glisse à ses côtés. Elle lui sourit, mais ce sourire là n'a rien de chaleureux. - Je ne crois pas qu’il y ait au monde personne aussi stupide que vous, lui murmure-t-elle.
Cette remarque le saisit, semblant faire écho à son récent comportement avec Gabriella. Pour toute réponse, il lui lance un regard glacial, espérant ainsi lui faire renoncer à ses remarques acérées. Mais elle ne se laisse pas démonter pour autant, et poursuit :
- Faire… cela… à un messager… comme c’est… comment dit-on déjà… ah, oui… divertissant. Et risqué… Quoique la colère de Herr Jezebel ne vous… je ne parviens à me remémorer le mot… effraye guère, j’imagine.
Décidément, cette femme est intrigante. Elle ne semble pas une seconde rebutée par sa réputation sulfureuse, semble en savoir davantage sur lui qu'il n'en sait sur elle, et paraît bien trop sûre d'elle.
- Et vous êtes ? fait-il, à la fois agacé et très intrigué. - Qui pensez vous que je sois ?
Il ne peut pas voir son expression, mais son ton et le rire qu'elle laisse échapper l'intriguent davantage encore. Elle lui rappelle quelqu'un, mais qui ? Fronçant les sourcils, il se prépare à lui demander des éclaircissements quand surgit un nouvel invité, à la mise fantasque. Le joailler doit prendre sur lui pour dissimuler ses émotions désordonnées. Son regard reste fixé sur la chevelure rousse du dandy. Oh, certes, d'un roux sans commune mesure avec la teinte cramoisie des Van Kraft, mais… encore un roux. Funeste malédiction. Il semble que tous ceux qui fréquentent de trop près cette famille en sont entachés à jamais. Katje Van Kraft. Ce dandy exubérant. Interdit, il n'est tiré de ses déplaisantes pensées que par la voix de la vieille femme à ses côtés.
- Plait-il ? répond-il, contrarié. - Vous n'êtes pas l'être le plus stupide au monde, juste le deuxième.
Le joailler lance un regard circonspect en direction du dandy aux manières extraverties, puis revient à la femme voilée.
- Ne me comparez pas à ce clown ridicule, ma Dame.
Un silence. Puis :
- Je vous ai demandé votre nom, il me semble. - En effet. - Et je n'ai pas eu l'honneur de recevoir une réponse. - J'osais espérer que vous le connaitriez, Herr Siegfried, mais je me suis manifestement trompée. Marion van Rosenrot.
Quelque chose, dans sa façon de prononcer le nom du joailler, ainsi que son propre nom, éveille en Siegfried un souvenir particulier. Baissant le regard vers le voile sombre, il hausse les sourcils.
- Oh… je vois. Vous avez un accent charmant, ma Dame.
Si elle saisit l'allusion, elle n'en montre rien. Il sourit ironiquement, puis s'incline poliment.
- Si vous voulez bien m'excuser, il me faut me préparer à assister au repas dans de meilleures conditions. Une journée à cheval n'a guère contribué à l'état de ma mise. - Faites donc. Nous nous retrouverons au dîner.
Siegfried saisit l'invitation et hoche la tête en signe d'accord, avant de s'éloigner de l'étrange femme et de demander à l'un des domestiques de le mener à sa chambre. Là, il retrouve son coffret ainsi qu'un costume qu'il a fait faire sur mesure pour cette occasion, et fait envoyer au manoir des Van Kraft pour s'éviter des tracas tels que le cas présent – une épouse et une suite loin derrière lui, avec l'essentiel de ses vêtements. Il a vite fait de se recomposer un air civilisé – encore qu'il ne s'agisse que d'une apparence, auraient persiflé certains – en revêtant un costume de tissu bleu sombre sur une chemise de soie blanche, mettant en valeur sa chevelure argentée et ses yeux bleu glacier. Il maudit, un bref instant, l'absence de miroirs dans la demeure, une des nombreuses étrangetés de l'endroit.
Ainsi assuré de ne pas détonner parmi les convives, le joailler rejoint le boudoir, non sans s'égarer volontairement dans quelques couloirs, brûlant d'en apprendre davantage sur les secrets des Van Kraft. Mais il ne voit rien que de très ordinaire, de pitoyables domestiques s'agitant en tous sens. Au cours de son errance, il entend la cloche du diner sonner, mais ne se presse pas pour autant.
Son errance est finalement récompensée quand il perçoit la voix de leur hôte à travers une porte. Malheureusement, Siegfried n'entend que peu de choses. L'accent de ceux qui répondent au jeune Van Kraft semble être tzigane.
- Vous êtes vous préparés comme convenu ? demande Jezebel.
Siegfried n'entend pas de réponse, peut être acquiescent-ils en silence.
- J'ose espérer que vous serez prêts à faire face à toute situation, ajoute le jeune homme.
Probablement des gens engagés pour divertir les invités, songe Siegfried, encore que le choix de certains termes l'intrigue. Ne souhaitant pas être pris à épier son hôte, ou plutôt, le fils de son hôte, il passe son chemin et rejoint la salle principale, où les convives ont déjà commencé à s'installer.
Ne voyant aucune indication de place réservée, il s'installe, rapidement rejoint par Marion van Rosenrot, à qui il lance un regard vif avant d'englober la salle du regard. Gabriella n'est visible nulle part, elle n'est donc pas encore arrivée. Le dandy aux cheveux roux – Dorian L. Hargreaves, se souvient brusquement le joailler, qui l'a croisé de temps en temps lors de ses rares visites chez les Van Kraft – et le jeune fils van Rosenrot s'installent à leur tour, le fils face à sa mère. Siegfried remarque avec intérêt l'expression crispée du jeune homme, et le sourire glacial de la femme à son côté.
Du coin de l'oeil, le joailler voit la comtesse s'installer à ses côtés et se tourne vers elle tandis qu'elle le salue :
- Bonsoir, Herr von Herzen. - Bonsoir, comtesse, répond-il en se levant, baisant sa main. Il y a bien longtemps que nous nous étions vus.
Il aurait d'ailleurs apprécié de la voir de façon plus intime, encore qu'il ne fût pas sûr qu'elle appréciât l'expérience.
- Trop longtemps, si vous voulez mon avis, fait elle d'un ton suave.
Pour toute réponse, il lui sourit en se rasseyant, et lui propose un verre de vin qu'elle accepte avec plaisir.
Jezebel rejoint enfin ses hôtes et leur présente un petit discours de circonstances que le joailler n'écoute guère, fort occupé à goûter le vin qui leur est présenté.
Alors que les plats sont déposés sur la table, répandant d'agréables odeurs, le dandy se tourne vers Julian, lui posant une question d'apparence anodine à propos de sa tante Amalberga, mais qui de toute évidence est loin de l'être pour le fils Rosenrot, dont les mâchoires serrées et le regard brûlant ne dissimulent guère ses pensées. Décidément, Amalberga était une femme pleine de ressources, et même maintenant, sept ans après son étrange disparition, elle conserve son emprise sur sa famille. Mais de quelle nature est cette emprise ?
Le joailler n'a pas le temps d'approfondir la question. Une servante annonce d'une voix forte l'entrée de Gabriella von Herzen, et comme tous les autres convives, Siegfried lève les yeux, s'attendant à voir son épouse pâle et effacée comme toujours. Grave erreur. Son épouse n'est certes pas une femme effrayante, mais elle connait davantage son mari qu'il ne l'aurait cru. Il lui faut toute sa maîtrise de soi pour contrôler les tremblements qui le saisissent à sa vue. La robe d'un vert sombre, indécente, met les formes de Gabriella en valeur, comme jamais elles ne l'ont été, et ses longs cheveux d'un rouge sombre semblent le provoquer, le mettre au défi de seulement les effleurer.
Tétanisé, Siegfried met un moment à se rendre compte qu'il a serré les poings avec une telle force que ses articulations en ont blanchi. Il est heureux qu'il ait déposé son verre avant l'entrée de son épouse, autrement, il n'aurait pas résisté au choc.
Comment ose-t-elle ?! Cette… misérable… sorcière !
Pendant un instant, que sa femme semble déguster avec un plaisir malveillant, il n'arrive pas à mettre de l'ordre dans ses pensées, où s'entrechoquent le désir qu'il éprouve pour cette femme si terriblement désirable malgré les années, et la haine virulente qu'il éprouve pour elle et ceux de son sang. Ce n'est que lorsque Jezebel se lève pour saluer sa tante, l'air quelque peu surpris de sa mise, que Siegfried parvient à reprendre partiellement ses esprits. Il se rend compte qu'il a le souffle court. La surprise lui a fait oublier de respirer.
Coup de poignard supplémentaire, ce n'est qu'à cet instant qu'il se rend compte que le châle posé sur la chaise, face à lui, est celui de son épouse. Elle pousse donc sa revanche jusque là ? Femme renarde, fourbe et jouant les innocentes, allant jusqu'à passer pour une femme vulgaire au yeux de tous dans le seul but de poignarder son âme. Elle sait qu'elle le tourmente par son seul manège, et il perçoit son contentement alors qu'elle s'installe face à lui. Ils n'échangent pas un mot. Il refuse de seulement croiser son regard.
Mais, quoi qu'il fasse, l'éclat des cheveux cramoisis sur le tissu vert de la robe ne cesse d'attirer son regard. Son décolleté absolument indécent. Il lui faut faire des efforts surhumains pour maintenir son calme et répondre à ses voisins de table comme si de rien n'était. Et par-dessus toutes les pensées qui empoisonnent son esprit, une seule prédomine.
Il la tuera. Un jour, il la tuera.
Et il violera son cadavre. _________________

Dernière édition par Siegfried von Herzen le Ven 14 Nov - 15:13, édité 1 fois
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Ludwig von Rosenrot

Age:
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Statut: Frère de la défunte Amalberga
Âge: 50 ans
Pseudo usuel: Mel
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 11 Nov - 2:47 |
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Ludwig est un homme pieux. Certains iront meme jusqu'à dire fanatique, mais ces gens-là ne le connaissent guère. Son propre fils est intimement persuadé que la folie couve en son coeur et que les Tartuffes ne font qu'attiser cette folie. Mais Julian, malgré sa jeunesse d'esprit et son intelligence n'a jamais pu percer les murailles de son père.
Murailles de soie. Douces et robustes.
Assis à la table des Van Kraft, séparés de sa famille par les autres invités, Ludwig regarde le spectable obscène se jouant devant lui. Les hommes avec leur brutalité et leurs atours supposés virils, suintant la luxure par tout les pores de leur peau... Et les femmes, rivalisant de corsage serrés faisant bondir leurs seins hors de leurs vêtements...
Même Marion, songe-t-il, ressemble à un bloc de chair...
Le prêtre qui a pris place à son côté empeste l'argent et le sermon impur. La bile lui remonte à la gorge lorsque parait Frau Von Herzen. Une succube mariée à un incube, voilà ce qu'ils sont tout les deux. La foi n'a jamais du effleurer celui qui les a lié, car une telle union n'a jamais du être touché par la bonté du Christ. Il est plus que probable qu'ils aient rejetés avec mépris une telle grâce.
Plus il les regarde tous, et plus le tableau lui semble dépeindre quelques satanades. Le roi n'étant d'ailleurs plus qu'une coque vide...
La vue de Friedriech van Kraft a profondément destabilisé Ludwig. Voir ce corps replié et craquelé a fait naitre en lui un sentiment qu'il n'aurait jamais cru éprouver pour cet homme: la pitié. Et maintenant, il doute. Leur plan est parfait et pourtant, il ne sait plus s'il sera capable de l'accomplir.
Ludwig von Rosenrot a peur.
Meme s'il pense pouvoir mener à bien les étapes suivantes, la première marche lui semble soudain insurmontable. Et alors qu'il cache son trouble derrière un signe de croix léger et la jointure de ses mains, un réconfort inattendu lui vient de doigts fins caressant doucement son genoux. Tournant les yeux vers leur propriétaire, Ludwig rencontre le regard inquiet de Cécile.
Et alors qu'il détache une de ses mains pour l'approcher du visage de la française, le regard ténébreux de Marion le foudroie. Ces éclairs l'auraient achevé sur l'instant si l'attention des convives n'avait pas été détournée par l'arrivée soudaine de deux jeunes hommes aux visages pâles et luisant de sueur.
Il voit le sourire sur de lui de Marion frémir et ses lèvres s'ouvrir sur un hoquet de surprise. Elle semble un instant désemparée et le silence étrange qui s'installe accentue l'aspect maladif des nouveaux arrivants. Le valet n'a pas le temps de les introduire que deux voix étonnées et inquiètes s'élèvent en un écho stupéfait.
"Aloïs?" s'étonne son fils. "Kail?" bafouille Hargreaves.
Le coeur de Ludwig se serre, sans qu'il puisse expliquer pourquoi. Mais une lumière émane des yeux fatigués des deux hommes. Une lumière qui lui fait frôler avec tendresse de son pouce la croix d'argent qui repose sous son gilet. |
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Cécile Varens

Age: 23
Date d'inscription: 21/10/2008
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Statut: Soeur et dame de compagnie de Marion van Rosenrot
Âge: 53
Pseudo usuel: Riyane
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 11 Nov - 12:05 |
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Le silence. Mon silence. Je l'enveloppe autour de moi comme un long manteau. Celui qui me protégerait du monde. D'eux. Je sais sans l'entendre que Ludwig parle à Ma Dame, l'entoure de mille attentions. Sans aucun doute, elle, comme à son habitude, ne répond guère. Julian est aussi silencieux que moi, je le devine pourtant les observant. Pour ma part je préfère essayer de me laisser transporter par le paysage qui défile. Les chaos de la route, loin de me déranger, m'emportent dans cet état léthargique qui me plait tant. Celui qui me coupe du monde, me laissant m'abandonner en moi-même.
- Bonsoir.
Un murmure, rien de plus. Glacé.
- Friedrich van Kraft nous convie à une réception en sa demeure.
Je sursaute. L'aiguille laissée libre trouve aisément un chemin inconnu et l'explore jusqu'à mon doigt. Je retiens un léger cri de surprise, qui aurait fortement détonné dans le silence gelé qui a envahit la pièce. J'attrape rapidement mon mouchoir et le laisse avaler en son sein la délicate goutte vermeille. Je reste un instant perdue dans la contemplation de cette couleur que l'on dit annonciatrice de bien des maux. J'inspire une grande bouffée d'air, et j'ose enfin lever les yeux vers eux.
Ma Dame reste imperturbable, si ce n'est cet étrange sourire qui orne ses lèvres. Un incontrôlable frisson remonte le long de mon échine. Comme son miroir, Ludwig présente lui aussi ce visage carnassier. Je me détourne bien vite en direction de Julian. C'est à peine s'il a cillé. Son calme apparent qui reflète parfaitement sa maîtrise de lui me surprend toujours. Seuls ses yeux brillants d'un feu intérieur expriment toute l'impatience qu'il a pour ce rendez-vous.
Mon silence si serein, si calme, a fait place à Son silence, froid et dur. Gorgé de désir et d'inavouables attentes.
En effet, Ma Dame n'a pas eu besoin d'en dire plus, nul besoin de longues explications embarrassantes. Toujours cette façon de lancer ses paroles dans l'air, comme si elle ne s'adressait pas à nous. Comme si de par sa simple présence nous devions juste comprendre. Et nous comprenons toujours… Cela m'agace et me séduit à la fois.
Mais, Dieu m'en est témoin, je me fais du souci pour elle, chaque jour. Les liens familiaux qu'elle ne veut pas partager, le noir avec lequel elle entoure son corps et son cœur, la distance qu'elle s'impose avec le monde. A cet instant pourtant j'ai le sentiment qu'elle a retrouvé toute sa prestance, nul besoin de tracas. Du moins pour elle…
Un écart des chevaux me fait reprendre conscience avec la réalité. La discussion – se rapprochant plus d'un monologue mielleux - ininterrompue de Ludwig me saute immédiatement aux oreilles, me sortant définitivement de ma langueur… Mais, à nouveau, mon esprit s'égare vers de plus sombres pensées. Que vais-je trouver là-bas ? Etait-ce vraiment nécessaire pour moi de me rendre à ce rendez-vous ? Un malaise m'envahit… Je ne me sens déjà pas à ma place dans cette voiture, alors dans ce manoir ? Dois-je me trouver une raison ? La sienne ? La leur ? Je ne sais plus que penser de tout ça. Malheureusement l'heure de la marche arrière est passée, et l'ombre - inquiétante – qui se dresse au loin ne fait que me conforter dans cette idée. Fasse que Dieu me soutienne !
[Manoir Van Kraft]
Le tintement délicat de la cloche annonçant le diner donne lieu à une soudaine agitation. Dieu que ces heures furent longues. Moi qui ne connais personne, nul n'a réellement jugé utile de me présenter, pas plus que de venir converser avec moi. M'attendais-je réellement à quelque chose de différent ? Ne suis-je pas seulement une dame de compagnie au milieu d'un étalage de gens bien nés ? Quand bien même, ais-je réellement souhaité parler avec l'un deux ? Dieu, non. Tous m'impressionnent, ou me terrifient, à l'image du fils du comte ou encore de cet homme sombre qui ne daigne plus vouloir s'écarter de Ma Dame. Je cherche un soutien du regard, même infime, mais Julian semble trop accaparé par ses pensées… Ou par ce jeune homme qui cherche tant bien que mal à entamer une discussion avec lui. J'ignore qui il est, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il a l'air d'être la seule personne un tant soit peu normale présente ce soir. Enfin quelqu'un de souriant, courtois et affable dans cette représentation si sombre et froide qui devrait pourtant être une famille. A vrai dire, le décor me semble tout autant oppressant, et l'orage menaçant n'aide pas vraiment à détendre l'atmosphère. D'ailleurs, le tonnerre qui gronde est une des seules choses qui me poussent à ne pas négliger le diner. Me retrouver seule, dans ce manoir immense, dans une chambre inconnue ne m'enchanterais guère. Je suis donc les autres convives dans la grande salle à manger. Je reste l'espace d'un instant interdite devant la splendeur de la table, mais surtout devant le nombre de couvert. Sommes-nous donc si nombreux ?
Alors que je cherche une place, mal à l'aise face à tous ce monde, j'aperçois Ludwig. Etrange comme il semble torturé. Son visage, habituellement déterminé et reflétant son excitation malsaine, semble tellement pâle maintenant… Tellement fragile… Je ne résiste pas à m'asseoir près de lui, à lui faire comprendre mon soutien. J'aimerais tant qu'il lise enfin dans mes yeux tous ce que je pense de leur plan, qu'il voit que quoi qu'il arrive s'il change d'avis, je serais là. Je lui esquisse un léger sourire inquiet, auquel il veut répondre par une caresse tendre. Son seul geste d'attention depuis des mois… Mais voilà qu'il suspend son geste, je devine déjà le regard dur de Ma Dame qui se dresse comme une barrière pour garder son mari de son côté. Surement a-t-elle raison après tout, il n'aurait pas été bon que cette démonstration soit portée aux yeux de tous. Heureusement, l'arrivée impromptue de deux jeunes hommes à l'air fiévreux, semble avoir totalement accaparé l'attention générale.
Je voudrais me lever, changer de place, ou me retirer tout simplement… Son regard, comme toujours, m'a traversé, m'emplissant de ce sentiment de gêne. Mais, à l'abri des regards, sa main douce a trouvé la mienne et la garde pour m'empêcher de fuir.
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Alecto Nyx

Age: 20
Date d'inscription: 09/11/2008
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Statut: Chef des Tsiganes - Violoniste et danseuse
Âge: 20 ans
Pseudo usuel: Ohiro
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 11 Nov - 17:22 |
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Cassandre se baissa pour offrir à la Duchesse Von Shazberg un bouquet de fleurs jailli de nulle part. Parfait, comme toujours. La duchesse rougit joliment et applaudit. Rapidement, toutes les autres personnes présentes la suivent, et la troupe d’Alecto disparaît sous les applaudissement de son public. Comme à l’accoutumée. La réputation de la troupe d’Alecto n’était plus à faire. Ils étaient probablement les tziganes les plus connus du pays, ou en tout cas ils étaient en passe de l’être. Les commandes pleuvaient et ils n’avaient aucun problème d’argent. Alecto n’en était que plus heureuse. La romanichelle était à la tête d’une troupe où tous s’entendaient et qui fonctionnait sans le moindre problème, et elle était avec son frère. Après avoir reçu de la Duchesse leur payement – ainsi qu’un joli pourboire-, la tzigane était partie se changer dans sa roulotte. La longue jupe, couverte de franche multicolore produisait certes un superbe effet lorsqu’elle tournait et dansait, mais pour la vie quotidienne qu’était celle des gens du voyage, elle avait plus d’inconvénients que d’avantages. Elle enfila quelque chose de plus simple et de plus adapté. Trois coup bref frappèrent la porte de sa roulotte. Elle s’en étonna : Son frère ou un autre membre de la troupe serait rentré, ou tout du moins aurait parlé. Mais là, silence complet. Un admirateur ? Possible, mais il n’y avait qu’une seule et unique façon de s’en assurer : ouvrir la porte… Son cœur rata un battement. Face à elle, un jeune homme vêtu de rouge…un messager des Van Kraft. Pourquoi diable cette famille lui envoyait-elle un messager ? Durant un instant, son esprit vagabonda et des souvenirs vinrent frôler les limites de sa conscience. Souvenirs rapidement refoulés pas la voix, froide et presque mécanique, de l’homme en livrée rouge face à elle. - Mme Alecto Nyx ? - Elle-même. Que me vaut donc l’honneur de votre présence ? - Je suis ici l’envoyé de Jezebel Van Kraft. Il me prie de vous remettre ceci. Ce sur quoi il tend une lettre à la tzigane. Cachetée de rouge, avec le sceau des Van Kraft. Elle jette un regard au messager, lui disant qu’il peut s’en aller. Elle décachette doucement l’enveloppe, et lit son contenu. ~~Trois jours plus tard~~ Nous arrivons à proximité du Manoir et je fais signe d’arrêter les roulottes. J’aime autant que nous nous préparions avant d’arriver… et l’aura qui entoure cet endroit m’inquiète. Je tiens à en rester éloignée aussi longtemps que possible .Et aussi à en tenir éloignée Nausicaa. Nous nous changeons et nous repartons en direction de la demeure Van Kraft, et de cette « fête » pour laquelle nous avons été engagés. Le voyage se fait silencieusement, tant l’atmosphère est ici étouffante et moite. A peine sommes nous descendus de nos roulottes que nous sommes reconduit vers nos chambres, bien que le terme de geôle convienne mieux à ces lieux. Vu la tête de Nausicaa, je devine qu’elle aurait préféré rester dans la roulotte, mais je préfère rester à l’intérieur. Aussi, pour couper court toute protestation, je commence d’ore et déjà à m’installer. -Nausicaa ? -Oui Alecto ? -Si tu es prêtes, je te conseille d’aller rencontrer nos hôtes. Et n’oublie pas ! Tu dois être la plus mignonne des petites filles ! -J’te l’promets ! Ce sur quoi elle s’enfuit, couvrant son visage d’un loup blanc. Je n’aime guère la laisser seule, mais je préfère ne pas lui montrer ce que contient le petit tas de tissus devant moi. Elle est encore trop jeune pour ce genre de choses. J’attends qu’elle s’éloigne encore un peu et je déballe le dernier paquet que j’ai emporté. A l’intérieur, il y a une rapière, fine et à la poignée élégante, taillée pour une femme ainsi que plusieurs petit couteaux, plus fins. J’en saisit un et le cache sous une de mes manches. Au cas où… Puis je réajuste mes jupons, je saisis mon violon et me jette dans la fosse aux lions. Bien que, au vu de l’assemblée, la fosse aux loups eut été une expression plus correcte… Une brève rencontre avec Jezebel en personne me ralentit, mais je ne m’y attarde guère. Je ne lui parle même pas, sauf bien entendu ce que la politesse m’oblige à dire, vu les questions ridicules qu’il me pose. Qu’il sache qu’un Tzigane remplit toujours ses engagements ! Il retourne à ses invités. Moi, je cherche Nausicaa du regard, ainsi que mon frère et Demetrius. Je les repère assez aisément. On ne peut pas nier que, parmi tous ces membres de la haute société, nous soyons aisément remarquable. Bien que l’une des femmes portes une robe tellement ouverte que je me demande si elle ne possède pas un peu de sang tzigane dans ses veines. Surtout que je suis certaine qu’elle m’irait bien, cette robe. |
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Marion van Rosenrot

Age:
Date d'inscription: 21/09/2008
Nombre de messages: 28
Statut: Epouse de Ludwig
Âge: 50 ans
Pseudo usuel: Ruth
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 11 Nov - 18:09 |
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Elle sourit. Ils sont amusants, tous ces jolis oiseaux parés de leurs couleurs flamboyantes, droits et dignes sur leurs chaussures à talon, grands, drapés de leur fierté. La fierté des Van Kraft… C’est donc cela, le fleuron de la bonne société allemande ? Elle est déçue. Ce ne sont que des humains. Rien… que des humains, avec leurs faiblesses immondes et leur dépravation naturelle. Lamentable, mais amusant à observer… Il y a… Siegfried, si dépendant de sa chair et de sa luxure, de toute cette débauche qu’il affiche sans complexe… pour quelle raison ? Sa frustration, sa perception peut-être de cette vieillesse qui le guette inlassablement et qu’il ne saurait accepter… Peut-être est-ce son origine ? Et puis son épouse, belle certes dans cette robe d’émeraude, mais terriblement vulgaire ; une renarde rouée qui n’utilise que des jeux au manque de subtilité flagrant… Quel couple fâcheux, empêtré dans sa propre bêtise, incapable seulement de trouver un terrain d’entente. Ils sont semblables dans leur malfaisance stupide – pourtant la dame d’ombre ne peut s’empêcher d’apprécier Siegfried, de comprendre Gabriella. Elle sait. Elle l’a presque oublié, mais jadis sa situation était la même.
Son regard glacé se pose sur Ludwig et Cécile. La main de cet homme a entrepris un chemin qu’elle ne doit jamais prendre, pas devant tous ces gens, tous ces ignobles qui n’attendent qu’une erreur pour lapider les fautifs. Ses yeux glacés foudroient Cécile, elle connaît son pouvoir sur cette âme faible, elle sait. C’est presque jouissif, elle avait oublié combien il était délicieux d’avoir en son pouvoir des esprits quels qu’ils soient. Bien sûr, ce n’est pas sur Cécile qu’elle veut étendre son emprise aujourd’hui. Non, c’est une proie bien plus mauvaise qu’elle cherche à obtenir. Et elle l’aura.
Dans son coin, Julian grimace, manifestement touché en plein cœur par une remarque. Tiens… les paroles fautives appartiendraient à cet incapable de dandy dont le masque d’hystérique est bien trop imparfait pour être crédible ?… Amusant. Il a dû lui parler de sa tante… Amalberga… Amalberga. La dame d’ombre ne peut réprimer un rire qui, pour ses voisins de tablée, ne doit avoir aucun sens. Pour elle non plus, à y bien réfléchir. Moquerie peut-être pour Julian, si faible, si emporté, au final si vulnérable dans son impétuosité. Le calme seul apporte la victoire, il est fâcheux qu’au fil des ans il n’ait su le savoir. Bien sûr, il n’a pas reçu d’enseignement acceptable de par son père trop enclin à céder aux élans du cœur… Il faudrait reprendre l’éducation de cet enfant, vraiment…
A côté de Siegfried se tient Katje. Comtesse ? … ça ? Colère. Moquerie. Rien qu’une gamine, vulgaire de surcroît, langoureuse à souhait comme le comte les aime… A moins qu’il n’y ait autre chose derrière ces épousailles somme toute bien intriguantes ? On ne transforme pas une hétaïre en rosière si facilement, ni sans but. Dans les yeux de la « comtesse » brillent quelques lueurs d’avidité, de fourberie. D’aucuns la compareraient certainement à une vipère… Marion ne voit qu’une chienne.
Et puis encore… ce petit étudiant qui vient d’entrer, une connaissance de Julian, un remarquable petit arriviste fier de son savoir, très certainement. Au fil des conversations, son nom apparaît – Aloïs von Salvard. Non loin, le vieux prêtre louche sur le vin – buvez, ceci est mon sang – aussi faux que tous les autres… Il a sans doute perdu la foi depuis des années, si tant est qu’il y ait quelque chose en quoi croire. Et enfin, la demoiselle éthérée vêtue de saphir. Une enfant pourrie-gâtée, un cœur égoïste dans une enveloppe pas assez charmante pour duper, rien de bien passionnant.
Un soupir. Ils sont ennuyeux. Pour l’instant elle ne voit rien qui pourrait agréablement animer cette réception, leurs jeux d’intrigue ne l’amusent pas – elle se sent terriblement éloignée de toutes ces fourberies-là. Ce n’est que du passé. Ses ambitions lui semblent soudain absurdes. A quoi bon ? A quoi bon faire resurgir ce qui n’intéresse plus personne ? Sa main s’égare un instant sur ses lèvres vermeille, elle reste songeuse. Il y a bien sûr son cher Ludwig pour lui rester fidèle… et la faible Cécile, si aisément manipulable… mais cela ne compte pas. Elle manque de renoncer quand son regard se porte sur l’ombre qui accompagne l’étudiant. Un instant, elle écarquille les yeux, puis se reprend. Elle allait oublier ces détails-là. Un sourire moqueur s’étire sur son visage, elle regagne toute sa contenance ; à l’abri de son voile elle fixe tour à tour chaque convive. Oh, après tout… pourquoi ne pas retrouver un peu sa jeunesse ?…
Son voisin est toujours sous le choc de la vision que lui a offerte son épouse. Chair… chair rose et gluante, chaude, brûlante, bientôt grouillante… Dans la tombe nous nous ressemblons tous et même les plus beaux ne sont plus qu’un tas d’os… Elle ne fera pas exception, la belle succube au décolleté plongeant qui ne sied guère à une femme de son âge, elle finira comme toutes les autres, entre les mains du thanatopracteur comme une funèbre poupée. Un instant Marion se voit jouant aux marionnettes avec son cadavre – et tant qu’à faire, celui de tant d’autres.
Calmant la brûlure qui couve dans son ventre, elle s’empare du verre placé devant elle et en avale une gorgée. Un coup d’œil du côté de Jezebel lui apprend qu’il se contente d’eau, un sourire se dessine sur ses lèvres… c’est vrai, il est très facilement ivre. D’autres en revanche semblent apprécier l’idée de finir cette soirée sans plus se connaître eux-mêmes, la plupart salivent d’avance sur les plats présentés devant eux. La main libre de Marion caresse le velours noir de sa robe à col montant. Elle aussi meurt de faim mais sans doute son regard est-il moins affamé que celui de toutes ces bêtes attablées.
Les deux derniers arrivants prennent place. Le dandy se répand en gestes frénétiques et en sourires rayonnants pour attirer l’ami de l’étudiant – Kail… Kail Wyhlem – à son côté, malgré le dégoût évident du jeune homme. Qui n’en aurait pas autant à sa place ? La dame d’ombre fronce les sourcils, agacée et… un peu… inquiète. Assis au bout de la table, Jezebel paraît profondément honteux de l’attitude de son cousin, c’est à peine s’il ne cache pas son visage dans ses mains pour ne plus voir cet idiot. Compréhensible. Kail pousse un profond soupir mais n’a pas le choix, quelque chose semble le pousser à obéir aux instances du dandy. Marion serre les dents.
Un serviteur apporte une bouteille de vin rouge, un Château Cheval Blanc, un des plus grands crus des vignobles de Saint-Emilion. Un vin français. Marion refuse de voir son verre rempli, elle tient à garder son esprit le plus lucide possible – si tant est que lucidité il y ait jamais eu – jusqu’à la fin de cette soirée. Elle sait que d’autres suivront, un Dom Perrignon probablement pour accompagner le dessert, et un digestif… Tentant. Aussi tentant que les gestes langoureux des tziganes qui commencent à s’intaller dans la pièce.
Les derniers convives arrivent ; une vieille femme à l’œil espiègle que Marion reconnaît comme étant Zana Komatski, l’ancienne secrétaire du comte, manifestement mal à l’aise… et un homme étrange, glacé et rustre qui s’asseoit sans ménagement après un vague salut. A l’instance de l’un de ses voisins, il laisse échapper son nom, Valerian Tyll. Un inconnu… curieux.
Aux côtés de Marion, Siegfried est toujours crispé dans sa haine miscellanée de désir pour cette succube superbe qu’est Gabriella. Un sourire léger se dessine sur les lèvres de la dame d’ombre, elle se demande toujours quel attrait peut bien avoir la chair, si éphémère au fond. Et surtout la chair vieillie comme celle de cette femelle… Elle préfère encore la peau lisse d’un visage jeune, encore souriant, pétillant, frais. Elle efface ces pensées d’un rire sarcastique, encore plus incompréhensible que le précédent. Son œil torve se fixe sur les allées et venues des tziganes… la meneuse est superbement gracieuse, son violon paraît l’instrument de mélodies presque divines, les trois autres sont comme de superbes parures autour d’elle. Mais Marion ne les voit pas. Elle avise juste la beauté de cette demoiselle… la lueur du couteau dans sa manche. Un instant, une lueur de surprise passe dans ses yeux. Oh… voilà qui serait bien surprenant.
Un nouveau rire sarcastique attire difficilement sur elle le regard de Siegfried. Un regard un peu perdu, las, haineux, interrogateur, plein de désir tout à la fois. Il faudra bien qu’un jour où l’autre il obtienne cette femelle, sans quoi il restera dans cet état lamentable jusqu’à sa mort. Malgré son mépris pour Gabriella, Marion doit bien lui reconnaître le mérite de savoir déchaîner des passions encore à son grand âge. Ce n’est pas elle-même qui en serait capable, pour autant qu’elle ait un quelconque intérêt dans ce genre d’amusement.
- Que vois-je ? murmure-t-elle si bas qu’il peut à peine l’entendre. Siegfried von Herzen réduit à être esclave de sa chair par une femelle... et une femelle comme elle, de surcroît… Qui l’eût cru ?
Oh, un regard furieux. Amusant.
- Il est plus surprenant de voir une vipère se cacher sous le masque du deuil… si vous voulez mon avis. - Je n’en ai pas l’usage.
Sans sourire plus longtemps, elle se tourne de nouveau vers Jezebel. Derrière lui, une demoiselle aux cheveux bruns est entrée, intimidée, encadrée par deux valets en livrée rouge. Les joues roses, elle promène un regard perdu et curieux sur la tablée ; elle n’est de toute évidence pas une Van Kraft. Ses yeux s’arrêtent soudain sur le dandy, s’illuminent, un sourire s’étale sur ses lèvres. Lui est trop occupé à dévorer tour à tour Kail et Jezebel des yeux pour se rendre compte de cette nouvelle entrée.
Un cri échappe à la demoiselle, elle semble s’apprêter à lancer le nom du lord anglais ; Jezebel se lève avec une rapidité remarquable et s’approche d’elle, tout sourire. Avec un air mauvais au visage, il la mène jusqu’à la chaise libre en face de Hargreaves.
Celui-ci grimace. Marion ne peut retenir un sourire en coin… Décidément… L’espèce humaine est des plus intéressantes. |
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Esther von Morgenstern

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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Dim 16 Nov - 20:04 |
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Et me voici arrivée, oui, moi, dans cette réception grandiose. J'esquisse un sourire amusé, et non point contrit. Cette folle famille qui m'accueille en ce jour ne m'effraye pas, ou du moins, pas encore. Un rire psychologique, hystérique, me prend mentalement, éclairant mon visage d'un sourire démentiel, un sourire dément tout court, peut être. Je suis joyeuse, et cela n'a rien à voir avec une quelconque absoption d'alcool fort, d'alcool, ou d'autres choses qui sont capables de vous rendre euphorique. Non, je savoure le plaisir d'être entrée en ces lieux. Ah, le Manoir Van Kraft. Tout ce manège en est presque jouissif. Je préssens déjà le devenir de la soirée, beuverie, banquet digne des peuples romains de l'antiquité, où chacun est plus nourri qu'un pays entier sans doute, et enfin, le défi que nous attendons tous, dont cette mesquinerie n'est qu'une parade, une introduction.
Il devait en effet y avoir quelque chose derrière toute cette agitation. Tous, nous, les invités, nous nous en doutions sans pour autant vouloir l'admettre face à face, et poser la terrible question qui était sur toutes les lèvres au seigneur du manoir, ou plutôt devrais-je dire, à notre cher Jezebel Van Kraft. C'est d'ailleurs bien ce dernier avec lequel j'ai la chance de converser dès mon arrivée en ces lieux, arrivée non point bruyante ou quoi que ce soit, ni clinquante comme celles des grands riches. Une arrivée modeste mais pleine de grâce et de raffinement. Je sens bien, dans nos palabres inutiles, que quelque chose chez moi le dérange, ne lui plait en aucun cas. Et voici un nouveau rire mental qui m'envahit et éclate en un tonnerre délirant dans mon esprit. Dérangée? Oh non, je vous en prie, bien loin de moi une folie pareille. Oh ! Mais un peu de ce rire a dû s'échapper de mes lèvres, a en voir l'air légèrement pincé mais digne de cet adorable Jezebel Van Kraft. Il m'exaspère déjà. Quoi que..
Tiens, un nouveau venu qui arrive, posant avec négligence sa main sur l'épaule du Sire Van Kraft. Sans plus de réflexions, il répond à voix haute à une injonction de notre hôte, et sa déclaration pour le moins farfelue et pittoresque me lance dans un nouveau fou rire interne qui se déclare en un sourire amusé, un sourire s'étirant, pour l'expression, jusqu'à mes oreilles, dévoilant ainsi mes dents blanches. Je suis maniaque, j'avoue. J'ai mes petites manies, parmi lesquelles figure le fait que je sois attachée, très attachée aux règles d'hygiène. Passons, revenons à cet étrange sujet qui s'exhibe ainsi publiquement. Ravie de constater que je ne suis point la plus folle ici. Le prêtre, que je remarque à son départ, n'a guère qu'eut le temps de se signer et de déguerpir aux dires du jeune lord aux cheveux éclatants au moins autant que la chevelure sanglante de Jezebel. Ce dernier prend alors congé, me laissant seule face à un dandy fortement vêxé a en voir son visage. Un rire léger enflamme ma gorge dans un son cristallin, et, tout sourires, je me tourne vers lui une fois le comte parti.
"Courrez donc à sa poursuite Messire, que le Renard que vous êtes ne laisse pas un tel Lapin vous échapper ! - Il me faudrait bien plus que quelques fables pour le retenir céans, il me semble. - Ou changez le en bouc, il saura rester dans le puits où vous le piégerez. - N'êtes vous donc qu'une adepte de La Fontaine? - Vous devriez vous y essayer, cela réussit certainement aux plus acharnés. - Quelle magnifique morale que voilà ! - Oh mais je n'en doute pas. Je vous remercie tout de même de savoir apprécier un peu de sophistique. - Je préfère les actes grandioses à la rhétorique."
Laissant là nos rimes, il partit d'un sourire, de son pas dynamique, retrouver sa proie, qu'il fallait avouer au physique plutôt avenant. Je souris doucement à mon tour, et m'enjoignis de retrouver le groupe, et j'entrais ainsi dans la salle où le repas venait d'être sonné. Je reconnaissais quelques visages flous, et m'approchais donc davantage pour parvenir à percer le mystère de ces ombres mouvantes qui peuplaient cette vaste salle richement meublée. Finalement non, je ne voyais là aucune personne susceptible d'appartenir à ma mémoire de connaissances. Ah ! Mais si. Gabriella Von Herzen est là. Dans une tenue qui ne lui ressemble pas, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais qu'importe, si elle s'est ouverte aux joies du décolleté, c'est qu'il faut parier qu'il y a fort à gagner ce soir ! Et puis, après tout, cela ne lui va pas si mal, loin de là. Il suffit de voir la tête de certains des convives pour comprendre l'effet dont elle jouit sur les autres. L'un d'entre eux affiche un air meutrier où, il faut l'admettre, on sent percer de l'envie. De la jalousie? Non je pense que ce sont d'autres genres de rapport qu'ils entretiennent. Je me dirige donc vers l'amie Gabriella.
"Bonsoir, ma chère Madame Von Herzen. Vous êtes de toute beauté. - Il fallait au moins cela ce soir, Esther. Il y a du monde à impressionner. - Je le sais ma bonne Gabriella. Mais dites moi plutôt comment vous allez, je vous prie."
Pendant que mon interlocutrice se lance dans un silence cossu sur sa vie, ne me racontant comme de coutume aucun des petits détails anodins qui font de notre quotidien un enfer fort plaisant. Je regardais les invités, et m'assis aux côtés de mon amie, espérant que cette dernière pourrait me guider au milieu de cette troupe de loups en cage. Je lui demandais donc de m'indiquer quelques noms à poser sur ces visages inconnus. Ce qu'elle fit, rapidement, comme pour se débarasser de cette tâche verbale. Je reconnais le jeune Hargeaves, Dorian de son prénom, qui a visiblement été placé sans complaisance devant une femme austère, vêtue de noir. Marion van Rosenrot, m'indique Gabriella, sans se priver de se taire dès qu'elle le peut. Peu m'importe, sa compagnie m'a toujours été fort plaisante.
Non loin de là, se trouve Siegfried Von Herzen, le mari de mon amie que je découvre donc ce soir là. Les Tziganes entonnant leurs chants, je me laisse aller à écouter ici et là les phrases décousues que j'ai exigées de mon aimable voisine, cherchant du regard le fils Van Kraft et ses curieux invités, traçant ma place dans cette famille qui n'est pas la mienne. Pas encore la mienne? Peu importe, ce n'est pas important pour l'instant.
Je repose mon regard sur les Tziganes, sur la violoniste et ce groupe atypique. J'ai toujours aimé les atypiques. Et j'ai toujours aimé les Tziganes et leur culture. Si. C'est pourquoi, doucement, je reste attentive à leurs mélodies, laissant tranquillement le silence s'installer, placide, entre Gabriella von Herzen et moi. Pleine d'une volonté nouvelle de, non point me réconcilier avec la musique, mais l'apprécier plus encore. Quelle soirée merveilleuse, vraiment.
"Toute la famille a-t-elle été invitée ce soir, ma chère Gabriella? - Certes. Et il apparut comme absolument nécéssaire que nous soyons tous obligés de nous supporter. - Dois-je en conclure que certains ne sont point fréquentables? - Des malins qui ont tout juste l'air de clowns. - Je vois. J'ai toujours aimé aller au cirque."
Un rire me prend. J'adore ça !
"C'est que vous êtes toujours aussi.. Surprenante, Esther. - Je vous retourne le compliment Madame. Je ne me lasse pas de vous écouter. - Tâchez tout de même de ne point paraître trop complaisante. On sait bien profiter des bons coeurs dans cette famille. - Je n'ai pas de bon coeur."
Sur ces entrefaites, je repris avec un rire une position plus confortable sur le fauteuil que je me suis attribué malgré moi. Personne ne semble réclamer cette place, tant mieux ! J'ai toujours eu tant à apprendre de la dame Von Herzen. Ce soir est une occasion en or, à ne point laisser passer. C'est plutôt excitant, tout ce mystère, tous ces Secrets de Famille. Non? _________________ Vas-y. Poursuis moi, déteste moi, jusqu'à ce que la mort nous sépare. |
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Cassandre Nyx

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Statut: Jumeau d'Alecto - Prestidigitateur
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Dim 23 Nov - 6:47 |
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Effroyable atmosphère que celle qui règne dans ce manoir. Il y a comme une vieille odeur de sang séché, et… d’amertume ? Le salon est rempli de gens, dont les regards se croisent, hypocrites, attentifs à la moindre faute que l’un d'eux pourrait commettre. C’est pire que dans les soirées mondaines. Aucun des convives ne semble à l’aise. Pas même Jezebel van Kraft. Châtelain. Fils de Dame Amalberga, et d’un vieux monstre… qui n’est pas présent dans la salle. Une cloche sonne. C’est comme ça, chez les nobles, qu’on indique le début du repas. Plus conditionnés que des chiens de meute, la petite foule s’avance vers la salle à manger. Déjà, le salon est vide. Alecto m’adresse un regard. Derrière ses jupons, je remarque la petite Nausicaa. Un loup blanc sur le nez, elle regarde autour d’elle, sans une once de crainte. Peut être est-elle encore trop naïve. Une main se pose sur mon épaule. Demetrius. Je me tourne vers lui. Il me regarde, les sourcils à demi froncés. Lui en revanche n’est pas tout droit sorti de son nid. C’est un vieux loup, tendu comme un arc. Je me dégage de lui. Je sais, Demetri, inutile d’attirer mon attention. Le majordome s’avance vers nous. Il affiche un air hautain, comme lorsqu’il nous a accueillit, froid, puant l’avarice. Un moins que rien qui se donne des airs de privilégié. Sans doute se trouverait-il mal si Jezebel apprenait qu’il échange des regards lourds de sens avec l’homme aux cheveux cuivrés. Des cheveux cuivrés… une déferlante de chevelures plus ou moins écarlates qui refusent de danser ensemble. Sombres, comme ceux de Jezebel. Pâles, comme ceux de cette Grande Dame au regard froid, qui se pavane dans une somptueuse robe verte, comme si elle n’y avait pas sa place. Vifs, comme ceux de cette chère Gyllian, que j’ai tout intérêt à éviter. Et enfin, habilement Dissimulés… Deux hommes s’ajoutent bientôt à la tablée. Un jeune rat de bibliothèque, à en juger par son teint, et son allure mal à l’aise. A peine plus âgé que moi. Il semble manquer de sommeil. Chose qu’il partage avec celui qui l’accompagne, plus âgé de dix, ou peut être, quinze années. Non. Seulement dix. Est-ce de la peur en lui ? De l‘horreur ? De la méfiance... Et autre chose. Voilà qui est étrange. Serait-il… Le regard de Nausicaa s’attarde un instant sur lui. Inconsciemment, sans doute. Ça répond à ma question. Soudain mon attention se pose sur une autre personne. Une femme. Les autres la regardent à peine, ou lui jettent parfois des regards curieux. C’est une inconnue. Que vient-elle faire ici ? Je jette un bref coup d’œil à Jezebel. Ce n’est pas lui. Il ne l’a pas invité. Qui alors ? Qui a été assez fou… Détournant les yeux, je les plonge dans ceux d’Alecto. Alecto, ma sœur, ma moitié… Il me semble soudain, que nous n’aurions pas dû venir. Elle me sourit. Se veut-elle rassurante ? Si c’est le cas, c’est un échec. Et pourtant, dans mon dos, Demetrius se détend, juste assez pour éteindre dans ses prunelles la lueur de doute que j’y ai vu tout à l’heure. Il entre à la suite d’Alecto et Nausicaa, dans la salle à manger. La petite sait ce qu’elle doit faire. Déjà, une mélodie s’échappe de sa flûte, donnant à Alecto le rythme qu’il lui faut pour danser. Ses pieds nus la font tournoyer avec une grâce reconnue même parmi les Roms… L’odieux majordome referme la porte. Il me questionne vaguement du regard. Non. Je ne vais pas entrer. Qui a besoin d’un prestidigitateur quand il savoure son repas? Demetri est là pour veiller sur ma sœur. Et sur… l'enfant. Tournant les talons, je retourne à ma chambre. Petite pièce. Peu confortable. J’ai vu pire. J’ai pour seul bagage cette mallette de docteur, ramenée d’Italie, peut être. Ou d’ailleurs. Je la pose sur mon lit et l’ouvre, me plongeant dans des réflexions troublantes, et d’amers souvenirs, alors que je sors une à une les fioles que ce pauvre homme m’avait donné. Pauvre homme ? Pas tant que ça, quand on y pense. Cette vie là n’est faite que de désastres. Alecto, ma douce Alecto… Nausicaa… Et maintenant, voilà que Gyllian apparait ici. Ne suis-je donc qu’un pantin ? Un pantin aveugle. Aveuglé. Qu’attendez-vous de moi, ma Dame ? Un bruit me tire de mes réflexions. Quelqu’un qui gratte doucement à la porte. Je l’entrouvre, méfiant. Qui peut bien vouloir me déranger pendant que les nobles se remplissent l’estomac ? Une femme. Une domestique. Cheveux grisonnants. Une quarantaine d’année. Elle respire la gentillesse à plein nez. Voilà qui est plutôt surprenant, en ces lieux. Un rictus lui tord la lèvre inférieure. C’est un sourire ? « Je suis Hildegarde » Elle s’incline. Ai-je l’air d’un homme qui a besoin qu’on s’incline devant lui ? Ai-je au moins l’air d’un homme ? Hildegarde ? Oh. Hildegarde. Je m’efforce de lui sourire, tirant pour cela sur des muscles que je n’utilise quasiment jamais. Sauf quand j’enfile mon habit de scène. Allez savoir pourquoi ces mots font rire Nausicaa. Nausicaa… La Domestique me tend quelque chose. Une poupée. De chiffon. Avec des boutons cousus à la place des yeux. Elle l’a sans doute fait de ses mains. Pauvre femme. Une poupée ? Je ne suis pas certain que ce genre de chose plaira à l'enfant. Je m’empare de l'objet en chiffon, refermant dans le même temps la porte au nez d’Hildegarde, sans vraiment prendre conscience de mon geste. Me préparer maintenant. Me préparer à charmer tout ces gens qui n’en ont rien à faire, de mes merveilleuses petites illusions qui n’en sont même pas. Peut être vais-je faire rire la pauvre idiote qui ne quitte pas le roux du regard. Ou faire sourire cet étudiant, qui aurait bien besoin de se dérider un peu. Inutile d’user de mes talents pour savoir ça, ces gens ne sont pas ici pour se divertir. Les éblouir est d’ailleurs le dernier de mes soucis. Qu’Alecto s’en charge, puisque même les yeux du glacial châtelain s’animent à sa vue. Je veux découvrir, une bonne fois pour toutes, quel est le rôle qu’on nous a donné, dans cette histoire nauséabonde.
Dernière édition par Cassandre Nyx le Dim 28 Déc - 17:52, édité 3 fois
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Nausicaa

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Statut: Flûtiste
Âge: 5 ans
Pseudo usuel: Anja
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Lun 8 Déc - 5:55 |
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Il y a plus d'une heure déjà que Nausicaa souriait, saluait, faisait des mines, souriait à nouveau, disait bonsoir, disait merci aux compliments... Les invités la trouvaient souvent "mignonne" ou "adorable", mais ils ne s'occupaient pas vraiment d'elle, elle était et se sentait comme une étrangère, comme l'un des nombreux objets qui meublaient ou décoraient la pièce. Elle resta donc à l'écart comme Alecto le lui avait conseillé, mais ne resta pourtant pas immobile. Elle se contenta de marcher dans la salle, comme si elle était elle-même invitée à cette fête, comme si elle faisait partie des amis ou même de la famille. Tout ça n'était qu'apparence, et Nausicaa, malgré son jeune âge, le ressentait amèrement.
Le repas était sur le point d’être annoncé, mais les convives ne semblaient décider à vouloir prendre place. Ils discutaient, se jaugeaient du regard, rencontraient de vieilles connaissances, amis ou non. Peu d'entre eux étaient assis, certains hésitaient à le faire, une main sur le dossier de leur siège. Quelqu'un devrait se charger de mettre un terme à cette attente, insoutenable pour ceux qui ont le ventre vide. Nausicaa se mit à chercher le maître des lieux, ou en tout cas celui qui le remplaçait ce soir. Pour la fillette, les femmes ne rentrèrent pas dans la catégorie de ceux qui avaient le pouvoir, elle savait que c’était un homme qui tenait les rênes.
Elle chercha donc une figure patriarcale, et s'arrêta sur le visage d'un homme d'une cinquantaine d'années. Le manque d'expérience de Nausicaa l'empêcha de savoir quel est son âge, mais elle croyait qu'il était l'un des plus vieux personnages de cette étrange soirée. Pourtant son attitude réservée ne sembla pas annoncer un quelconque pouvoir. Elle le vit faire un drôle de geste avec la main, il dessinait devant son visage, puis descendait vers son torse. Elle avait déjà aperçu des gens au village le faire, mais en de rares occasions, et ne comprenait toujours pas ce que cela signifiait.
Nausicaa reporta son regard sur les autres hommes, elle se souvint Alecto avoir dit que celui qui serait « le chef » aurait les cheveux roux. Or, il y avait deux hommes roux. Tout deux étaient jeunes, en tout cas, Nausicaa les pensait aussi âgés qu’Alecto et Cassandre.
Soudain, un homme en tenue de laquais vint annoncer le premier plat d’un ton pompeux. Ce serait un «Millefeuille de rouget et trévise avec son caramel d'agrumes ». Nausicaa n’avait aucune idée de ce que c’était, mais ne tarda pas à le découvrir. Les serviteurs vinrent découvrir les plats disposés à l’avance sur la table. A présent, tous les convives étaient installés, et Nausicaa pouvaient voir dans certains yeux une envie réelle de démarrer. Elle-même ne goûterait à aucun plat, la nourriture était réservée aux invités, toujours. Elle découvrit une sorte de gâteau rectangulaire accompagné d’un petit mont de fruits qui semblaient être des oranges, même s’ils n’en avaient pas la couleur. Elle aurait voulu lever un sourcil interrogateur, mais se retint. Les petites filles sages ne dénigrent pas les plats servis aux riches. Un sourire vint donc remplacer la moue qu’elle aurait faite si elle avait suivi son instinct. Nausicaa savait respecter les conventions, mais elle ne put réprimer les gargouillis silencieux de son ventre.
Les personnes attablées étaient trop occupées pour le moment pour faire attention à la petite tsigane qu’était Nausicaa. D’ailleurs, Cassandre n’était pas encore là, il avait dû s’absenter quelques instants. Nausicaa fit discrètement de même, espérant trouver les cuisines et au moins un quignon de pain, peut-être même quelque chose à boire. Elle sortit de la pièce et se dirigea sans peur vers les cuisines, en tout cas, c’est ce qu’elle espérait.
Les couloirs de pierre étaient froids et les coins d’ombre ne manquaient pas. Cette demeure aurait pu être hantée, comme ce manoir du village où Nausicaa avait juré être entrée bien des fois. La vérité était qu’elle était terrorisée par ce genre d’endroits, elle avait eu des suées tellement l’angoisse s’était emparée d’elle. Un son régulier venait vers elle. Quelqu’un marchait vers elle. Si Alecto la voyait ici, elle se ferait sans doute sermonner « une petite fille sage doit obéir aux ordres des adultes, en l’occurrence moi ». Nausicaa avait parfois envie de répondre « je ne suis PAS une petite fille sage ! », mais elle aimait Alecto est ne voulait pas lui faire plus de peine que de raison. Les pas s’approchaient. Et si, un invité apparaissait au détour d’un couloir ? Elle n’eut pas le temps de penser à ce qu’il pourrait arriver qu’une silhouette s’arrêta juste avant de la percuter. Un chandelier dans une alcôve projetait de la lumière, et Nausicaa ne voyait pas le visage de l’homme. Pourtant elle ne paniqua pas et salua poliment.
- Bonsoir monsieur. Je suis Nausicaa, tsigane pour vous servir.
Elle aimait utiliser cette formule car cela faisait rire certains, trop conventionnel pour une fillette. L’homme rit en effet, mais Nausicaa tendit l’oreille et se rendit compte que l’homme à qui elle s’était adressée si poliment n’était autre que Cassandre.
- Oh, Casssandre ! (Pas de réponse) J’suis là parce que les invités mangent, ils z’ont pas besoin de moi... Et j’ai faim. Tu diras rien à Alecto s’te plaît ? Je serais sage tout le repas, et après. Promis. - Fais vite. - Ouiouioui ! J’m’dépêche !
Et elle fila par un couloir. _________________
'A la maîtrise, l'enfant substitue le miracle.' André Malraux |
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Valerian Tyll

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Statut: Négociant en tissus
Âge: 45 ans.
Pseudo usuel: Théodosia
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Sam 20 Déc - 22:17 |
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Un salon rustique où trônaient des meubles en bois de qualité mais anciens, pour la plupart sculptés avec goût. La pièce ne recevait que peu d'invités excepté la bonne. Une vieille femme rabougrie et silencieuse qui venait dépoussiérer les bibelots ça et là et préparer les soupers. Valerian ne l'aimait pas et ne l'avait jamais aimé. Il la tolérait juste parce qu'il dépréciait se salir les mains. A vrai dire, Valerian ne portait d'affection à personne mais il s'accommodait de la sociabilité des uns et des autres.
1884 semblait l'année du changement et il ne se doutait guère encore à quel point. Ainsi, allait-on entreprendre la construction du Reichstag ! Le futur palais Berlinois faisait jaser pour la folle dépense que cela allait causer, néanmoins, ces dernières années, l'essor industriel tant sidérurgique que textile avait amené une foule de travailleurs venue des campagnes. L'exode rural, oui, parce que le prix du seigle avait grimpé suite aux pluies diluviennes qui mettent à mal les cultures. Qui dit pauvreté, dit augmentation de la criminalité. D'ailleurs, en Bavière, celle-ci avait pris des proportions dramatiques ces derniers temps. Bavière qui était devenue un état fédéral de l’empire allemand en 1871 plus exactement.
En attendant, par la force des choses, le voilà négociant en tissus. Rien que d'y songer, une migraine martelait ses tempes. Tomber si bas...
Un soupir las s'échappa de ses lèvres dont les contours se ridaient avec l'âge. C'est alors que la bonne toqua. Avant qu'il n'ait le temps de prononcer un mot, elle entra puis s'inclina.
"Monsieur, un visiteur pour vous."
Prêt à la houspiller pour son indélicatesse, puisqu'elle le dérangeait durant ses mornes pensées, il se releva en époussetant son veston. Sa voix se fit plus sèche et autoritaire.
"Je n'ai guère de temps à perdre ! Si c'est pour vendre quelque chose ou demander une pièce, donnez-lui donc un quignon de pain et renvoyez-le !"
L'indécision de la bonne se lisait clairement sur son visage.
"C'est un messager, monsieur."
Exaspéré, il la bouscula légèrement pour sortir de la pièce. D'un pas lourd et colérique, il traversa le vestibule menant à la porte où patientait un jeune homme. Il le toisa et tendit la main.
"Eh bien, transmettez-moi votre message !"
Sans plus de courtoisie, la porte claqua derrière le messager en question tandis que Valerian décachetait la missive. A sa lecture, il blêmit puis, comble de l'absurde pour qui le connaissait, il se mit à rire. Un rire malsain qui pouvait faire froid dans le dos avant qu'on ne l'entende enfin s'exclamer d'un ton que l'on pourrait presque qualifier de joyeux :
"Préparez mes affaires ! Je pars en voyage !"
***
Le lendemain, rendez-vous était pris pour se faire tailler deux ou trois costumes sur mesure. Il passa également chez le barbier. Quand il se vit dans le miroir, sa réaction fut immédiate. Le poids des années avait creusé ses traits, lui avait donné un léger embonpoint. Il lissa sa moustache avant de se caresser le menton d'un air pensif. Sa vigueur d'antan n'était plus présente mais son mental d'acier, ses obsessions le tenaillaient pour parvenir à ses fins. Ses fins dont il rêvait chaque nuit, sur lesquelles, il fantasmait jusqu'à soliloquer dans son bureau, de dépit. Rien n'avait avancé jusqu'alors mais enfin, allait-il mettre un pied dans l'engrenage, enfin allait-il mettre à exécution ses desseins. Enfin...
Le voyage fut un peu plus long que de coutume à cause de la saison peu clémente. Le paysage défilait, tantôt coloré tantôt terne. Ce mois d'août n'avait rien de bien estival mais qu'importe. L'esprit de Valerian semblait en proie à tous les combats, disséquant déjà les vérités à venir. Une gorgée de rhum ou d'absinthe, puis il bourra sa pipe de tabac brun avant de l'allumer. Tirant quelques bouffées, il profita de cette halte pour s'aérer et exulter intérieurement.
Le périple enfin s'acheva, et Valerian put apercevoir les contours de l'immense demeure. Demeure qu'il rejoignit et dans laquelle, il fut annoncé par un majordome zêlé. Une fois n'étant pas coutume, il était d'un calme exemplaire. Il pouvait apparaître distant et froid aux premiers abords mais ne manquait pas de courtoisie. Un brin maniéré, il prit soin de saluer les autres convives. Là, une inclinaison du visage, un vague sourire. Point de baisemain encore.
L'ambiance était maussade. Comment pouvait-il en être autrement ? Cela convenait tout à fait à son humeur habituelle. Les membres de la famille se regardaient en chien de faïence sans même prendre le temps de discuter. Il les observa tous, un à un. Il y avait également ces artistes...
Un brin d'impatience commençait déjà à grandir en cet homme, la quarantaine passée, légèrement bedonnant mais aux yeux chafouins. Le repas servi, il observa si le respect de l'étiquette était encore à la mode. Semble t-il que non. N'importe quelle personne distinguée s'en serait offusquée. Silencieusement, il dégusta les mets avec lenteur, scrutant les étalages de richesses, les regards jetés dont certains semblaient injectés tant de sang que de strychnine quand ils se faisaient assassins. Impassible et taciturne, droit comme un "i" sur sa chaise, il attendait que les conversations s'animent, pour peut-être, daigner y participer. |
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Grace Dokins

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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Dim 21 Déc - 20:09 |
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La visite du serviteur des Van Kraft avait mit en émoi la jeune Grace. Malgré sa curiosité mal placée de jeune aristocrate, elle voyait surtout qu’elle allait revoir son futur époux, Dorian. Dorian… Mon cher Dorian… Où es-tu mon Amour ? Que fais-tu ? Ses pensées se dirigèrent vite et sans effort vers l’homme de toutes ses espérances, vers l’homme qu’elle désirait le plus au monde : Dorian Hargreaves. Dans son Angleterre natale, dans la demeure familiale légèrement en retrait de Londres, Grace réfléchissait sur son lit, telle une enfant de 10 ans. La missive gisait à quelques centimètres de sa main étendue sur le couvre-lit. Les yeux dans le vague, une mélancolie s’emparait d’elle et de son cœur. Elle se prît à imaginer que son cher Dorian ne l’épouserait pas, et qu’il la délaisserait à une de ces donzelles de bonne famille… Si elle savait ce qu’il préférait…
La date de la réception se rapprochait, et il fallait prendre une décision quant à y participer ou non. Bien sur, cette dernière ne fut pas bien compliquée, curieuse comme pas deux, elle n’allait pas résister à cette ruche fumante de mystères qu’était cette bonne vieille famille Von Kraft. La Bavière était une contrée fort éloignée et il lui faudrait prendre le bateau afin de rejoindre la France et ensuite faire le trajet en train jusqu‘à Munich et se rendre au manoir en voiture. C’était un voyage d’environ deux ou trois jours qui se profilait là… Ses parents donnèrent bien évidemment leur bénédiction à leur fille adorée, puisqu’elle allait rejoindre son époux promis. Ils s’époustouflaient devant un tel engouement face à cette union, et ils ne s’en plaignaient surtout pas… La jeune femme décidait de prendre un peu d’avance sur son temps et préparer ses affaires dès le lendemain. Comme toutes les filles de bonne famille, Grace ne voyageait pas des plus légers. Il lui fallu deux malles et trois valises pour mettre toutes ses robes de bals, ses robes de chambres et autres parures. De plus, elle ajouta un petit coffre où elle entreposa ses produits esthétiques. C’était un joyeux bazar entre les poudres, les crèmes et les fards, ou s’entremêlaient les rouges et les khôls. Le départ s’apparentait à une petite fête, et tous y mettaient du leur. Le cuisinier remit un panier rempli de mets froids et sa nourrice un foulard en soie pour être la plus belle. Ses parents l’embrassèrent, et elle pu monter dans la voiture avec une de ses jeune servante qu’elle emmenait dans son voyage. De grands sourires furent lancés accompagnés d’appels de la main. Le cocher siffla et fit claquer son fouet dans les airs. Le fiacre s’ébranla et démarra.
[Manoir des Van Kraft]
Le fiacre prit à Munich s’arrêta sur les graviers des jardins du Manoir. Un cheval hennît comme pour manifester leur arrivée. Quelques domestiques s’empressèrent d’ouvrir la porte et de descendre les lourdes valises de la nouvelle convive. Grace posa son pied sur le sol Bavarois avec un soupir. Elle allait enfin pouvoir voir Dorian. Ses valises étaient déjà emportées à l’intérieur de l’immense demeure quand elle fut tout à fait sortie de la voiture. Son foulard sur les épaules et accompagnée de près par Iseult, sa suivante, elle avançait vers les portes du manoir. Elle grimpa les marches et un domestique lui ouvrit la porte avec un bienvenue. Dans le hall, on lui indiqua que la plupart des invités étaient déjà dans la salle du buffet et presque tous installés. - Zut, Iseult, nous sommes donc en retard, les invités sont déjà installés, nous allons être la honte de Dorian… Oh mon dieu, dépêchons ! La servante abandonna sa maîtresse sur le pas de la porte de la salle de réception pour rejoindre les autres domestiques. Elle n’était guère à sa place parmi les grands de la société…
Grace entrait donc dans la gueule du loup, tenant son foulard nerveusement. Elle regarda l’assemblée qui ne la remarqua même pas, ou en tout cas, dans l’ensemble. Cela la rassura quelque peu, elle se détendit légèrement. Beaucoup étaient encore debout, certains étaient déjà assis. Elle regarda autour d’elle et ne connaissait pour ainsi dire personne. Bien sur, elle se doutait de la ligné pure des Van Kraft grâce à la couleur pourpre de leur chevelure. Quand elle regarda plus en détail ceux déjà attablés autour de la table, elle reconnu son futur époux. Elle voulu crier son nom, mais il se coinça dans sa gorge. Voyons petite sotte, un peu de retenue ! Elle n’eut pas non plus le temps de s’avancer vers qui que ce soit, Jezebel arrivait déjà et l’accompagnait vers l’endroit où elle devait s’asseoir : en face de son futur époux. Les deux valets qui l’épaulaient étaient partit, et elle lança un sourire des plus niais vers Dorian en s’asseyant sur sa chaise. Jezebel quant à lui était déjà repartit.
- Bonjour, Mr Hargreaves. Ne me reconnaissez-vous pas ? J’espère que votre voyage a été des plus agréables… Pour ma part, un peu chaotique, mais enfin… On ne se plaint pas avec la technologie que nous avons !
Dorian avait une mine déconfite. Il n’en revenait pas. Elle, invitée ? Son sourire mielleux… Sa voix suave… Ses joues roses de petite fille gâtée… Ses cheveux arrangés de sainte-ni-touche… Tout était fait chez elle pour repousser un homme tel que Dorian Hargreaves, et voilà qu’ils étaient prédestinés à se marier…
Grace se fit servir, par des domestiques des plus doués, des mets les plus délicats présents sur les tables. Elle prit aussi un peu d'eau. Pas d'alcool pour cette fine bouche... Il ne fallait surtout pas choquer. _________________
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Demetrius

Age: 19
Date d'inscription: 23/11/2008
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Lun 22 Déc - 21:12 |
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Parfois certains êtres réussissent par leur seule présence à éveiller en moi un sentiment de méfiance instinctif, de gêne, un petit quelque chose qui m’empêchera de leur présenter mon dos en toute sécurité. Pourtant, jamais je n’avais encore ressenti cela devant la façade de pierre d’une demeure dont je devais franchir la porte. Tous mes sens sont en éveil. Je jette un coup d’œil à mes compagnons, et note qu’eux aussi n’affichent pas la toute sérénité de la confiance accordée. Et si je m’inquiète, ce n’est finalement pas pour moi. Ma propre personne importe peu. Elle n’importe plus depuis longtemps, me semble-t-il. Pour l’instant, il s’agit de prévenir le danger que jamais je ne laisserais s’abattre sur nos deux femmes. Et même si la raison diffère ‘légèrement’, je serais bien embêté s’il arrivait malheur à Cassandre également.
Le châtelain, les domestiques, les chambres, et bientôt les invités. Tout se fond dans une même ambiance. Une sorte de rythme saccadé dont l’orchestration vacille entre la maîtrise et le chaos. Des notes crient plus fort que d’autres, en appellent les suivantes, musellent les plus faibles qui pourtant s’enchaînent sans discontinuer. Quand donc ces lieux et ces gens ont-ils apprit à vivre sans reprendre leur souffle ? Il va falloir que je m’habitue à tout cela pour mener avec brillance mes prestations à venir… Et tout ira bien avec ce petit instrument basique glissé dans ma botte. Une lame courte, qui je l’espère ne quittera pas sa place ce soir.
Après la courte séparation de la répartition des chambres, nous nous retrouvons tous les quatre, vêtus de nos habits de scène. Mon regard croise celui d’Alecto avant de se poser sur le petit loup blanc. Qu’il est innocent, candide, ce petit loup blanc. Si mon ressenti était sur le point de s’affadir légèrement, il revient brusquement à la charge et pousse ma main sur l’épaule de Cassandre. Il s’en libère sans, je le pense, comprendre tout ce qui s’était glissé dans ce geste. Ce n’est pas si mal. Si tu laisses le danger effleurer un cheveu de ces deux êtres magnifiques…
Parmi les convives, je note un large panel de cheveux aux couleurs de mon feu. Je me laisse aller à observer leurs reflets d’or, leurs boucles lisses et parfumées de bonnes gens, leur violence insidieuse. Ils sont comme cette maison, aussi troublants qu’elle. Pourtant, une chose est sûre : le Tsigane ne craint pas le riche, ni son chien qui le regarde d’un air hautain. Il ne craint pas les titres ni les médailles. Ce dont il doit se méfier est d’une nature toute différente, plus discrète et vicieuse. Et ce quelque chose baigne la place toute entière. L’attitude d’Alecto me rassure quelque peu. Sa façon de se mouvoir, les gestes de ses bras, sa tenue… Elle porte une arme, c’est certain. Il m’est relativement aisé de le remarquer, ce genre de chose changeant imperceptiblement mais sûrement la personne que j’ai tant de fois observé lors de ses danses envoûtantes. Celle qui plus que jamais sera cible de toute mon attention est ce petit loup blanc à la peau de satin. Elle n’aurait pas dû entrer dans cette demeure. Elle n’aurait même pas dû avoir à s’en approcher. Je n’aime pas la voir en ces lieux. Et si une main, aussi douce soit-elle, s’approche d’elle par trop près, je la trancherais sans hésitation.
Un mouvement s’active, Alecto nous tire par sa grâce jusque dans cette immense salle à manger où s’installent les invités. La flûte souffle une mélodie assurée de légèreté et d’enthousiasme. Décidément, cette petite est douée. Les deux êtres s’entraînent mutuellement dans un monde aérien, tandis que je viens me poster en leur centre, deux mètres dans leur dos. Pour sûr, je ne suis pas fait comme elles deux. Mes bras laissés nus par le gilet de cuir brun font spectacle de nombreuses cicatrices. Elles sont parties de mon habit de scène tout autant que les jupons pour Alecto.
De mon point de vue, tout disparaît brusquement autour de nous. Ne reste plus que la naissance fragile d’une flamme vacillante entre mes doigts. Elle crépite au sommet du mont allumette, s’éveille, prend de l’assurance. Mon art peut être dangereux en intérieur, mais uniquement pour qui ne connaît pas les règles du jeu. Tous ces inconnus lointains me semblent bien plus menaçant que ma petite amie. J’inspire profondément, comme pour imposer mon rythme à cet espace étouffé que je m’approprie progressivement. La flamme grossit puis s’atténue à la mesure donnée par la flûte. Je l’offre en spectacle puis la dissimule à mon coté, embrase la chaîne accrochée à ma ceinture, et la fait exploser dans sa délivrance soudaine. Chaque extrémité brûlante s’élance en de larges cercles maîtrisés, danse selon mes gestes fluides et tendres. Je m’approche légèrement d’Alecto et suit sa danse de ma lumière chaleureuse.
Les murs sont réapparus, ainsi que les invités. Peu m’importe qu’ils mangent sans nous voir. Ca n’est peut être pas très professionnel, mais aujourd’hui ce n’est pas pour eux que j’embrase l’air. Cette ambiance, ces sentiments qui m’agressaient me rappellent à présent l’Italie. Le feu. Il m’en faut plus. Je voudrais m’entourer de ces flammes mais je me maîtrise. C’est frustrant.
La flûte disparaît discrètement. Mes chaînes retombent aussi. Elles gisent à terre, privée de leur ancienne lueur. Du coin de l’œil, je vois le petit loup blanc se faufiler hors de la pièce. Je voudrais la suivre, mais ce m’est impossible pour l’instant. Une nouvelle allumette souffle son feu, embrase le bout de mes doigts habillés en circonstance, ainsi que les extrémités d’un large bâton de métal. D’une courte révérence, j’invite Alecto à danser avec ce feu. Le silence laissé rend nos gestes plus libres, ma camarade est envoûtante, entourée de ces flammes rougeoyantes. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser à l’enfant. Où est-elle ? Je veux la rejoindre, et pourtant… Je ne peux pas non plus laisser Alecto seule ici. Reviens vite, petit loup blanc. |
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