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Jezebel van Kraft

Age: 16
Date d'inscription: 03/01/2007
Nombre de messages: 1070
Statut: Fils du Comte
Âge: 25 ans
Pseudo usuel: Ruth
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Sujet: Acte I : Le Vin Amer Dim 24 Aoû - 21:49 |
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La fin justifie les moyens, cela chacun le sait. Il est coutume dans ce monde d’agir selon son bon vouloir, sans se préoccuper des scrupules de tout un chacun – c’est finalement très facile. Les intrigues, les comédies, tout cela appartient à cette haute société mondaine dont cette famille est partie intégrante. Il est amusant de voir ces femmes se faire des courbettes derrière leurs éventails, ces messieurs vanter la qualité d’un tabac qu’ils adoreraient empoisonner, les valets glisser furtivement des lettres dans les mains des invités.
Je sais bien que tout cela sera une de ces immenses comédies dont j’ai horreur ; il y aura encore de ces sourires mesquins derrière un masque de gentillesse et des bons sentiments dégoulinants de bouches venimeuses. Les femmes et leurs lèvres d’un vénéneux vermillon utiliseront une fois de plus leurs charmes pour parvenir à leurs fins et les hommes n’hésiteront pas à menacer et à faire chanter pourvu que cela leur apporte ce qu’ils désirent. Cela a toujours été ainsi et cela sera toujours.
Et voilà, la dernière des lettres est rédigée. J’en ai écrit plus d’une dizaine, toutes les mêmes. Je sais qu’elles trouveront leurs destinataires, peu importe où ceux-ci se cachent ; par-delà les mers et les montagnes les messagers des Van Kraft porteront ces missives. Ce sont comme tous les autres des êtres dévoués à notre dynastie, capables de tout pourvu qu’on le leur ordonne, de vulgaires pantins entre les mains du comte – entre mes mains. Mon père n’est plus rien qu’une loque humaine, une pauvre chose recroquevillée sur un fauteuil roulant.
Et malgré tout nous avons réussi. Nous avons réussi à organiser cette grande réception qui, j’en suis certain, sera le théâtre d’intrigues fort intéressantes – après tout peut-être allons-nous enfin dévoiler bon nombre de secrets de famille. Qui viendra ? Qui osera ? Je suis déjà presque certain de voir certains visages que je n’aimerais certes pas croiser… Celui de ce maudit Hargreaves, pour commencer.
« Messire Jezebel… »
La voix de la servante tira Jezebel de ses songes. Il se passa une main lasse sur le front et contempla les lettres : évidemment, si elles restaient sur son bureau, elles ne parviendraient jamais à destination. Comme c’était risible. Il mourait d’envie de recevoir ces membres de sa famille et de contempler avec amusement leur valse de complots mais d’un autre côté, il craignait de ne pas en sortir lui-même indemne. Quel cruel dilemme, c’était ironique, vraiment ! Pourquoi se torturer l’esprit lorsqu’il savait très bien quelle serait sa décision finale ?
Il tendit à Hildegarde la dizaine d’enveloppes adressées aux quatre coins de l’Europe et la congédia sans ménagement. Il tenait à visiter son père avant de parachever les préparatifs et cela devait se faire dans le plus grand secret, comme toujours.
« Tout est prêt, Père, murmura le jeune homme au vieillard assis dans son fauteuil roulant en entrant dans la pièce où ce dernier vivait. »
Le bureau était sombre, de lourds rideaux de velours bloquaient la lumière passant au travers de la fenêtre. Jezebel s’avança à tâtons vers son père et se saisit de sa main sur laquelle il déposa un rapide baiser avant d’aller écarter un des pans de velours. Une lumière blafarde entra dans la pièce, Friedrich poussa un petit gémissement et leva douloureusement les mains pour protéger son visage. Son fils se tourna vers lui et, avec une grimace sardonique, murmura :
« Oh, ne jouez pas à cela, Père. Nous savons vous et moi que ce peu de lumière ne vous tuera pas. D’ailleurs, pourquoi ne pas ouvrir ces rideaux absurdes ? »
Joignant le geste à la parole, il les écarta brusquement. La lueur crue du jour alla orner les statues de doux reflets, donnant à la pièce un aspect presque grandiose ; le vieillard se recroquevilla sur lui-même en sanglotant. Le jeune homme face à lui fronça les sourcils, mécontent, et agita la main comme en signe de résignation. Pauvre Friedrich… il était devenu complètement fou, hélas, et il regrettait de devoir présenter son père dans un tel état à ses invités – au moins comprendraient-ils aisément pourquoi le comte devait désigner ses héritiers.
Il entreprit de pousser alors le fauteuil roulant jusque dans la salle de réception dans laquelle les membres de la famille Van Kraft ne tarderaient pas à se réunir. Sans le vouloir, il ne pouvait s’empêcher de sourire : il ne donnait pas longtemps à ces imbéciles avant de s’insulter et de s’entretuer comme les pires des chiffonniers… C’était bien connu, cette dynastie, si prestigieuse fût-elle, baignait sans cesse dans sa propre haine et son propre sang. Quelques contes racontaient d’ailleurs que ce sang était à l’origine de la couleur inhabituelle de leurs chevelures, mais que faut-il croire des légendes…
Consignes : vous avez reçu la lettre de Jezebel. Quelle sera votre réaction ?... _________________

Dernière édition par Jezebel van Kraft le Dim 18 Jan - 13:50, édité 2 fois
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Dorian L. Hargreaves

Age:
Date d'inscription: 16/08/2008
Nombre de messages: 879
Statut: Vague cousin des van Kraft (très vague)
Âge: 25 ans
Pseudo usuel: Blewark.
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Lun 25 Aoû - 0:03 |
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Oui… Jolie fille… Assez jeune, pour une fois. Une Beauté rougissante. Tout à fait ce qu’il me fallait ! Je me tourne vers mes employés qui guettent ma réaction avec appréhension.
« Très bien ! Elle est parfaite. Vous allez me couper ces cheveux ! Je veux qu’elle ait l’air d’un jeune éphèbe ! - Mais Monsieur… - Pas de discussion ! Je veux qu’on innove ! Assez des femmes de trente ans aux cheveux interminables! Je veux voir un visage juvénile comme celui là, encadré d’une chevelure raccourcie jusqu’aux épaules ! »
Je m’approche de la jeune fille et lui soulève le menton. Elle sursaute. C’est une novice.
« Vous n’avez pas l’habitude de la vie mondaine, n’est-ce pas, très chère ? »
Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Un claquement de doigt, et déjà deux ou trois personnes s’exécutent pour la faire asseoir sur un siège. Le coiffeur en titre s’avance, un ciseau à la main, une goutte de sueur sur son front. Je le regarde avec délectation entailler l’épaisse chevelure qui n’a probablement jamais été touchée. La jeune fille pleure. Elle est terrifiée. Je m’accroupi près d’elle et lui caresse la joue du dos de ma main.
« Là, mon enfant… vous verrez. On ne pourra plus se passer de vous. »
Je lui jette une œillade qui la fait rougir. C’est certain, ma Beauté ne lui a pas échappé, à qui échapperait elle ?
« Lord Hargreaves ? »
Elle posera nue. Sans maquillage… sa jeunesse est une aubaine. Je ferais bien d’elle ma prochaine conquête…
« Lord Hargreaves ? »
Mes cheveux roux s’accordent avec le châtain foncé des siens. Nous formerions un si beau couple… juste le temps que je me lasse d’elle bien sûr…
« Lord Hargreaves ? - Qu’y a t-il ? Vous ne voyez pas que je suis occupé ? »
Dans l’encadrement de la porte, un jeune garçon, très jeune, trop jeune… Il a de longs cheveux noirs attaché par un ruban dans son dos, et porte un uniforme rouge sang… L’uniforme de messager des van Krafts. J’abandonne ma petite beauté pour me ruer sur lui avec un grand sourire. Jezebel, mon cher Jezebel. Tu ne m’as donc pas oublié ? Le messager ne cille pas. Il a été formé pour s’adapter à n’importe quelle situation. Je prend sa jolie main dans la mienne et lui baise. Peut importe son rang, ce jeune homme me plait, je vais le croquer !
« Qu’est ce qui vous amène, mon bel ange ? Le seigneur van Kraft se serait il enfin avoué l’amour qu’il me porte ? Reconnaît il ma beauté ? Me demande t il en mariage ? »
Le messager grimace. Mes employés soupirent et retournent à leurs occupations. Il y a bien longtemps que mes mots ne les choquent plus. J’entraîne l’éphèbe aux longs cheveux vers mon bureau. Il me suit en silence et sans chercher à retirer sa main de mon étreinte. Je referme la porte derrière lui.
« Bien. Je vous écoute. »
Je m’adresse à lui de ma voix la plus enjôleuse. Il me tend une enveloppe cachetée du sceau des van Kraft. J’en profite pour lui attraper le bras et l’attirer vers moi. Je plonge mon nez dans son cou. Il serre les dents. Je le bloque d’une main pour l’obliger à rester contre moi tandis que j’ouvre la lettre. Avant d’en lire le contenu, je caresse du bout des doigts le sceau rouge vif que Jezebel a marqué avec soin. Le souvenir de sa beauté m’arrache un sourire… Et la haine qu’il me porte l’élargit. A son souvenir, la petite cicatrice dans mon cou me démange. Ah mon cher Jezebel, il me tarde de vous revoir! Cette idée fait monter ma curiosité. Je parcoure en vitesse les quelques lignes qui me sont adressées. Oh. Une invitation… à une réception ! Que pouvais-je espérer de mieux ? Je range la lettre dans ma poche en riant de plaisir. Merveilleux !! Divin !! Peu m’importe ce fichu héritage… je vais pouvoir contempler à nouveau ses cheveux rouges… revisiter le manoir où j’ai tant passé de temps dans mon enfance… Et puis… je sens que ça va être amusant. Cette famille, si lointaine soit elle, respire le mystère à plein nez… Je vais adorer m’immiscer dans des affaires qui ne me regardent en rien !
Un grognement. Ma proie se débat dans mes bras pour s’en dégager. Je ris encore. Cette lettre m’a mit de bonne humeur. Désolée, petit ange, tu ne vas pas m’échapper. Je le pousse contre le bureau, cherchant ses fines lèvres avec les miennes. Il lutte. Peu crédible. Son cœur s’affole déjà. Facile. Je le ferais partir après m’être occupé de lui…
Dernière édition par Dorian L. Hargreaves le Lun 1 Sep - 12:02, édité 3 fois
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Invité
Invité
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Lun 25 Aoû - 14:42 |
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- Comment saviez-vous que j'étais descendu dans cette auberge ? Demanda Gyllian d'un ton sec et cassant au messager qui portait les couleurs de sa famille. Voilà maintenant neuf ans, que je n'ai aucune nouvelle des miens et ce soir, vous débarquer avec une missive de la part de mon père quand je ne suis plus qu'à deux jours de cheval du domaine. Serais-je surveillé par les espions du Comte ?
Ses questions se perdirent dans le silence. Le messager venait de lui tourner le dos avec un manquement flagrant de politesse et disparaissait déjà dans le couloir en la laissant là, seule dans la petite salle de restauration de l'auberge. Quelques insultes fusèrent dans la direction empruntée par l'homme, indécente de la part d'une jeune femme, mais jamais elles n'atteignirent leur destinataire. Ses iris d'un or pur, ce posèrent sur la fameuse missive cachetée du sceau des Van Kraft, elle hésita un cours instant, voulait-elle vraiment savoir ce qu'on son père avait à lui dire ? La curiosité finit cependant pas l'emporter, l'une de ses mains délicates prit la lettre et à l'aide du couteau qu'elle avait utilisé pendant son repas, ouvrit l'enveloppe.
Ses yeux parcouraient à présents la fine écriture qui constituait le message. La déception ce peignit sur son visage et son regard prit une expression de dureté au fur et à mesure qu'elle avançait dans sa lecture. Dans un accès de colère, elle froissa la lettre avant de la jeter violemment dans le feu qui brulait dans l'âtre de la cheminée. Ceci avait été écrit par son frère, signé de sa main et même pas un petit mot personnel de la part de ce dernier après ces si longues années passées loin l'un de l'autre. Ainsi ils étaient tous deux en vie ! *Comme s'est intéressant* pensa-t-elle ironiquement. Il y a un temps où ces lignes d'indifférences auraient provoqué des larmes, malheureusement les événements survenus dans sa vie avaient endurci le coeur de la jeune femme au point de le rendre presque aussi sec que le Sahara au niveau sentimental. Désormais son être criait vengeance et Jezebel venait de lui fournir la meilleure occasion de l'obtenir.
Un rire s'échappa de ses lèvres, malsain et pervers à souhait, que seule une personne brisée pouvait produire. Les idées fusèrent dans sa tête, mille manières de vengeances les plus cruelles lui venaient à l'esprit dans un brouillamini assourdissant. Elle avala d'un trait son verre de vin en se délectant avec allégresse de la vision du feu réduisant en cendre les mots infects de son frère. Une goutte de vin coula le long de son menton laiteux, souillant son tendre visage, mais elle ne prit pas la peine de l'essuyer. En vérité, elle ne l'avait pas remarqué, perdu dans la contemplation du brasier...
*Cette réception promet de merveilleuses vengeances, je ne laisserais pas toutes ses sangsues me voler cet héritage qui me revient de droit avec Jezebel. Père m'a toujours caché quelque chose, il ne s'agit pas que du titre et de la fortune. Oh non c'est plus sombre, moins désirables et je suis presque sûr que mon cher frère est au courant de ce secret de famille. J'exigerais de lui qu'il révèle ce secret, il me doit bien cela après ce qu'il ma fait sur les ordres de père.*
*Tu en as le droit, tu en as le devoir, prend cet héritage qui te revient, ne laisse personne se mettre sur ton chemin. Elimine ceux qui se dresseront devant toi, soit sans pitié.* Lui murmura la voix, cette voix qui l'accompagnait depuis trois ans.
*J'éliminerais tous ceux qui oseront m'empêcher d'obtenir ce qui me revient.* répéta-t-elle mentalement. Un sourire carnassier apparut sur ses lèvres...
Dernière édition par Gyllian van Kraft le Mer 27 Aoû - 19:37, édité 1 fois
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Katje van Kraft

Age:
Date d'inscription: 25/08/2008
Nombre de messages: 90
Statut: Epouse du Comte
Âge: 35 ans
Pseudo usuel: Idril
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 26 Aoû - 9:45 |
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L'agitation régnait en maîtresse dans le manoir des Van Kraft. La comtesse observait par la haute fenêtre de sa chambre les messagers tous vêtus de rouge qui s'afféraient dans la cour du domaine. Un sourire crispé naquit sur ses lèvres. Bientôt, tous les membres de la famille seraient présents en ces lieux. Les missives les invitant à une grande réception étaient prêtes à partir. Inutile de préciser que la petite soirée s'annonçait pleines de surprises. Katje soupira et se détourna de la fenêtre, lorsque les derniers sous-fifres des Van Kraft s'en furent partis. Il lui faudrait user de ses charmes avec les hommes et de sa rhétorique complaisante avec les dames, si elle voulait parvenir à ses fins. Peu de chances qu'elle soit nommée héritière de son mari, elle savait Jezebel assez mesquin et manipulateur pour l'en empêcher. Maudit soit ce scélérat. Elle était convaincue que c'était lui, désormais, qui tirait les ficelles, vu l'état pitoyable du Comte ... Elle pouvait donc mettre une croix sur la prise directe de l'héritage de la dynastie Van Kraft. Mais elle n'allait pas dire son dernier mot avant même d'avoir pu jouer un peu ... Non... La partie ne faisait que commencer !
De toute façon, elle devait s'emparer d'une partie de la richesse de son mari. Si elle n'obtenait rien, inutile de croire que Jezebel aurait de la bienveillance à son égard. Elle devrait quitter le domaine et retourner d'où elle vient ... Pas question. Tout comme il était inconcevable qu'elle accepte quoique ce soit de son beau-fils. Plutôt mourir que de se savoir redevable de cet infâme personnage. Non, elle allait s'arranger pour tirer son épingle du jeu sans devoir subir les retournements de situations ... Elle était bien décidée à mener la danse.
Elle quitta sa chambre avec détermination et déambula dans les couloirs du manoir pour rejoindre la chambre de son époux. Lorsqu'elle y pénétra, elle fut saisie par l'obscurité qui y régnait. Elle n'arrivait pas à s'habituer à ce changement dans la personnalité du Comte. Lui qui aimait tant profiter de la clarté du jour ... Deux domestiques se tenaient près de lui, prêtes à le servir avec beaucoup de dévouement. Pitoyables petits jouets des Van Kraft. Katje s'approcha de son époux, qui somnolait à moitié recroquevillé sur lui même. Pathétique vision. Friedrich n'était plus que l'ombre de l'homme qu'il avait été. Si sa jeune épouse n'avait jamais ressentie d'amour à son égard, il lui avait au moins inspiré le respect et l'admiration. Aujourd'hui, il ne lui inspirait plus que du dégoût. Avec un ton qui se voulait tendre, mais qui dissimulait mal son agacement, elle s'adressa au Comte.
Mon ami, je suis venue vous rendre visite pour prendre de vos nouvelles. Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
Le vieux ouvrit un oeil et poussa un râle plaintif pour toute réponse.
Très bien. Je suis heureuse de voir que votre état n'empire plus ... Je repasserai ce soir, avant le dîner. Je vais faire venir le tailleur, pour qu'il me confectionne une robe pour votre réception. Je viendrai vous la montrer.
Un autre grognement fut émis par le Comte, mais Katje n'y prêta pas grande attention. Elle s'approcha un peu plus près de son époux, et se pencha vers lui pour déposer sur son front dégarni, non pas sans révulsion, un petit baiser. Puis, elle quitta la pièce sans autres artifices. Bien que cela l'exaspérait, elle devait se montrer attentionnée envers Friedrich, pour éviter les accusations trop rapides. Au moins, on ne pourrait pas lui reprocher de ne pas le visiter. Maintenant qu'elle avait effectué ce qu'elle nommait son devoir marital, il était temps de réfléchir à son plan d'action ... Avec un sourire malicieux, elle retourna à ses appartements et passa un long moment perdue dans ses réflexions, plus diaboliques les unes que les autres. Elle avait hâte d'assister à cette petite réception. Les occasions de s'amuser un peu n'allaient pas manquer ... |
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Kail Wyhlem

Age:
Date d'inscription: 24/08/2008
Nombre de messages: 541
Statut: Peintre pauvre
Âge: 32 ans
Pseudo usuel: Mel
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mer 27 Aoû - 2:22 |
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[Paris, parvis de Notre-Dame, midi]
- Kail!
La voix douce de Béatrice a du mal à surmonter celle de la foule de touriste qui a envahi le parvis depuis la sortie de la messe. J'ai tourné les yeux vers cette voix fantomatique jusqu'à ce que le visage rond et rougit de la pâtissière s'extirpe de la masse de toilettes plus ou moins fortunées. Essoufflée mais souriante, la jeune femme joue fébrilement des coudes pour s'extraire définitivement de la foule et finit par me tomber à moitié dans les bras.
- Kail! Enfin je te trouve! On te cherche!
Devant mon visage impassible et mon inexistante surprise, la messagère me secoue violemment.
- C'est la livrée des Van Kraft! Des Van Kraft tu te rends compte? C'est surement pour un mécénat!
Mes yeux s'écarquillent et mon visage se fait de cendre. Inconsciente de mon trouble, Béatrice me prend par la main et m'entraine vivement à sa suite, laissant intacte la tasse de chocolat chaud que le serveur venait à peine de m'apporter. Agile comme une loutre, Béatrice nous plonge dans la marée humaine et, de par sa silhouette menue, zigzague habilement entre les canes et les lourdes robes. Étant plus grand qu'elle, je suis bien plus maladroit et à la fin de notre traversée mon visage a plus été rougit par des marques de mains que par la course. Quelques rues plus loin, la jeune femme finit par s'arrêter et je peux reprendre le souffle qui m'a abandonné en route.
Un peu remis de cet effort physique inhabituel, je pénètre à la suite de la française dans le salon de thé où je me rends régulièrement. A peine ai-je franchis le seuil de l'établissement qu'un homme d'âge mur s'avance vivement vers moi et me demande d'une voix bourrue.
- Kail Wyhlem?
Mon sang se glace devant sa livrée rouge sang.
- O... Oui?
- Un message pour vous.
Il me tend une lettre que je prends de ma main moite. Le valet me toise puis sort dans la rue. Il monte dans un fiacre sortit de nulle part, claque la portière et démarre en trombe.
Revenant d'une pièce attenante, Béatrice me fourre un coupe-papier dans les mains et trépigne d'impatience. D'un geste sec j'ouvre l'enveloppe et déplie le message. Son contenu me fait chanceler et ma grenouille bienveillante me retient de justesse avant de m'entrainer vers un sofa.
- Qu'est-ce que ça dit?
Son enthousiasme a fait place à une douce inquiétude. Je relis la missive plusieurs fois puis la range dans ma poche, restant silencieux et tentant de recouvrer mes esprits. Béatrice me tapote doucement la main et commande un grand verre de lait au serveur. Celui-ci disparait et la jeune femme dégage une mèche rebelle de ma joue.
- Que se passe-t-il? Une mauvaise nouvelle?
Le garçon de salle profite de mon silence pour revenir avec mon verre et je lui arrache des mains avant de le vider d'un trait.
Il a du tout découvrir! C'est un piège! Sale petit rat! Et l'autre, ça doit être un de ses coups tordus! Salauds! Salauds! Salauds!
- Kail? Tout va bien?
La voix inquiète de la pâtissière a du mal à se frayer un chemin jusqu'à mon esprit effrayé et furieux. C'est finalement la douleur cuisante sur ma joue, conséquence d'une claque retentissante, qui me ramène à la raison. Ébahit, je regarde la jeune femme anxieuse et parvint faiblement à lui sourire. Doucement je caresse sa joue puis me passe une main sur le visage.
- C'est... C'est ma grande-tante. Elle est malade. Elle... Elle a toujours eu une santé de fer alors ça m'a choqué tu comprends.
Un peu rassurée, elle me sourit. Béatrice, douce Béatrice. Elle m'attire contre sa poitrine rebondie et caresse mes cheveux emmêlés.
- Tu es tellement sensible Kail...
Sa main glisse sur ma nuque en une tendre caresse. Elle continue de me murmurer des paroles rassurantes et j'aimerais les croire. Une désignation d'héritier... Que ferais-je de cet argent? Que ferais-je de l'héritage douteux des Van Kraft? Et puis surtout, pourquoi m'inviter moi?
Dernière édition par Kail Wyhlem le Mer 27 Aoû - 17:17, édité 1 fois
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Grace Dokins

Age: 18
Date d'inscription: 26/08/2008
Nombre de messages: 130
Statut: Fiancée de Hargreaves
Âge: 23 ans
Pseudo usuel: Luminescence
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mer 27 Aoû - 12:21 |
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Le soleil de la fin de l’après-midi descendait doucement vers la terre. La jeune Grace se trouvait, comme toujours, dans le jardin de la maison de ses parents, à cueillir des roses rouges et des herbes afin de confectionner un bouquet pour sa mère. Quelques amies étaient avec elle et elles bavassaient ensembles sur les derniers potins de la ville.
- Messire Von Graffen avec cette… mijaurée de Mathilde Durstlorf ? Je ne crois pas un seul mot de tes dires ma chère Ana… Tes sources ne doivent pas être aussi sûres que tu le prêtant, c’est impossible !
- Je vous assure que si Mademoiselle… Mes sources sont on ne peut plus sûres puisqu’il s’agit de l’épouse Von Graffen qui m’a fait part de cette révélation l’autre jour, elle-même !
- Je n’ose croire que Von Graffen est une maîtresse… Où va le monde ?
La jeune Grace plongea soudain dans ses pensées. Cette nouvelle lui faisait songer à son futur époux qu’elle aimait tant, et qui pourtant… Mais soudain une servante arrivait d’un bon pas, rouge de l’effort qu’elle produisait.
- Mademoiselle, quelqu’un est là pour vous…
- Et bien de qui s’agit-il ?
- Je ne sais pas vraiment, un jeune homme habillé de rouge.
La jeune femme ne comprenait pas. Ses amies la regardèrent d’un œil qui voulait tout dire. Elle avait un amant. Mais ce n’était pas du tout cela. Grace ramassa sa robe et s’empressa de rejoindre la maison au plus vite. Un homme en rouge disait-elle ? Etrange… Grace arriva dans le hall où patientait nerveusement l’homme. La jeune fiancée le regarda et son étonnement fut autant plus grand quand elle jugea de son âge. Ce garçon n’était vraiment pas vieux. Châtain aux yeux marrons, ses traits étaient doux. Il s’avança et s’inclina profondément.
- Je vous souhaite le bonsoir Mademoiselle Dokins.
Elle sursauta naïvement. D’où connaissait-il sont nom ?
- Bonsoir. Puis-je vous demander le but de votre visite ?
- Comme mon habit l’indique je suis un messager des Van kraft et j’ai en mon sein une missive pour votre noble personne.
La famille de son époux ? Une missive ? Qu’est-ce que c’était que cette mascarade… Cette nouvelle était très intrigante, et l’esprit curieux de Grace l’emporta.
- Et bien, donnez-la moi cette lettre !
Le messager s’empressa de sortir le papier de sa veste vermillon et la tendit à la demoiselle. Grace la regarda et effleura du doigt le sceau de la famille de son mari. En un clin d’œil, la lettre fût ouverte et elle en commençait la lecture. Au fur et à mesure, les yeux de Grace s’arrondissaient. On l’invitait à une réception où elle ne connaissait pas le quart des personnes qui y seraient certainement présentes ? Elle ne put s’empêcher de s’assoir sur un des bancs en velours bleu présent dans le hall. En finissant la lettre, elle comprit. L’héritage du vieux Comte, il fallait des héritiers. Mais pourquoi était-elle conviée ? Elle ne faisait même pas encore partie intégrante de la famille Hargreaves, alors encore moins de la famille des Van Kraft…
Je n’aurais jamais cet héritage. De toute façon je n’en ai pas vraiment besoin… Mais cette réception pourrait être assez intéressante. Cette famille est un nid de mystère, je me ferais un plaisir d’y plonger pour essayer de comprendre…
Elle regarda de nouveau en direction de l’étrange jeune homme qui lui avait apporté la missive, mais il avait disparu… _________________
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Invité
Invité
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mer 27 Aoû - 20:45 |
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Le porteur du message en habit rouge était parti depuis bien longtemps. Le soleil avait disparu à l’horizon, et seul le feu brûlant dans l’âtre offrait un peu de lumière a la vieille femme. Vielle, mais pas sénile. Assise dans son fauteuil elle semblait somnoler, les yeux mi-clos. Mais son regard ne trompait personne, d’un noir profond et brillant de vie, il n’était pas de ces regards qu’ont les personnes âgées qui semblent attendre patiemment que la mort pense a eux. Au contraire, il trahissait un amour pour l’existence et une intelligence hors paire. Depuis qu’elle avait reçu la lettre des Van Kraft le temps paraissait s’être comme arrêté ! Voilà quelque chose de nouveau qu’elle n’attendait pas ou qu’elle n’attendait plus. Du coup, elle s’était offert un après-midi de repos complet ne se préoccupant que de son dîner, qu’elle venait d’ailleurs de terminer. Elle sirotait donc une tisane en songeant au contenu de cette missive dont elle connaissait chaque mot par cœur.
Zana posa sa tasse sur la table basse et invita le chat à monter sur ses genoux. L’animal ne se fit pas prier et bientôt il ronronnait de plaisir sous les doigts de l’ancienne secrétaire. De sa main libre, elle attrapa le papier qui depuis le début de l’après-midi, l’avait plongée dans un torrent de pensées et de souvenirs. Les van Kraft après cinq ans d’oubli pur et simple, songeaient de nouveau à elle. Voilà qui, de son point de vue, était bien étrange.
Dans l’âtre une bûche s’effondra, attirant le regard encore vif de la vieille dame. Ses origines ne faisaient aucun doute, avec ses pommettes hautes et son regard teintée d’une fierté qui ne se retrouvait que dans les yeux des gens du Nord. Elle avait peut-être été jadis une femme désirable pour bien des hommes, le temps avait fini par la rattraper. Les lignes de son visage et la beauté de ses courbes s’étaient peu à peu effacées pour laisser la place aux marques d’une vieillesse grandissante. Pourtant son visage avait gardé une certaine harmonie, et si elle n’était plus belle au sens ou on l’entend, elle n’en restait pas moins sympathique au yeux de bien des gens.
Elle n’estimait pas faire partie de la famille, même si sa vie avait été mêlée à la leur pendant un temps. Pourtant elle savait qu’elle irait. Ne serait-ce que pour revoir certain visage qui lui était cher. On l’invitait, elle n’allait donc pas se priver de répondre à l’appel, par politesse mais aussi pour se sortir de cette prison d’ennui qui depuis un moment déjà, régentait son existence. Elle avait besoin de mouvement et la maison des van Kraft était l’endroit rêvé pour lui faire oublier la monotonie de ses vieux jours.
Zana passa l’une de ses mains dans ses cheveux devenue blanc. Elle sourit au chat pelotonner sur ses genoux. Il allait pouvoir chasser la souris toute la journée sans craindre d’être déranger. Elle se leva, bousculant le félidé qui se roula en boule sur le fauteuil, nullement dérangé. Elle attrapa sa tasse et d’un pas rapide rejoignit sa cuisine.
Tout en lavant la vaisselle de son dernier repas elle songeait qu’il lui faudrait penser à emporter le petit châle brodé pour sa chère Gabriella, cela ne pourrait que lui faire plaisir et peut être retrouver l’espace d’un instant le sourire. Elle mettrait le mou pour le chat sur le rebord de la fenêtre au cas où il aurait faim et laisserait la porte de derrière ouverte au cas ou il aurait froid. Il ne fallait pas oublier que demain elle avait promis au fils du boucher de lui apporter les bonbons au miel qu’il aimait tant. Et les fleurs qu’il fallait qu’elle offre à son voisin pour avoir élagué son chêne. Absorbée par ses pensées, la réception des van Kraft passa en second plan. Elle avait hâte d’y être mais la patience n’était-elle pas mère de vertu ? De toute façon elle avait des confitures à finir si elle voulait les faire goûter, comme promis à la boulangère surtout que l’arrivée de la lettre l’avait mise en retard ! |
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Siegfried von Herzen

Age:
Date d'inscription: 25/08/2008
Nombre de messages: 490
Statut: Beau frère du comte - Joailler
Âge: 47
Pseudo usuel: 'Christa
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mer 27 Aoû - 23:56 |
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La journée est bien avancée quand le jeune homme en livrée rouge parvient à la ville où réside le joailler Siegfried von Herzen. Ce dernier n'est d'ailleurs pas à sa boutique... Le messager se présente à la demeure familiale des von Herzen, mais le joailler ne s'y trouve pas non plus. Le garçon jouissant d'une double mission, il remet cependant l'une des missives à l'épouse du Lord, Gabriella von Herzen, qui reçoit le message sans, cependant, exprimer quoi que ce soit à la vue du sceau qui orne l'enveloppe. L'une des domestiques de la maison glisse à l'oreille du jeune homme qu'il trouvera sans doute le Lord quelque part dans la Basse Ville.
Une heure plus tard, le garçon pénètre dans l'une des maisons de passe les plus en vogue de la ville. Ignorant froidement les gloussements des filles de petite vertu qui attendent leurs clients potentiels, il se renseigne auprès de la Mère Matrone. Il trouvera le Lord dans l'une des chambres réservées à la noblesse, mais il est, sans aucun doute, très occupé. Le jeune homme à l'habit rouge sang hausse les épaules et conserve un visage de marbre. Ses ordres sont nets et précis, remettre la missive en mains propres à son destinataire. La Maitresse de maison se contente de secouer la tête et ordonne à l'une des filles de conduire le messager.
La prostituée le dirige dans les couloirs aux murs tapissés d'un velours rouge passé, jusqu'à une porte derrière laquelle on ne peut s'empêcher d'entendre multiples soupirs et gémissements dont le sens est sans équivoque, puis abandonne là le jeune homme.
Pour la première fois depuis qu'il a pénétré ces lieux, le messager sent le rouge lui monter aux joues tandis qu'il frappe à la porte.Siegfried jure entre ses dents en entendant la voix du jeune page à travers la porte, et repousse rudement sa compagne de la soirée. Après s'être emparé d'un drap pour lui servir de toge improvisée, le quadragénaire - il n'aime pas qu'on évoque sa cinquantaine à venir - se dirige vers la porte et l'ouvre sèchement, pour tomber nez à nez avec la livrée rouge des Van Kraft. Rouge aussi est le visage du jeune homme qui la porte, on dirait un rubis dans un écrin de velours grenat. - Siegfried von Herzen ? fait le page en tâchant de conserver son calme. Siegfried esquisse un sourire ironique face à la ténacité du jeune homme, venu le chercher jusqu'en ces lieux peu recommandables. Il en profite pour le considérer des pieds à la tête. Beau garçon. Délicat. Une gourmandise. - Vous vous attendiez à quelqu'un d'autre ? persifle-t-il. Le jeune homme secoue la tête et extrait de son habit la seconde missive qui lui a été confiée. Elle porte le sceau des Van Kraft, bien entendu. Quelque part, cette orgie de rouge est des plus inquiétantes, évoquant le sang dans lequel trempent, dit-on, les membres de cette famille. - Que me veulent donc les van Kraft ? questionne le joailler, s'assombrissant. Le messager ne répond pas et fait demi tour, sa mission accomplie, mais Siegfried l'agrippe par le col et le projette dans la pièce d'un geste puissant. Le jeune homme atterrit sens dessus dessous sur la prostituée étendue entre les draps. - Allons donc, jeune homme, tu ne m'as pas dérangé en pleine action pour t'éclipser aussitôt, n'est-ce pas ? Siegfried esquisse un sourire qui n'a rien, vraiment rien, de rassurant, et ferme la porte sur l'unique voie de sortie. - Occupe donc la demoiselle, elle a un faible pour les beaux jeunes hommes tels que toi. Un pourboire à chacun si vous parvenez à me divertir suffisamment pour m'ôter le déplaisir de cette interruption. Tandis que la demoiselle, soudainement motivée par l'idée d'une récompense, s'en prend sans délicatesse aucune au messager, Siegfried décachète l'enveloppe contenant la missive. L'écriture de pleins et de déliés ne lui est pas inconnue, la signature non plus.[/justify] Cher Monsieur, Le Comte Friedrich van Kraft a l’insigne honneur de vous convier par la présente à une réception officielle qu’il donnera en sa demeure, ce ** août 1884. Il désignera lors de cette fête ses héritiers. Considérez ceci, Monsieur, Madame, comme l’expression de mes sentiments les plus distingués. J.v.K. [justify]Jezebel van Kraft, le diabolique fils Kraft. Un homme qui à son sens est à prendre avec des pincettes. Dangereux, de toute évidence. Cette histoire d'héritage est des plus intrigantes. Ce vieux sorcier - et accessoirement beau frère - de Friedrich, désigner ses héritiers ailleurs que dans sa famille ? Peu crédible. Il n'a jamais été très aimable envers les étrangers. Néanmoins, une telle fortune miroitant sous son nez n'est pas pour lui déplaire. Bien que riche, il ne peut guère détourner le regard d'une telle opportunité. Dans le pire des cas, si son épouse héritait à sa place, il saura sans nul doute faire fructifier l'argent. Cette femme effacée qu'est Gabriella ne semble jamais désirer quoi que ce soit. Son propre époux y compris. Étrange et triste femme. Parvenu à ce point de ses réflexions, Siegfried reporte son attention sur le lit où le messager semble s'être pris au jeu, bien malgré lui. Les lèvres du Lord s'étirent en un sourire narquois tandis qu'il dépose la lettre sur le bureau et rejoint les deux jeunes gens. Puisque Jezebel van Kraft lui fait don d'un beau damoiseau à peine sorti du nid, il n'est pas question de ne pas en profiter. Après tout, nul ne sait ce que cette réception lui réservera, autant prendre dès à présent tout ce qui lui sera offert. _________________

Dernière édition par Siegfried von Herzen le Sam 17 Jan - 6:09, édité 1 fois
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Jeu 28 Aoû - 18:38 |
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L'église est silencieuse. Seul le chant de mes enfants de chœur, semblable a la plainte envoutante des sirènes vient troubler la quiétude du lieu. Je suis comme transporté par delà les frontières du réel lorsque ces chants harmonieux viennent caresser mes oreilles délicates de vieillard.
La mélodie enchanteresse se termine sur une note grave et l'immense salle aux murs ouvragés et aux sculptures délicates retombe dans le silence. C'est à moi d'entrer en scène afin de prêcher la bonne parole auprès des fidèles, assis là, le long des travées de bois. Leurs visages sont fermés, aucune impression n'émane d'eux, on dirait des statues de cire. C'est à croire que ces pauvres bougres en viennent à se rendre dans ce sanctuaire presque par dépit. Seigneur! Es-tu à ce point indifférent à tes sujets pour les rendre aussi las? Allez savoir! J'ai eu soixante-dix ans le mois dernier, et malgré la monotonie de mon labeur, je n'ai jamais perdu la foi en mes croyances et en mes convictions religieuses. Je dois maintenant réciter mon texte saint, que je connais maintenant sur le bout des doigts après tant d'années de pratique, pour semer autour des fidèles, la sainte parole, et leur indiquer le chemin tout tracé du salut.
Ma voix chevrotante s'élève, faiblarde d'abord, puis reprenant consistance, elle récite sans omettre une syllabe, les paragraphes rédigés jadis par les saints apôtres, dépositaires de la vraie parole divine! Je parcours la salle du regard, j'inspecte les silhouettes silencieuses assises çà et là, alors que ma bouche déverse son flot de paroles saintes, à un rythme particulièrement lent. Je remarque finalement deux personnages que je n'avais jamais vus auparavant, drapés de rouge. Ils semblent attendre quelque chose... mais quoi ? Seraient-ce encore des envoyés des van Kraft? Possible! Ma proximité intime avec cette famille noble m'a souvent amené à rencontrer le vieux mais respecté Friedrich. Il fait figure de dinosaure en ce lieu, comme moi d’ailleurs ! J'ai du reste fait de lui mon meilleur ami... pas étonnant étant donné le peu de correspondance dont je bénéficie!
Je termine mon monologue et l'Église commence alors à se vider peu à peu. C'est ce moment que les deux messagers choisissent pour venir à ma rencontre. Mes suppositions semblent justes.
-Mon père! La famille van Kraft nous envoie pour vous remettre cette lettre en main propre.
Je leur prends l'enveloppe des mains, laquelle est scellée par un cachet de belle facture. Je renvoie les deux émissaires avec une politesse discrète et commence à ouvrir la lettre. Je reconnais tout de suite l’écriture appliquée et mystérieuse de ce bon Jezebel, le fils du doyen des van Kraft. A ma grande surprise j’apprends que je suis convié à une fête au cours de laquelle sera désigné l'héritier de Friedrich. La nouvelle ne me surprend guère. Ce Pauvre Friedrich… ce compagnon de longue date. Sa vieillesse avancée et la faiblesse dans laquelle il a sombré me peinent au plus au point. C’est son obsession pour la science occulte qui, je pense, l’a mis dans un tel état de délabrement… cette magie maléfique l'a dévoré à mesure qu’il arpentait ces chemins obscurs. Quand on a une fascination pour un domaine aussi sombre, on en sort au final rarement indemne. Nos discussions ne sont plus celles qu’elles furent autrefois. Parfois, le vieil homme semble être sénile, alors que moi, malgré mon grand âge, j’ai encore toute ma tête.
Je ne me fais guère d’illusions sur cette fête, l’ambiance devrait être tendue. Ce ne sera pas une visite de courtoisie à n’en pas douter. Les convives se battront becs et ongles pour obtenir les faveurs du comte van Kraft. Qu’ils se disputent ces imbéciles, je pense avoir été suffisamment proche de Friedrich ces dernières décennies pour qu’il se souvienne de ma bonté au moment de l’héritage. Ce sera également l’occasion de revoir Jezebel et Gyllian mais plus que tout, ce sera peut-être aussi un moment inespéré pour comprendre enfin ce qui pousse tous les van Kraft à avoir une telle fascination pour le domaine des choses de l'occulte.
Je jette un regard aux immenses vitraux, chargés de carreaux aux couleurs diverses. Oui… cette fête organisée par le comte sera vraiment pour moi, comme pour les autres, une chance inespérée. |
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Gabriella von Herzen

Age: 24
Date d'inscription: 27/08/2008
Nombre de messages: 40
Statut: Soeur du comte, épouse de Siegfried
Âge: 40 ans
Pseudo usuel: Koori
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Jeu 28 Aoû - 23:23 |
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Le soleil couchant inondait d’une lumière orangée le petit salon de l’aile Ouest de la demeure des von Herzen. On aurait dit que les lourdes tentures aux motifs rouge et or qui recouvraient les murs de la pièce étaient enflammées. Le mobilier n’était composé que de trois bergères, couvertes de tissu vermeil, disposées en cercle autour d’une table basse, sur laquelle reposait une corbeille de fruits. Un feu ronronnait doucement dans l’imposante cheminée qui occupait tout un mur, une grosse bûche crépitant de temps à autres sous les assauts des flammes.
Un regard inattentif aurait sûrement manqué Gabriella von Herzen, tranquillement assise dans l’un des fauteuils. Sa robe écarlate et sa chevelure cramoisie n’étaient pas pour aider. Presque totalement immobile, mises à part ses mains, qui, par de petits gestes calmes et précis, faisaient tournoyer une aiguille, Gabriella brodait, comme tous les soirs. Elle réalisait un nouvel ouvrage chaque semaine, excellant dans l’art du point de croix. Une fois un canevas achevé, elle le jetait tout simplement dans l’âtre de son salon, ou l’offrait à l’une de ses suivantes.
Gabriella menait une vie discrète, calme et solitaire, le plus souvent cloîtrée dans sa grande demeure. Une vie que l’on pouvait considérer comme l’exact opposé de celle de son mari, lord Siegfried. Il n’était que rarement au domicile « familial », et même lorsqu’il était présent, il était rare de voir les von Herzen se montrer la moindre affection. Ils occupaient d’ailleurs des chambres séparées, situées aux deux extrémités de la résidence. Il y avait bien longtemps que Gabriella ne partageait plus sa couche avec son mari…
Le motif qu’elle brodait ce soir la était un complexe enchevêtrement de formes géométriques. Gabriella n’utilisait que deux couleurs, un fil d’or, qui valait une fortune et qui lui était fournit par son joaillier de mari, et un fil rouge sang. Elle obtenait la couleur de ce dernier en utilisant son propre sang. Elle se créait ainsi un lien avec ses ouvrages, et elle se sentait particulièrement en paix les soirs où elle jetait dans le feu ces toiles de lin brodées. Un grattement discret tira soudain Gabriella de son travail.
- Oui ?
Le son de sa voix semblait absorbé par les tapisseries. Une petite porte dissimulée s’ouvrit, et une des servantes pénétra dans le salon, suivie de près par un jeune homme en livrée rouge. Gabriella reconnut instantanément la marque de sa famille, mais garda son air neutre. Le messager tenait une enveloppe cachetée, et ne semblait pas à l’aise. Sans un mot, la missive changea de mains, et le jeune homme prit congé. La domestique s’apprêtait à le suivre, mais remarqua un geste discret de sa maîtresse. Refermant la porte derrière le coursier, elle se posta à quelques mètres du fauteuil.
- A-t-il mentionné le sujet de ce courrier ? - Non, madame. Il tenait simplement à vous le remettre en main propre. Il en a également un pour monsieur votre mari. Elle hésita une seconde avant d’ajouter : Devons-nous lui indiquer où trouver le maître ?
Gabriella fit mine de réfléchir avant de répondre positivement. Ça n’était pas comme si son mari cachait la nature de ses activités. Une fois que la suivante eut pris congé, Gabriella ouvrit l’enveloppe et parcourut son contenu une première fois. Puis une seconde. Elle se leva ensuite tranquillement, posant le cadre de sa broderie sur la table basse, et s’avança vers le foyer. Friedrich devait avoir une idée derrière la tête, en organisant une telle réunion. Il n’était pas bon de réunir autant de van Kraft, cela pourrait, pour certains, s’avérer… fatal.
Quant à Jezebel, son cher neveu, Gabriella se demandait bien quel rôle il allait tenir dans cette mascarade. Un léger sourire se dessina sur son visage, qui semblait tout de même garder un voile de tristesse. Voila une réception qui allait être intéressante. Dangereusement intéressante. Et elle ne manquerait cela pour rien au monde. Elle resta un long moment immobile. Puis, d’un geste ample, elle jeta la missive dans l’âtre, et observa les flammes dévorer rapidement le papier. Le soleil s’était couché, et le feu de la cheminée était la seule source de lumière de la pièce.
Dans la pénombre, son visage semblait las et fatigué. Mais une lueur luisait dans ses yeux, une lueur qui n’avait plus brillé ainsi depuis bien longtemps. Peut être que cette réception serait enfin l’occasion de rompre la monotonie de sa vie, fade et terne. L’occasion de reprendre sa destinée en main. L’occasion de vivre les rêves qu’elle avait depuis longtemps oubliés… Sur ces pensées, elle se réinstalla dans son fauteuil, récupéra sa broderie, et reprit son activité, à la lueur de l’âtre… _________________
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Aloïs von Salvard

Age: 19
Date d'inscription: 24/08/2008
Nombre de messages: 479
Statut: Lointain parent des Van Kraft - Etudiant
Âge: 21 ans
Pseudo usuel: Moony
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Ven 29 Aoû - 1:14 |
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[ Munich, demeure Von Salvard ; 7h02 ]- Monsieur Aloïs... Monsieur Aloïs... Monsieur Aloïs ?... Monsieur Aloïs ! Un effort surhumain me permet de m’extirper de la brume opaque qui me submerge. La bouche pâteuse, les paupières qui se dessillent à peine sur la lumière crue que déverse à flot la fenêtre, encore avachi sur le bureau, je sors la tête d’entre mes bras croisés et la tourne avec une grimace vers la voix féminine qui s’est fait entendre. J’essaie de répondre quelque chose, mais ma langue me semble aussi engluée dans le sommeil que tout le reste de ma personne et les seuls sons que je parviens à émettre ne forment qu’un balbutiement insensé. - Vous, vous avez encore travaillé toute la nuit, continue mon interlocutrice d’un air réprobateur. A quoi cela peut-il bien vous servir, Monsieur, si vous y laissez la santé ? Ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre de discours. Ni, de toute évidence, la dernière. J’ai appris à prendre mon mal en patience, surtout que ces critiques ne viennent pas d’un mauvais fond, au contraire. Sous cette apparence peu brillante de sexagénaire usée par le temps et les travaux, le cœur est d’or. La vieille femme, malgré ses nombreux rhumatismes, s’applique à ramasser les quelques feuilles et crayons que j’ai laissés tomber en m’endormant et les repose sur le meuble. J’essaie de me redresser afin d’adopter une posture un peu plus digne de ma position. Néanmoins, les coudes plantés sur le bureau, je me permets de plonger mon visage au creux de mes paumes et de bâiller à m’en décrocher la mâchoire. - Mon Droit ne va pas se faire tout seul... - Certes, mais vous devez convenir, Monsieur, qu’il ne se fera pas non plus tout seul le jour où, mort de fatigue, vous servirez d’engrais aux jonquilles. Je ne peux m’empêcher de lever les yeux au ciel. - Ce n’est tout de même pas pour me faire la morale que tu m’as réveillé... - Bien sûr que non, se reprend-elle. Monsieur votre père m’a demandé de vous transmettre ceci. Plongeant une de ses mains ridées dans la poche de son tablier défraîchi, la vieille bonne en sort une lettre. Le sceau de cire carmin qui la cachetait est déjà rompu. Alors que la domestique me la tend, je la saisis avec une curiosité circonspecte, la tournant et la retournant entre mes doigts. Sentant sur moi le regard de la femme ne rien perdre de son attention, je relève les yeux pour rencontrer les siens. - Vous avez une mine épouvantable, remarque-t-elle d’un ton compatissant. - Merci, Elfriede, répliqué-je avec un sourire mi-figue mi-raisin. Ce commentaire m’aidera grandement à conserver intacte une parfaite estime de moi-même. Un rire amusé fait suite à ma plaisanterie. Celui-ci est bientôt remplacé par une douce réprimande : - Si seulement vous mangiez un peu plus, vous auriez davantage de consistance ! - Que veux-tu ?, lancé-je avec emphase. L’attraction terrestre a moins d’emprise sur un poids faible, ce qui permet à mon esprit de s’élever ! - Que ne faut-il pas entendre..., conclut-elle, hochant la tête d’un air las et désespéré. Bien, je vous laisse à vos occupations et à vos élucubrations. Sachez tout de même que votre petit déjeuner est prêt. Voulez-vous que je vous l’apporte dans votre chambre ? - Ce serait avec plaisir, je te remercie. Une fois ma fidèle Elfriede sortie, je me permets, toujours assis dans mon fauteuil, de m’étirer de tout mon long. Malheureusement, la sensation douloureuse qu’a provoquée l’engourdissement des muscles ne semble pas s’atténuer, au contraire : elle s’étend désagréablement d’une épaule à l’autre en passant par le haut du dos. A vivre penché sur mon travail, je finirai bossu. Après cette séance d’exercice quelque peu léger, je m’empare de l’enveloppe mystérieuse que j’ai laissée gésir sur les livres épars qui couvrent mon bureau. Sans autre cérémonie, j’ouvre le rabat déjà descellé et retire la lettre de la fente qui la contenait. Je déplie la page, un peu froissée d’avoir déjà été manipulée, mais la luminosité que je trouvais éclatante à mon réveil ne me permet pas de déchiffrer aisément le contenu de la missive. Je me lève donc, m’avance vers la fenêtre et écarte davantage les rideaux de brocart fané afin d’obtenir un peu plus de clarté. Voilà qui est mieux. La lumière du jour éclaire les lignes manuscrites que je peux enfin lire. L’écriture ne m’est pas familière, mais sa provenance est limpide. Signée « J.v.K. » ; Jezebel van Kraft, de toute évidence. Il s’agit d’une lettre d’invitation de la part d’un parent éloigné qui va sur ses vieux jours et souhaite donc désigner ses héritiers avant de passer l’arme à gauche. C’est étrange... Ne destine-t-il pas sa fortune à son épouse et ses enfants ? Cela ne semble pas être le cas. Sans doute y a-t-il là-dessous quelques querelles intestines qui promettent d’allécher les plus avides ou nécessiteux... Sous ce bref ensemble de phrases impersonnelles s’étendent ensuite d’autres lignes, tracées au crayon. Cette fois-ci, je reconnais sans peine l’écriture, petite et resserrée : il s’agit de celle de mon père. « Je te laisse le loisir de t’y rendre si cela divertit tes lubies ambitieuses. Néanmoins, garde la tête froide : ces païens de Van Kraft n’ont jamais porté la moindre assistance à leur famille, ce n’est pas avec un pied dans la tombe que Friedrich y songera. Satisfais pour une soirée tes aspirations ineptes, mais n’entache pas davantage la réputation des Von Salvard. » Un léger spasme crispe ma main. Je chiffonne la feuille d’un mouvement sec. « N’entache pas davantage la réputation des Von Salvard. » Ai-je donc, ne serait-ce qu’une fois, sali le nom que nous portons ? Des années ont passées depuis le jour où je me suis promis d’être toujours digne de ce titre. Ma conduite et mes efforts ne sont tournés que vers ce but. Cela ne semble toutefois pas assez pour me valoir la moindre reconnaissance ni bienveillance. Que dois-je faire pour cela ? Mourir en duel, comme nos héros d’antan ? La noblesse ne s’acquiert plus par le fil de l’épée. Un sursaut me saisit lorsque, derrière moi, la porte s’ouvre à nouveau. Je me retourne pour voir Elfriede apparaître sur le seuil, les bras chargés d’un plateau. Un coup d’œil lui suffit pour discerner mon expression et elle se permet de m’interroger : - Un problème, Monsieur ? - Aucun, fais-je plus sèchement que je ne le voudrais. Puis, constatant à quel point le bureau est encombré : - Pose cela sur le lit, je m’en accommoderai. - Bien, Monsieur. La domestique s’exécute puis se retire sans piper mot, de crainte, peut-être, d’empirer mon humeur. La pauvre femme n’y est pourtant pour rien. Je tâcherai de m’excuser tout à l’heure. Mais il y a plus important pour le moment. Je défroisse la lettre d’invitation que j’ai roulée en boule dans mon poing fermé. Désigner des héritiers... Est-ce par simple civilité que les Van Kraft convient notre famille ? Quoiqu’il en soit, j’irai. Ma présence au sein de la haute société ne peut que donner une bonne image des miens. De plus, s’il peut y avoir la moindre chance d’obtenir ne serait-ce qu’un dixième de la fortune colossale du Comte en toute légalité, si ce n’est en toute légitimité, il serait malavisé de la dédaigner. La réception prend déjà forme sous mes yeux. Je réinvente le manoir là où les souvenirs me manquent et imagine le faste et la gloriole avec lesquels les hôtes seront reçus. Des tables aux airs de cornes d’abondance croulant sous des denrées assez copieuses pour rendre malade l’ensemble des convives pour les jours à venir, des parquets cirés à ne pouvoir y tenir debout, ces messieurs à la moustache lissée avec soin et au teint rosé par le vin de Champagne, ainsi que ces dames poudrées, fardées, engoncées dans leurs jupons jusqu’aux aisselles... Fameux tableau ! Je raille, je raille... sans même savoir qui sera présent. La moindre personne qui se rattache aux Van Kraft, je suppose. Mais il y en a tant que je n’ai pas vus depuis des lustres que je suis bien en peine de m’avancer. Néanmoins, je crois bien deviner une chose : Ada sera là. Ada Silke von Ruthven. Notre dernière rencontre datait de notre enfance, mais lorsque je l’ai revue il y a peu aux noces d’Irmhild et Merten von Grimmelshausen elle m’a confié à demi-mot qu’elle avait reçu un message du Comte. Je m’en étais étonné, compte tenu de la réputation de ce dernier. De quoi ce vieux sorcier pouvait-il entretenir cette créature innocente? Je crois bien le comprendre aujourd’hui : elle comptera sans doute parmi les heureux élus de Friedrich. Cela me donne une nouvelle raison de m’y rendre. La soirée promet d’être moins ennuyeuse, car la compagnie de cette jeune fille m’est agréable et... qui sait ? Peut-être trouverai-je ce que je cherche. C’est donc décidé, je m’y rendrai. Laissant refroidir mon petit déjeuner à l’abandon, je m’installe à nouveau dans mon fauteuil et, pour dégager un simulacre de place sur le bureau désordonné, j’entreprends d’ériger une tour bancale de mes livres hétéroclites. Une fois ceci fait, je m’empare d’un encrier, dévisse le bouchon qui maintient son contenu à l’abri de l’air, sors d’un tiroir mon papier à lettres et, ayant trempé ma plume dans l’encre colombine, m’applique à rédiger ma réponse... _________________

Dernière édition par Aloïs von Salvard le Jeu 25 Déc - 21:55, édité 2 fois
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Dorian L. Hargreaves

Age:
Date d'inscription: 16/08/2008
Nombre de messages: 879
Statut: Vague cousin des van Kraft (très vague)
Âge: 25 ans
Pseudo usuel: Blewark.
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Ven 29 Aoû - 14:08 |
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Diantre ! Il fait un froid épouvantable ! Si je reste sur le pont je vais sans aucun doute y rester. Le vent me frappe violemment les pommettes, il emmêle mes beaux cheveux roux. Les flots tumultueux crachent leur sel poisseux sur mes luxueux habits brodés. Je les maudis. Hors de question d’aller voir le capitaine dans cet état. On m’a dit que c’était un homme élégant.
Tant pis ! Je retourne dans mes appartements. Mon petit messager m’y attend. Il m’a beaucoup amusé. J’ai choisi de le garder encore un peu. Et puis ça fera fulminer Jezebel de me voir arriver avec lui. En attendant, le pauvre garçon a le mal de mer.
J’entre dans sa cabine. Une belle chambre, je ne suis pas un rustre. Le jeune homme est allongé sur le dos dans le grand lit. On a ouvert sa chemise et détaché ses cheveux mouillés par la transpiration. Même malade, son visage d’éphèbe aux traits fins respire la beauté. Je l’observe. Sa faiblesse et son air angoissé m’emplissent d’heureux souvenirs.
Kail. Ses lèvres pincées, son nez plissé, ses rictus de dégoût… Kail Wyhlem. Plongé dans mes pensées, je me surprends à espérer qu’il sera là. Au manoir des van Kraft. Je sais, c’est égoïste, et cruel. Après tout, il ne mérite pas de subir ça… Bah ! Je le consolerais !
Un gémissement. Je reporte mon attention sur le malade. Les yeux ouverts, la bouche tordue, il tend vers moi une main implorante. Les choses ont prit une tournure intéressante. Il semblerait qu’il se soit amouraché de moi. Qui ne le serait pas !
Je m’approche et m’assoit à son chevet, saisissant avec délicatesse sa longue main tremblante.
« Herr… »
Je l’arrête en posant ma main sur sa bouche. Vu son état, je ne l’embrasserais pour rien au monde. Du bout des doigts, je tortille ses beaux cheveux noirs tout en lui murmurant des paroles rassurantes. Nous arrivons au Havre dans quelques minutes. Le temps d’accoster, et nous pourrons enfin descendre sur la terre ferme.
« Vous verrez, vous recouvrerez très vite la santé. »
Il pose sur moi ses yeux gris trempés.
« Dormez maintenant, je vais faire venir une infirmière pour qu’elle vous lave. Vous sentez fichtrement mauvais. »
Il rit faiblement. Je m’éloigne et referme derrière moi la porte de la cabine.
Enfin. Le Havre, port de France. Pays des meilleures mondanités qui soient. L’Art y est à son paroxysme. J’y viens souvent. Visiter ce cher peintre, entre autre. Et baigner grâce à lui dans un monde taillé sur mesure pour moi. Celui de l’Esthétique, du goût et du souci de la Beauté.
Le temps est agréable. Un soleil d’août. Un fiacre nous emmène, deux de mes valets, le jeune homme et moi, jusqu’à la grande gare de Paris. Le trajet est long mais j’ai assez à penser pour ne pas m’ennuyer… Je songe à mon tendre cousin. Jezebel. A son amertume et ses yeux d’or flamboyants.
Lorsque nous étions enfants, et bien différents d’aujourd’hui, sa langue glacée me racontait nombre d’histoire et de légende sur sa famille. La mienne. J’ignore à quel moment le sang des Hargreaves s’est trouvé mêlé à ceux des van Kraft. C’est si lointain qu’il paraît presque absurde qu’on associe encore nos deux noms. Mais peu importe, puisque ça m’a permis de connaître la plus splendide créature du monde. Un homme amer, cynique, et de mauvaise foi, craint et haï de tous. Sauf de moi. Comment détester un pareil visage !
Lorsque je reviens à la réalité, nous sommes déjà dans le train. Le jeune page s’est endormi, la tête contre mon épaule. Qu’il est judicieux d’avoir réservé une cabine. Une telle attitude aurait sans doute choqué notre entourage. Non pas que ça m’eut déplut. Mais je ne voudrais pas que le jouvenceau soit embarrassé.
La toilette que lui a fait l’infirmière lui a rendu sa fraîcheur. Il se repose, mais ne semble plus tourmenté. Je dépose un baiser sur son front. Dommage. Jezebel va sûrement me le reprendre dès notre arrivée. Je vois déjà son regard furieux, me transperçant de part en part. Je vais être saisi des frissons qu’il est le seul à me procurer. Cette idée attise mon impatience. Je décide de m’endormir aussi pour laisser filer le temps sans le voir.
« Sir ? Réveillez vous, nous sommes arrivés, le fiacre vous attend. »
Le Fiacre. Encore. Je me lève sans prêter attention à mon valet. J’ajuste mon habit et ma chevelure avant de descendre du train. Une fois dehors, j’étire mes muscles engourdis. En m’approchant de la voiture, je note que le messager s’y est déjà installé. A travers les rideaux entrouverts, je le vois coiffer ses longues mèches d’ébène avec ses doigts. Lorsque j’ouvre la petite porte, il sursaute. Il a revêtu sa livrée rouge sang qui s‘accorde si bien à son teint. Je m’assied près de lui.
« Les couleurs des van Kraft vous vont à ravir. »
Je lui vole un baiser et l’aide à nouer le ruban qui attache ses cheveux.
La carriole démarre. Le bruit des sabots sur les pavés résonne dans le bois de la cabine, couvrant la voix du cocher qui hurle aux passants de s’écarter. Bientôt, le calme revient. Les chevaux galopent sur le long chemin de terre qui traverse la Forêt Noire. Je sens monter mon excitation enfantine. Les caresses de mon compagnon n’arrangent rien à la chose.
Par la fenêtre, je regarde défiler les hauts et sombres arbres. J’entends claquer le fouet dans les airs. Et les chevaux d’accélérer encore. C’est ça oui. Plus vite.
Enfin, la voiture ralentit. Mon cœur se soulève lorsque j’aperçois l’immense portail de métal rouillé. Il s’ouvre. Nous pénétrons au trot dans le domaine, contournant l’usuel petit jardin de devant. La cour semble vide. L’atmosphère est encore plus irréelle que dans mes souvenirs. Je descends du fiacre avec élégance, suivi du page, qui a retrouvé le sang froid qui m’avait séduit lors de notre première rencontre.
Quatre valets accourent alors vers nous. Quatre. Jezebel n’a pas oublié ma manie d’arriver chargé d’une montagne de bagages. Il faut dire que j’ai dû faire remplir une valise entière de miroirs pour ne pas être ennuyé comme à ma dernière visite. J’ai eut beau fouiller tous les recoins, derrière les tentures, dans les armoires ou les chambres de bonne, rien qui puisse refléter mon incommensurable Beauté. J’en ai été fort contrarié.
« Hargreaves. »
Voix glaciale. Sombre. Merveilleuse. Je me retourne avec un sourire.
« Jezebel. »
Il grimace. Ma familiarité lui déplait. Tant mieux. Je tends les bras vers lui. Il évite gracieusement mon accolade avec un rictus de dédain. Je laisse échapper un rire en le voyant fusiller le pauvre messager du regard. Celui-ci baisse les yeux, s’incline et prend congé. Je l’observe tandis qu’il s’éloigne, affichant une moue de déception, avant de plonger à nouveau dans les yeux dorés de Jezebel. Sourire radieux.
« Adorable garçon. »
Jezebel grogne. Je feins de n’avoir rien remarqué et profite de son silence pour scruter sans pudeur son magnifique visage. S’il vient, je redemanderais à Kail d’essayer de le peindre. Je sais que ça le contrarie. La jalousie sûrement. Ou autre chose.
« Mademoiselle Dokins n’est pas avec vous ? »
Qui ? Une crispation violente me saisit soudain l’ensemble du corps. Oh. Grace…
« Vous… l’avez conviée ? »
Il me regarde d’un air méprisant. A travers son masque, je le devine satisfait et victorieux. Il jubile à la simple vue de mon visage déformé par la contrariété.
« Vous n’avez pas de nouvelle de votre propre fiancée ? »
Dieu merci, non ! Quelle plaie.
D’un geste de la main, je balaye cette désagréable nouvelle. Je retrouve mon sourire lumineux qui charmerait n’importe qui.
A la suite de mon cousin, j’entre dans la demeure, laissant aux six valets le soin d’installer mes affaires dans mes appartements. Au vu du calme qui règne, je devine que je suis le premier arrivé. Rien de surprenant. J’ai fait au plus vite, poussé par l’idée de revoir Jezebel.
Un instant, je me laisse porter par l'émotion de ces retrouvailles. Je pose les yeux sur sa nuque, ses cheveux auxquels je voue un culte. Je me mord la lèvre. Même sa maladresse me séduit. Je trouve tellement adorable qu'il maquille ainsi l'affection évidente qu'il me porte sous de faux airs de mépris.
Un soupir. Quelle aubaine, cette réception. _________________

Dernière édition par Dorian L. Hargreaves le Ven 29 Aoû - 22:50, édité 1 fois
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Jezebel van Kraft

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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Ven 29 Aoû - 21:54 |
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Tout près. Je sais qu’ils arrivent, je sais qu’ils viennent et cela me réjouit. Je hais beaucoup d’entre eux du plus profond de mon âme et cependant je me languis déjà de leur présence à mes côtés, de cette fourberie que je sais ancrée dans l’âme humaine. Et quelle belle représentation de l’humain j’aurai là ! Une superbe pièce de théâtre où je pourrai observer tranquillement une poignée d’acteurs se débattre avec une intrigue dont ils ne connaissent pas la moindre ficelle. Je serai le régisseur, le souffleur, le metteur en scène et le spectateur. Ou bien peut-être me réserveront-ils une surprise à laquelle je ne m’attends pas, peut-être m’offriront-ils un divertissement plus intéressant encore que celui auquel je me prépare ?
Délicate attention, mes amis, touchante et j’ose espérer que vous l’aurez à mon égard.
Je referme le rideau sur un soleil brûlant d’août, l’ombre s’étend dans cette chambre que j’occupe depuis ma naissance. Un lit. Un bureau. Une armoire. Pourquoi s’encombrer d’artefacts inutiles, nous qui sommes déjà accablés par tant de fardeaux que nous nous imposons par simple lassitude ? Il est facile de voiler pudiquement son visage sous le masque de la morale et de la bienséance – je hais ce jeu absurde.
Dans une heure à peine, ils seront tous présents ; d’ici là je dois cacher mon affreuse nudité sous la soie et le velours dont il convient de se parer. Dans l’obscurité la plus totale j’enfile la chemise et le pantalon de rigueur, je n’ose me regarder, mes doigts effleurent à peine ma peau. C’est avec une moue de dégoût que j’attache mes cheveux en catogan – cette chevelure écarlate que je hais plus encore que je puis haïr Père parfois. J’imagine que je suis prêt.
Au fond tout cela me fait sourire, la bêtise de mes propres actes comme celle de mes pensées, je ne fais qu’obéir à ces mécanismes primaires de la psychologie humaine que je méprise tant. Cette idée m’arrache un sourire grinçant qui ne me quitte pas jusqu’à la chambre de Père, plongée elle aussi dans les ténèbres. Je finirais volontiers par comprendre les rumeurs qui courent à notre sujet, nous qui passons nos existences dans cette ombre accueillante ! J’esquisse un rire, Père gémit – lui ferais-je donc si peur ? Je ne l’ai pourtant pas désiré, oh Père, je voulais juste que vous m’aimiez. Quelles fadaises. Mais il m’est si amusant de vous cracher pareilles phrases au visage en sachant fort bien quelle souffrance cela vous arrachera.
- Ils arrivent.
Un murmure à peine, il tressaille et lève vers moi un regard empreint d’une expression que je ne parviens à déchiffrer : peur ? colère ? tristesse ? angoisse ? Je me contente de lui sourire, comme si je ne comprenais rien à sa détresse, et me saisit du fauteuil roulant sur lequel il est obligé de résider. Un homme si fier, si grand, réduit à pareille impotence doit se sentir bien rabaissé et cette simple idée me confère un sentiment de puissance fort agréable. Finalement, je n’éprouve ni honte ni fierté à exhiber ainsi mon Père fané au regard du beau monde, juste un plaisir profond, incisif et cruel ; un léger goût métallique qui n’est pas sans évoquer celui du sang dans ma gorge.
Hildegarde m’attend dans le vestibule, la mine sombre, le pardessus du comte à la main. Nous échangeons un regard, elle me semble triste, comme si cette réception signait la fin de quelque chose. Mais non, c’est un nouveau départ et je gage que beaucoup seront surpris par le déroulement de cette fête – moi y compris. La servante arrange quelques-unes de mes mèches éparses, dégageant mon visage blême et mes yeux d’or, je lui adresse un sourire qui se veut aimable. Sans succès apparemment, elle baisse le regard et tortille ses doigts d’un air affreusement gêné – ai-je donc l’air si peu affable ? Son allure désemparée m’arrache un rictus moqueur, je dépose sur sa main un baiser qu’elle sait n’être qu’une simple taquinerie. Elle me jette une œillade puis se détourne de mes prunelles comme si elle craignait leur courroux, cela dit ma chère jamais mes yeux n’ont fait de mal à personne. Ce n’est pas d’eux dont vous devez vous méfier.
Ce n’est plus qu’une question de temps. Presque tous les messagers me sont revenus en plus ou moins bon état porteurs de réponses positives, je sais que mes invités seront là pour s’approprier la fortune de mon Père. Peut-être certains ne viennent-ils que pour l’art, doutant de leur chance d’obtenir l’héritage, ils se trompent : chacun a sa chance, une chance égale, les rouages bien huilés vont s’enclencher – sauf si un grain de sable se glisse dans cette merveilleuse machinerie. Qui sera ce grain de sable ? L’un de ceux qui ont toujours un poignard dans leur manche ou bien un visage plus discret auquel on ne s’attend pas ?
Pour l’instant peu importe. J’ai un compte à régler avec deux personnes que je ne porte guère dans mon cœur mais avec qui il est toujours plaisant de discuter… L’une est un insupportable rouquin pour qui le ridicule n’est guère qu’une voie de fait sur la rigidité humaine, l’autre un homme si douteux qu’on peine à le qualifier de noble et qui accessoirement me sert d’oncle. Je ne crois pas avoir mentionné dans les missives expédiées que mes messagers étaient des jouets à disposition de ceux qu’ils contactaient – j’aurais pu, cela dit, mais il paraît que ce genre de mœurs n’a rien de civilisé. Je dois admettre que le retour du serviteur chargé de trouver mon oncle fut cocasse, le pauvre était à la fois ravi et honteux, presque aussi rouge que sa livrée et je me suis offert un certain plaisir à l’écouter m’expliquer la raison de la présence d’un gros pourboire dans sa poche. Siegfried… je devine sans mal quel genre d’amusement il s’est procuré. Cela je puis en rire, amèrement certes, mais après tout je me doutais de ce qu’il se produirait.
Ce que je ne puis pardonner… c’est ce maudit Hargreaves. Quelle impudence ! Pour oser garder avec lui mon serviteur il doit bien être fou ou ne pas tenir à sa vie. Je doute qu’il ait déjà vu un Van Kraft en colère et j’imagine déjà la surprise que cela lui fera. A cette simple idée mon poing se crispe sur le dossier de la chaise roulante, je fronce les sourcils. Ce ne sera guère qu’une algarade de plus entre nous, une de ces disputes qui nous déchirent si souvent que c’en devient machinal et ridicule. Je n’y peux rien, je le hais, c’est viscéral.
- Messire Jezebel, Dorian Hargreaves est arrivé.
Je sursaute : je n’ai pas remarqué l’arrivée de Müll à mes côtés, sa discrétion remarquable m’a surpris une fois de plus. En une fraction de seconde je reprends mes esprits et réfléchis à ses paroles.
- Envoie-lui un… non… quatre valets pour prendre ses bagages. Et fais-les porter dans la chambre bleue.
C’est mesquin. La chambre bleue est la plus petite du manoir, les affaires de mon cousin n’y tiendront certainement pas et je sais qu’il y passera un moment fort désagréable – il m’a toujours dit détester l’esthétique de cette chambre. Hildegarde me regarde en haussant un sourcil, hésitant entre le rire et le sermon : elle sait très bien ce qui me passe par la tête, comme toujours. Je souris à part moi-même et m’avance sur le perron à la suite des valets, sachant que je vais avoir l’occasion inoubliable de me moquer joyeusement de lui.
- Hargreaves. - Jezebel !
Quelle horreur, cette familiarité avec laquelle il s’adresse à moi. Je fais le geste de chasser une mouche, un rictus de mépris sur les lèvres.
- Votre fiancée n’est pas avec vous ? - Vous l’avez conviée ? - Vous n’avez pas de nouvelles de votre propre fiancée ?
Je dissimule un rire derrière une toux légère, mes yeux pétillent : j’adore son air désemparé d’une seconde à peine. Il n’en va pas de même pour ce sourire stupide qu’il se plaît à arborer et qu’en plus il croit charmant. Quel idiot.
Je retourne dans le vestibule, je sais qu’il me suivra sans se poser de question – au passage, j’esquisse un signe de tête en direction de Mülleimer. Il comprend immédiatement ma demande implicite, sans la moindre hésitation, et prend la suite des valets pour surveiller leur travail. Il est bien le seul en qui j’aie confiance, le seul qui je le sais ne me trahira jamais.
Les secondes passent, infiniment lentes, le silence hurle autour de nous. Je ne déteste pas cet état de faits, je n’entends rien si ce n’est mon souffle – et le sien. Le calme avant la tempête, je sais qu’il ne résistera pas plus de trois secondes à l’envie de m’expliquer en long, en large et en travers combien il a fait un bon voyage et combien me revoir lui est plaisant. Répugnant.
- Ah, ce page, Müll ! Quelle belle action vous avez fait là, vous êtes véritablement un bon Samaritain mon cher Jezebel. Je tiens à vous signaler que vos serviteurs sont absolument exquis !
Je reste un instant muré dans mon attitude tacite, serrant à peine les poings – un sourire se dessine cependant sur mon visage. Une expression malsaine qu’il ne peut pas voir puisque je lui tourne le dos mais qui ne présage rien de bon pour lui.
- Un… bon Samaritain ?
Je me retourne vers lui, un rire encore accroché aux lèvres ; je me moque. Lui aussi.
- Je crains de décevoir vos attentes. Je ne suis… rien de tel, murmuré-je.
Voix douce, calme, glacée. Un sourire.
- Quant à mes serviteurs, tout exquis puissent-ils être, ils ne vous appartiennent nullement. Je ne crois pas avoir déclaré où que ce soit qu’ils étaient destiné à satisfaire vos frustrations ?
- Je trouve cocasse que vous me parliez de frustration, mon cher cousin.
- Et vos frustrations envers ma personne ?
Je lui adresse un regard triomphant et retourne sur le perron dans l’attente de mes autres invités. J’ai gagné. _________________
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Dim 31 Aoû - 19:53 |
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- Halte ! Voilà comment m’interpella le jeune roquet qui montait la garde devant l'immense portail en métal ouvert alors que je m'apprêtais à pénétrer dans le domaine familial. D'un coup sec, je tirai fermement sur la bride et ma petite jument palomino s'immobilisa dans un hennissement de soulagement. - Qui va là ? Interrogea-t-il. Il me semblait pourtant ouïr un ordre si je tenais compte du ton employé plutôt qu’une simple question. Cependant, elle était légitime. Il est vrai que ma cape dissimulait mon corps ainsi que mon visage. J'avais opté pour la prudence tout le long du voyage, donc c’était travestie en homme que j’avais rejoint le domaine de mon enfance. Clamer à tous qu'une femme seule parcourait les routes, n’aurait été que pure folie. J'avais vite appris à me grimer avec des tenues masculines pour survivre dans ce monde et éviter ainsi de me faire outrager dans une quelconque ruelle sordide les nuits où je devais sortir pour gagner de quoi survivre. Il me réitéra sa question une nouvelle fois avec une pointe d’agacement puisque je ne me décidais pas à entrouvrir les lèvres afin de révéler mon identité. Il s'avança vers moi, la main sur la garde de son épée, prêt à dégainer sa lame au premier signe belliqueux de ma part.
Un coup de talon dans les flancs de Ciguë et celle-ci recula de quelques centimètres. Quoi qu'il veuille faire, je ne lui permettrai pas de poser les mains sur moi. Il devait avoir deux ans de plus que moi environs, s'il avait grandi sur les terres Van Kraft, sans nul doute, qu'il ne se souviendrait plus de la fillette aux cheveux rouge sang qui avait quitté le domaine à l'âge de neuf ans. Sans un mot, j'abaissai la capuche qui dissimulait mon visage.
- Se...se...Seigneur Jezebel ! Bégaya le jeune homme en baissant les yeux devant ma personne. Je ne le détrompai pas, restant dans le mutisme absolu. Ainsi mon frère et moi, nous ressemblions et habillée en homme, je pouvais être prise pour lui. Intéressant, très intéressant ! Je saurais tirer profit de cette situation. Je commençais déjà à concevoir de nombreux plans tandis que le garde faisait mille et une courbettes en présentant moult excuses sur son comportement. Cela martelait fortement mes nerfs, je réussis cependant à contenir l’irritation que ses lamentations provoquèrent et me contentai de lui faire remarquer qu’il ne faisait que le travail pour lequel il était payé, que je ne lui tenais pas rigueur de tout cela. Espérant que cela fonctionne, je m’apprêtais à avancer, mais le malheureux louait ma magnanimité à présent. La goutte d’eau qui fit déborder la vase, c'est pourquoi je lui intimai le silence sur un ton acerbe ! Qui avait fichu pareil sot à ce poste ?
Cet imbécile recula, m'ouvrit le passage et sans plus me préoccuper de lui, je talonnai ma jument afin de la mettre au trot. Ciguë n'avait pas fait trois pas qu'un vieil homme sortit de la petite bâtisse en pierre à côté de portail et m’apostropha.
- Le seigneur Jezebel n'est pas sorti ce matin, jeune homme. Je vous somme de nous révéler votre véritable identité !
Je tournai mon regard vers lui, son visage trouvait un écho dans mon esprit, mais il m'était impossible de me souvenir de son prénom. Lui me détaillait de haut en bas, un sourire se dessinant sur ses lèvres. Je sortis la lettre de Jezebel de l'une de mes poches et la lui tendit.
- Voilà mon sauf-conduit me permettant de pénétrer en ces lieux. Je modulai ma voix pour que celle-ci ressemble à celle d'un homme jeune. Ce que je réussis assez bien comme à l'accoutumée. Le vieil homme ne chercha même pas à prendre ce que je lui tendais et continuais à m'observer. J'étais mal à l'aise, même si je ne parlais pas, ma chevelure prouvait bien mon lignage. Il s'inclina puis déploya le bras pour me laisser passer tendit que l'autre nous dévisageait, incrédule.
- Parbleu, Lady Gyllian, est-ce bien vous ? Je vous souhaite la bienvenue dans votre domaine. C'est un plaisir de vous revoir parmi nous.
- Un... un plaisir ! Répétai-je comme une simplette ! Se moquait-il de moi ? Voilà bien longtemps qu’un homme ne s’était adressé à moi ainsi. Pas depuis que … Une multitude de souvenirs me revenaient en mémoire, mais je les chassais d'une pichenette mentale... Non pas maintenant, j'aurais l'air d'une ...
D'une idiote oui parfaitement alors maintenant continue ton chemin et va retrouver ta famille. Ajouta rudement la petite voix.
Oui, il faut que je continue, je n'ai pas le temps pour les choses insignifiantes survenues et mon visage redevint froid. J'inclinai la tête légèrement en guise de remerciement et poursuivit ma route sans plus faire cas de leur présence.
Il était là, oui Jezebel attendait sur le perron, seul. Celui que je brûlais de revoir depuis tout ce temps ne se trouvait plus qu'à quelques mètres de moi. Il me regardait, intrigué. Se demandant qui était cet homme à cheval, j'avais remis ma capuche sur mon visage pour préserver l'effet de surprise. Qu'il était bon de le voir ainsi s'interroger. Je cédai les rênes au palefrenier afin de pouvoir mettre pied-à-terre. Je flattai l'encolure de Ciguë doucement, prenant mon temps pour faire durer l'attente de mon frère. Quand je jugeai que ce dernier avait atteint son maximum, je gravis les marches de pierre de l'escalier extérieur.
- Cela vous fait-il plaisir de me revoir mon cher frère ? Oh ! J'allais oublier . Je rabattis le tissu qui recouvrait mon visage, il sursauta de surprise. Je fus contente de cette réaction. Un sourire, maigre, sans vie et je passai devant lui pour gagner mon ancienne chambre en détachant ma cape de voyage.
Il me suivait, je pouvais entendre ses pas derrière moi !
- Gyllian !
Je cessai d'avancer et me retournai, une lueur étrange brillait dans mes yeux. Allais-je entendre ce qui me ferait tant plaisir ? |
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Kail Wyhlem

Age:
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Statut: Peintre pauvre
Âge: 32 ans
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Sujet: Re: Acte I : Le Vin Amer Mar 2 Sep - 2:12 |
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Mon pas lourd résonne dans les escaliers. Je reviens du bureau du télégraphe où j'ai envoyé un message à un de mes amis de Munich, le prévenant de mon arrivée dans trois jours. J'arrive sur le palier, je sors ma clé. Je pourrais ne pas aller à cette réception, donner lettre morte. Je déverrouille la porte, j'entre. Je pourrais aller simplement chez mon ami et ne pas aller chez les Van Kraft.
Mais s'il y va? S'il sait que j'ai été invité et qu'il décide de tout raconter?
Je referme la porte. Je dois y aller. Je n'ai pas le choix. J'avance vers l'unique placard de la pièce et en sort une valise de belle taille. Elle rebondit sur le matelas. Le cuir s'est usé au fil de mes errances malgré sa haute qualité. Une des boucles résiste, je l'ouvre à coup de poing. La soie intérieure est déchirée. Avec des gestes lents, j'y dépose mes quelques vêtements. Sous la latte branlante dans le fond du placard, je sors une petite cassette. Sans l'ouvrir, je la dépose précautionneusement sur mes chemises. Puis je ferme la mallette. Avec un autre coup de poing.
Je me laisse choir à côté d'elle sur le matelas miteux. Mon regard se pose sur l'oreiller chiffonné par mon sommeil agité de cette nuit. De toutes les nuits. Le drap est usé, on dirait presqu'un suaire, ayant gardé la trace de mes cauchemars. Je me lève soudain. Le parquet grince sous mes pas. D'un coup de poing, la porte de l'atelier s'ouvre et claque contre le mur. J'attrape une toile vierge et la pose sur le chevalet. Je trempe quatre pinceaux dans différentes flaques de peintures. Du blanc immaculé s'esquisse un oreiller, et sur le brouillard du drap, une main se forme. Tendre, rose, endormie. La main de Béatrice. Sa peau respire le soleil, sur son hâle chantent les cigales de la Provence. Je dessine la volupté de son bras, la rudesse cachée de sa chair. Les os saillants de son poignet, la délicatesse de sa paume, la force de ses doigts. Le bras de Béatrice dort.
En bas, je signe. Je retire la toile et en prend une autre. Le même bras de Béatrice. Mais sur son coude s'avance mes doigts. Nerveux, secs, tremblant de peur. Je signe.
Troisième toile, ma main a atteint le poignet osseux. Elle le caresse. Celle de Béatrice se cambre sous mon invasion. Elle agrippe les draps. Je signe.
Quatrième toile. Ma main désespérée recouvre celle qui se contorsionne. Le drap enveloppe les bras en sueur. Les couleurs se mélangent. Les doigts de Béatrice surgissent entre les miens. Leur extase ne font qu'augmenter les tremblements des miens. Je signe.
Dernière toile. Amas de couleurs, formes indistinctes. Mais sous la peinture, la main douce et tendre de Béatrice caresse la mienne, apaisée.
Je signe.
Et je souris. Je repose les pinceaux, retourne dans la chambrette et prends ma valise. Sur le chemin de la gare, j'irai voir ma pâtissière pour lui demander de venir chercher nos mains. Elle les gardera à l'abri sous ses combles. Elle veillera dessus comme elle veille sur toutes mes autres toiles. Ma douce française.
oOo
Le voyage est long. Très long. J'en ai profité pour lire le dernier roman d'un ami d'un ami d'un ami. Maupassant, je crois. Et d'autres encore. Le voyage en train est long. J'ai mangé tout les repas froids préparés par ma française, je n'aurais jamais eu les moyens de manger au wagon-restaurant, et de toutes façons, le forêt noire de Béatrice est le meilleur de toute la France. Je mange bien mais je m'ennuie. J'essaye de ne penser à rien. Si l'inspiration me venait, je n'aurais rien pour assouvir mes pulsions. Je devrais rester frustré pendant des heures, pour qu'au final ma muse s'étiole et ne me laisse qu'un goût amer sur la langue. Le temps passe, passe. Je ne sais même plus depuis quand j'ai quitté Paris.
Et puis soudain, comme sortant d'un interminable sommeil, j'ouvre les yeux sur Munich. Des fourmis se réveillent dans tout mon corps lorsque le train ralentit sa course à travers la ville. Mes veines frémissent en voyant la gare puis les quais. Le train s'arrête enfin. La foule des wagons se mêle lentement à celle du quai. Descendant le marche-pied, ma valise au poing, je guette les divers chapeaux présents. Et puis, à une dizaine de mètres de là, j'en vois un qui s'agite. Il se balance de gauche à droite, puis disparait dans la masse avant de réapparaitre dans un bond joyeux au dessus des têtes. Un sourire se pose sur mes lèvres. Jouant des coudes, je rejoins le couvre-chef dansant. Son marionnettiste me sourit et coiffe ses cheveux du chapeau valseur.
- J'ai cru que tu ne me verrais pas!
Pour toute réponse, je souris sincèrement à Aloïs. _________________
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